Il aura suffit d’un seul article pour ruiner tout le bon goût accumulé en un an de chroniques d’artistes ultra-pointus. Hop, juste après l’arrivée des tops annuels, en plus ! Et BING ! Le voici : les plus belles pépites oubliées d’un genre l’étant tout autant : l’italo disco, sous-genre injustement regardé de haut et pourtant fourmillant de trouvailles… et de sentiments. Car oui, l’italo disco est dangereux : il agit sur les corps, irradie de sourires. Et c’est tout comme si la reconnaissance des instances critiques était inversement proportionnelle à l’impact sensoriel et “populaire” (entre guillemets, le temps d’un slow ou d’un baiser, puisque, nous le verrons, il a fait si vite son temps qu’on l’a oublié – nous tentons donc de corriger cela) de la musique, et même, osons le dire, de leur puissance de joie.
Certes, on en a entendu un peu parler suite à l’exposition Disco à la Philharmonie de Paris cette année. Mais il souffre d’un flagrant manque de reconnaissance, jugé comme impur, ombragé par la couronne du roi disco, négligé même par ses dévots. Les coupes afro ont eu raison des moustaches ritales – le sens de l’histoire, direz-vous. Et encore, on parlerait presque comme si le disco avait été en odeur de sainteté… Le corps ? au diable ! mais le cœur, dans tout ça ? L’italo disco n’en manque pourtant pas ; il en dégouline.
Afin de ne jeter l’opprobre sur quiconque de la rédaction, c’est au “je” que j’écrirais. Ce petit “je” qui commença à établir une liste des merveilles ritales à la fin des années 2000 sur un modeste calepin pendant des fêtes d’anniversaire et jours de l’an, ce “moi” qui explorait un YouTube encore préhistorique ou tentait d’obtenir d’un DJ beurré (pléonasme) le titre ayant précédé ce foutu Jusqu’au bout de la nuit, à la recherche de l’italo perdu. Alors oui, ici, pas de Modern Talking ou de Sandra ; pas non plus de Baltimora, ni de Radiorama. Que des musiques pour la mama. Pino d’Aggio ? Vous voulez rire ? Trop facile… Même pas notre dieu moustachu secret, Giorgio Moroder, qui aura fait beaucoup pour balader le (sous-)genre en sous-ma(r)in, lui faisant aborder les rives du marché américain grâce à la Donna. C’est d’ailleurs via son recyclage par la house et l’électroclash que l’italo trouvera une seconde voix : DJ Tonka, Alan Braxe, David Vunk, Arnaud Robotini, The Hacker et tant d’autres auront été ses émissaires post-mortem, le temps d’un sample ou d’un edit d’un mix, permettant aux plus jeunes musicophiles de prendre le train du retour jusqu’à la source originelle. Il serait donc dommage d’évoquer les noms les plus connus d’un genre excessivement resté dans l’ombre, malgré les stroboscopes. On est pour le plaisir, mais un plaisir de pointe. Sun Burns Out, c’est aussi ça. Le plaisir n’est point coupable en ces pages…
14 morceaux, donc.
Que des raretés. D’époque, à l’exception de la dernière, ceriza sulla torta.
Pas kitsch pour un sou, bien qu’on ne vous garantisse pas de tenir cette promesse.
La sélection ultime. Vaila !
01. California – Volerei (1986)
C’est la surprise du chef. D’entrée, comme ça. On en est fier. Et on ne sait comment on a pu la louper, comment elle a pu moisir dans les limbes d’internet, s’interdisant à nos oreilles. California est aussi américain qu’est italienne une pizza hawaïwenne. Depuis qu’on l’a entendue dans Mektoub My Love – Canto Due de Kechiche, on est devenu gaga du morceau – il est celui qu’on a le plus écouté de l’année, alors que la découverte date d’il y a même pas un mois. Écouter Volerei, c’est transformer six banales minutes en enchantement. Le morceau regorge de gimmicks gonzo à la fois attendrissants et malins, à la lisière du kitsch, sans jamais, selon nous, tomber dans le ridicule : notes de synthés scintillantes, sautillantes de joie, voix de Christophe roumain baragouinante (et même : bourré – on croirait entendre “volerei, mortadelle, tou a volé la mortadelle”), et ses fameuses castagnettes, motif signature de ce morceau formidable. Impossible de ne pas gigoter des grelots (et dieu sait qu’ils pèsent, sur le sapin) et de voir se dessiner des sourires. On est comme sur un petit nuage, celui qui succède au baiser de la belle de jour enfin conquise, laissant augurer aux confins des fins. On s’incline de plaisir, mains jointes en un geste de piété : Volerei est un sortilège.
02. The Flirts – Passion (1982)
Ce morceau, on ne l’a toujours pas épuisé. Là encore, nous sommes derrière un trio féminin de verrière, dont le grand manitou n’est autre qu’un certain Bobby Orlando. Pourtant, contrairement à la plupart des artistes présentés ici, le “groupe” réussira une sacrée percée, alignant une demi-douzaine d’albums et de compilations best of ; trophées de chasse non pas des plus méritants – le talent ne faisant pas tout – mais des plus obstinés, disons, la main de la chance aidant. Passion est un titre ayant tout pour lui, probablement leur meilleur (on avoue se réserver le reste de leur discographie pour nos vieux jours). Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que chez les artistes de renom, il n’est pas rare que le fan pointilleux délaissent les morceaux les plus populaires de leurs groupes préférés au profit des recoins les plus ombrageux de leur discographie. Mais pour les artistes de troisième ou quatrième tableau, c’est tout le contraire : le titre touché par la grâce est souvent celui détecté par le public, le tout-venant comme l’aficianado, si tant est qu’il y en ait. À l’écoute de Passion, on reconnait aussi bien la descendance qu’aura ce titre aussi bien dans la musique dance qui s’apprête à se déverser sur l’Europe – aussi bien dans les chip tunes chers à Tonka que le big beat de The Chemical Brothers – que les influences contemporaines… sur lesquelles Orlando prend appui (ex : Madonna, Bananarama) ! N’empêche, les trucs et astuces des filous d’impresarios – harmonies répétées pour rentrer en tête, vocalises érotiques tournant à l’obsession, sonorités interstellaires voulant nous emmener vers un au-delà du plaisir – font mouche. Passion en regorge chaudement.
03. Topo & Roby – Under The Ice (1985)
Là encore, entre l’abstraction et le ridicule, nous nous situons à quelques pas : Topo et Roby semblent être, si l’on se fie au clip, un être humain (on hésite entre le producteur en coulisse et la chanteuse) et son robot. Outre la drôlerie involontaire du clip, il y a son honnêteté : en filigrane, Topo et Roby sonnent l’union de la force de travail humaine avec la machine (plus symboliquement : un synthétiseur, donc) ; en soi, pour 1985, le modus operandi de la pop électronique des lendemains chantants, alliant humanité et technologies. Mon premier contact avec le titre se fait avec un tout autre, Bedtime Stories, morceau des années 2000 d‘Eric Prydz et Steve Angello jamais sorti officiellement. Bedtime Stories se voyait superbement samplé puis transfiguré par les deux DJ. Pour autant, l’original ne démérite pas. Outre les délicieux “toutouyoutou-toutouyoutou”, les voix primitives masculines (de même que du fameux droïde) à la Comanchero (dont on retrouve la chanteuse, enfin, la chanteuse “masquée” de Moon Ray…) et le passage chanté par Simona Zanini (probablement la partie pop ayant souffert le plus), le vrai diamant brut gît dans son refrain et sa texture synthétiques, d’une poésie froide comme pouvait l’être certaines séries et animés de science-fiction de l’époque. L’ensemble reste imparable.
04. 16 Bit – Paris bei nacht (1987)
Paris bei nacht est aussi l’occasion de rappeler que l’italo disco est aussi un genre longtemps caressé par les teutons. Le duo composé par Michel Münzing et Luca Anzilotti, qu’on suppose geeks et un poil avant-gardiste, compte un unique album nommé (ceci n’est pas une blague) Inaxycvgtgb dont est issu cette piste mélodieuse, toute en accalmie. Après l’amour de Vorelei, c’est d’un bisou sur la joue droite (ou la fesse gauche, on sait plus…) qu’on rend l’appareil, se faisant la belle. Paris bei nacht est douce comme le vent de nuit d’été ; aucune ombre ne semble ternir la capitale, paisible comme le désir assouvi. L’album est d’ailleurs solide sur ses appuis, aussi bon que le plaisir que pouvait nous procurer un CD de Data ou de Propaganda – dieu sait que ce n’est pas rien. La vraie question à mille euro, reste : comment survit le slip, avec 16 Bit ?
05. Cellophane – Music Colours (1984)
Cellophane est de ces groupes dont on a quelque difficulté à fixer un visage aux chanteurs / producteurs, puisqu’il n’existerait, il semblerait, aucune trace filmée d’eux. Cellophane, comme tant d’autres groupes ici, a joué les petits formats : pas plus de 3 ou 4 chansons lancées à la face du patrimoine musical, puis c’est l’effacement. C’était une époque où les producteurs multipliaient les projets et groupes (si possible, via un alias qui percute, technologique ou sexy), dans l’espoir que le succès morde. Music Colours est de ces brillants titres ayant atteint un (tout) petit succès d’estime dans la confrérie des italo disco lovers, mais insuffisant pour que cela dépasse l’épiphénomène. Reste une musique pleine de sprezzatura, allègre et, nous oserons même dire : de cette légèreté qui n’oublie jamais sa fragilité même ; légèreté d’où découle l’inquiétude annonçant la possibilité d’un émoi mélancolique. La musique, même à visée commerciale, quand elle est faite de sincérité, renferme de ces leçons…
06. Clio – Faces (1985)
Une merveille telle qu’on s’est lancé à la recherche du producteur derrière le bijou, Roberto Ferrante. Le morceau, soutenu par Clio (Maria Perugini à l’état civil), est à la fois troublant et émouvant. C’est la science du synthé se logeant derrière, capable de jouer des notes d’où émanent nostalgie et mélancolie, sourires et larmes. Comme Vorelei, Faces est une démonstration de force, déployant ses gimmicks à feu soutenu : voix féminine évoquant l’émerveillement adolescent, notes et battements allant droit au cœur. Clio et Ferrante ont eu la chance de dépasser la décennie 80 grâce à leur collaboration avec Kay puis Glam (eux aussi, tout aussi peu prolifiques), en explorant les débuts de la house et de l’eurodance émergentes de la décennie suivante. Mais c’est avec ces deux / trois premiers morceaux italo, modestes d’apparence, que témoigne le génie de Ferrante. C’est là encore cet étrange mélange d’euphorie et de tristesse qui étreint le morceau. C’est aussi bien la conscience de la délicatesse d’un moment attrapé au vol, que la certitude de ne pas avoir ce courage de l’étirer. La fille danse fièrement, seule au fond de la foule – elle a vu nos regards, ses mèches balançant la cadence. Elle est à tomber, et elle le fait savoir. Au Papa Yoyo, les joues rougissent, d’autres jouent des coudes. « Ô toi qui me plaisait, ô toi qui le savais ! » Faces brille de mille feux. On recommandera la face B, Feel The Fear, présent plus haut, accompagnant le rutilant 45 tours.
07. Fun Fun – Sing Another Song (1984)
L’italo disco en a compté pas mal aussi, de girl’s bands. Il serait facile de définir Fun Fun comme un Bananarama italien (on pense immédiatement à Cruel Summer), et donc, au rabais, puisque le groupe n’était composé que par, en fait … une unique chanteuse, Ivana Spagna. Il y a évidemment un peu de vrai, mais aussi pas mal de faux. Sing Another Song est de ces petites prouesses qui font l’effet de cet entrain qu’on a, lorsqu’on se fait toute jeune et jolie pour la soirée du Nouvel An, en passant du spray pailleté dans ses boucles crêpées. La soirée sera pleine de mystères ; de peur aussi, de méfiance face au serpent de chair. Sera-t-il l’homme d’une vie ? Ou l’époux d’une nuit ? Les copines seront là pour recueillir nos plaintes, rires et exaspérations ? Et puis : arrivera-t-on à destination ? Pas trop en retard ? La nuit, ce terrain des possibilités… C’est tout le merveilleux de la chose qui se voit contenue dans Sing Another Song.
08. F.R. David – Words (1982)
Sans doute le titre le plus immédiatement reconnaissable de la playlist, et l’un des plus émouvants. Le grain de voix (nasillarde), souvent associé à Christophe, explique sans doute pourquoi Words est régulièrement attribué par erreur à ce dernier, alors qu’il s’agit bien de F.R. David, Elli Fitoussi à la ville. On croit l’avoir entendu dans La Boum, alors qu’il accompagnait simplement les nôtres. Large succès de 1982 — ce qui pourrait presque l’exclure de cette sélection — Words fait partie de ces tubes dont on a oublié l’auteur, au point de les redécouvrir comme pour la première fois. L’injustice perdure, tant le morceau touche juste — « Words don’t come easy to me / How can I find a way to make you see I love you » — évoquant une situation simple, humble, bien plus universelle que les récits de flirts souvent entendus ailleurs. L’être devant nous nous déborde de sentiments, et pourtant, nous nous voyons interdits. Et si de la nuit venait la vie ? Derrière son apparente simplicité, qu’on pourrait juger inspirée d’autres, se cache justement ce qui en fait un slow si efficace : une sobriété sincère doublée d’une tendresse réellement attendrissante, portée par un succès indiscutable, celui d’un interprète dont on aura trempé l’orteil dans la lumière avant de le remettre dans l’ombre, injustement. La vie est ainsi faite, parfois…
09. Eugene – Livin’ In Your Love (1985)
La pochette vaut son pesant. Le génie sait se tenir à un pas du mauvais goût, de même que de la pure folie ; la frontière est mince. Bon, dans le cas de Livin’ In Your Love, c’est avec fracas qu’elle est franchie. Ce morceau est formidable aussi bien dans ses hauteurs que ses pitreries expérimentales : la voix d’Eugene d’abord, entre Farinelli et Leee John d’Imagination, tout en rodomontades ; les bruits de battements, riffs de guitares entêtants à la fin, et on en passe… C’est comme si la piste débordait d’elle-même, comme si ses producteurs avaient voulu maximiser les chances du tube en rentrant au chausse-pied des gimmicks tous plus fou(traque)s les uns que les autres. C’est un tour de force, une chimère d’autant plus précieuse qu’elle est aujourd’hui difficilement trouvable sur les plateformes : Eugene semble mal référencé sur les plateformes ; un problème de droits, probablement. Sacrés moustachus…
10. N.O.I.A. – True Love (Sexual Version) (1984)
Une des pistes les plus électroniques et abstraites de cette sélection, avec Paris bei Nacht. C’est aussi la raison d’être de cette playlist, favorisant les étrangetés bizarres et prenant leur temps aux morceaux plus pop, forgés pour atteindre les palmarès FM. Inévitablement, à l’écoute des différentes voix déformées ou non, on pensera de loin au séminal Kraftwerk, à qui on aurait mis la rigidité allemande en Off, comme toutes ses émules plus dansantes. Avec les italiens, la sensualité est de mise ; on l’étale à coup de flonflon. Pourtant, True Love (dans sa Sexual Version, on précise) reste sans exubérance inutile : voix de filles de l’air, aplats synthétiques évocateurs, multiples couches gorgées d’un sens de l’innovation certain… avec toujours en ligne de mire un décrochage de tombola, en cas de malentendu. Ça paraîtrait presque sobre, et c’est cela qui fait son sel.
11. Moses – Our Revolution (We Just) (1985)
Là encore, on saluera l’audace de la pochette. C’est tout comme si l’I.A. générative existait avant son arrivée, tant on se dit : des colonnades ; un croissant de lune ; une police arabisante placée là : MAIS pourquoi ?!? Our Revolution aurait-elle anticipé le printemps arabe ? C’est si laid que cela en deviendrait presque magnifique. Heureusement, la piste relève d’un tout autre registre, malgré quelques étrangetés — comme ces « oh-oh-oh » piégés dans une loupe, évoquant l’effet d’un GIF ou d’un émoji sonore — n’arrivant pas à la dissocier complètement de l’esthétique de la pochette. Ceci dit, Our Revolution (We Just) est une superbe chanson, dotée non pas d’un, mais de deux refrains — un premier vocal, doublé d’un autre strictement musical, supérieur encore, les Italiens ne faisant pas les choses à moitié. C’est même sur ce concept de répétition qu’on raillait (tendrement) que se fonde la réussite : alors que le morceau débute comme une bluette synthpop, le “We Just” dupliqué sur 4 notes de manière si éhontée, fragment de phrase dont on ne saura mot, le morceau se transforme en abstraction mélodique. On croirait parfois du Art of Noise. Le morceau tape dans le mille et vous ancre le titre en mémoire. Et ceci est d’autant plus remarquable que ce morceau de Moses, décliné en plusieurs mixes difficilement distinguables — d’où l’existence des titres Our Revolution et We Just, ne sachant choisir quel refrain rendre plus prépondérant — donne l’impression que les producteurs italiens sont partis de deux ébauches différentes… avant de les fondre en un seul. Paradoxe seulement apparent tant le résultat final se montre d’une grande solidité, marqué d’un véritable romantisme. Là encore, on est sidéré et perplexe devant ces morceaux freaks aussi harmonieux… que touchant d’humanité.
Nous vient la martingale esthéticonomique du genre : l’italo-disco n’est rien d’autre que la tentative d’Italiens de fabriquer à tout prix un tube commercial, tentative de se fondre tant bien que mal dans le disco et la new wave, au point que (et c’est là que cela se complique) l’exercice dérive dans le gonzo total, révélant ainsi une sensibilité originale : une folie italienne, tout bonnement pittoresque. On pourrait en dire autant de la conquête de marché par les japonais (avec la city pop) de ces mêmes années-là, libérales décomplexées. “L’hybridation n’empêche l’incarnation”, comme l’aurait dit l’apôtre Jacques Attali.
12. Company B – Fascinated (1987)
Ce qu’on disait plus haut de Fun Fun peut convenir tout autant à Company B, sorte de The Pointer Sisters qu’on aura flanqué d’une perruque… blanche, histoire de dissiper les doutes d’une possible ressemblance. Il s’agira un jour d’écrire sur ce génie / outrecuidance folle qu’ont eu les Italiens, tout autant que d’autres nations comme le Japon, à aspirer la musique FM (mais aussi le funk, le jazz, etc.) pour les colorer de leur manière propre, tant ce morphisme, cette appropriation “créatrice” révèlent quelque chose d’inconscient, une sensibilité malgré le moule dans lequel ces musiciens s’efforcent de se fondre. Trio de façade féminin, ô combien avenant, attirant le chaland devant le concert (ou plutôt, disons les choses : d’une performance filmée par une télévision qu’on imagine berlusconienne, de corps comme d’esprit), mais qui ne compte en fait qu’une chanteuse, Ish. Et oui : la musique est un leurre, et à tous les étages, on tombe dans le panneau. Ceci ne nous empêchera pas de rédiger une lettre de motivation, car même pour un stage, nous sommes prêts à mettre de notre personne pour assister cette crapuleuse entreprise. Quid des Company B pour une saison 3 du festival Outsiders ? Moi, je signe de suite…
13. Camaro’s Gang – Fuerza Major (1985)
On a failli l’oublier. Camero’s Gang peut se considérer comme chanceux. Le groupe de Franco Scopinich aura franchi la borne du “titre culte” (on se comprend) pour atteindre l’album, Decamerone. On imagine que le groupe de copains aura pioché au petit bonheur la chance ce nom chez Boccace ou Pasolini et que le succès du E=MC2 de Moroder leur aura soufflé un brin d’inspiration. Pas sûr que ce soit pour leur bien, tant l’album est, avouons-le … incohérent. Mais domine un titre, LE morceau de bravoure du groupe sauvant tout : Fuerza Major. S’il y a bien une sonorité résumant tout l’italo, c’est bien sa ligne de basse, de même que cette note de synthé martelant le rythme. Rajoutez les chœurs masculins, entraînants, comme ceux féminins, se distinguant par leur crémeux, le fameux refrain, la petite harpe enchanteresse, et vous obtenez quelque chose d’irrésistible… Ça donnerait presque envie de pétrir la pâte sur la lune d’un pizzaiolo. À écouter fort, d’un pas inverti. À noter aussi qu’un excellent remix (récent, de 2007) de l’allemand Tensnake propose une variante d’autant plus excellente qu’elle paraît d’époque.
14. Courrier Sud & Corine – Libertine (2024)
L’écouter, c’est l’adopter. Pourtant, face à l’idée d’une reprise de Libertine, on n’aurait pas signé pour un sou. La prouesse est grande, et de loin remportée : faire de cette pierre angulaire du répertoire de Mylène Farmer un morceau italo disco sans jamais trahir l’esprit original, au point de presque… l’égaler. Oui. Ici, le rythme des battements se fait plus combatif, poursuivant la chamade du cœur ; la texture électronique s’épaissit, se fait chatoyante, tout en embrassant la chute de reins musicale du morceau de Farmer. Quelques râles bienvenus de Corine, qu’on avait gentiment étrillé avec R (c’est notre manière de râler à nous), viennent se rajouter ; sa voix trouve un écrin formidable, sans jamais faire honte à l’original. Improbable single et, par heureux hasard, génial morceau qui nous colle à la peau. Grisant, et pas que le temps d’une soirée aux chandelles.
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