Roulette Memory # 15 : Graffiti Bridge de Prince

Prince - Graffiti BridgeGraffiti Bridge n’est pas l’album de Prince le plus côté mais c’est peut-être celui que j’ai le plus écouté au début des années 90. C’est un disque extrêmement mésestimé qui mériterait clairement une vraie réévaluation.

Il faut dire qu’à cette époque, juste après l’immense Lovesexy (1988), le Kid de Minneapolis semble plus intéressé par le cinéma que par le fait de sortir des disques de manière traditionnelle.  La BO de Batman, funky en diable, est sortie l’année précédente et Graffiti Bridge est d’abord vendu comme la bande son du film qui suit Purple Rain. Le film reprend en effet les protagonistes du film de 1984 mais Prince fait des choix bizarres : tout est filmé en studio et l’intrigue concentrée sur une rivalité globalement peu fructueuse entre lui (le Kid) et Morris Day, autour de la propriété du Glam Slam, le club qui abrite leurs exploits. Le film est nul, c’est un fait et ne présente aucun intérêt. C’est un ratage complet, ce qui, pour pas mal de monde, enterrera la bande son. Graffiti Bridge, l’album, est pourtant un album brillant. Prince est en train de changer de groupe et ce n’est pas qu’un détail. La transition entre The Revolution et le New Power Generation amène de la vivacité et affaiblit la composante rock au profit d’une ébullition Rnb, funk, rap extraordinaire et d’une sensualité nouvelle qui feront merveille ensuite sur Diamonds and Pearls, son classique de la période tardive. Surtout, le disque est l’occasion de multiplier les collaborations et cela donne à l’ensemble un dynamisme incroyable. Entre Mavis Staples et les featurings répétés de The Time, les prestations de Kevin Campbell et quelques autres, c’est un festival.

A titre personnel, ce sont finalement les chansons les plus romantiques qui touchent au cœur. Graffiti Bridge est émaillé de morceaux magnifiques : The Question of U est irrésistible au même titre que Joy In Repetition ou l’incroyable et bouillant Thieves in The Temple. Graffiti Bridge est un laboratoire de genres, d’idées, une marmite magique dans laquelle bouillonne l’avenir du Kid de Minneapolis, pour le meilleur et pour le pire. Elephants and Flowers, dans un tempo plus vivace, est épatant. Notre coup de cœur va à la beauté imparable de Still Would Stand All Time, l’une des plus belles chansons du disque et peut-être de l’artiste tout court. Comme quoi, il faut se méfier des réputations et des critiques.

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