Somehow confirme ses qualités en live

Somehow - Live at La ClefOn avait dit du bien il y a six mois du deuxième album de Somehow, Low Tide. Les fans de Morrissey et des Smiths n’en avaient pas cru leurs yeux et leurs oreilles : c’était tout l’univers du groupe de Manchester, la pluie, la tristesse, l’affectation et le raffinement que les Parisiens (ou plutôt le Parisien) ressuscitaient au fil de chansons pop sous haute influence anglophile.

Il serait idiot de ne pas profiter de cette fraternité mélodique et émotionnelle et de se priver (surtout par les temps qui courent) d’un nouveau voyage dans cette Angleterre mythologique que Somehow fait revivre et ressuscite à travers un live enregistré à la Clef, à Saint Germain en Laye fin décembre 2019. En guise d’influence, c’est encore plus que celle de Morrissey celle de Martin Rossiter, le leader de Gene, qu’on entend ici. D’aucuns diront que Rossiter n’était qu’un (pâle) imitateur du chanteur de Manchester. C’est évidemment une idiotie que la réécoute de n’importe quel disque de Gene suffit à démentir. C’est dans cet exact registre vocal qu’opère Erwan Pépiot, l’homme derrière et devant la musique de Somehow. Son chant est magnifique et porte cette belle performance sur ses modulations. There’s A Riot Coming qui ouvre le live est toujours aussi bon et Shut Your Eyes and See qui suit n’est pas mal non plus. Le jeu de guitares est gracile, souple et tout en doigté même si un peu répétitif dans la durée. On suppose que Pépiot assure le spectacle à lui tout seul et en acoustique intégral. La performance est remarquable et se prolonge sur 10 titres principalement venus d’un Low Tide qu’on invite chaleureusement ainsi à redécouvrir.

Il ne faudrait pas limiter Somehow à un cover band d’une certaine Angleterre. Somehow délivre quelques pépites tout à fait originales et qui méritent en soi de l’intérêt. C’est le cas de Someday qu’on avait déjà mise en avant. « Someday, someday/ you’ll have a different state of mind/ a different way of living in some way/ someday/ you’ll find a different style/ other ideas to stand for.  » Cet hymne au changement est splendide et se termine par l’effondrement du monde qui nous entoure. Le ciel nous tombe sur la tête et on se dit que la portée prophétique de cette jolie chanson est plutôt bien vue et bienvenue. Invisible Walls est splendide et amorce une dernière partie du set virtuose et très émouvante. Il y a une fragilité et une pointe d’accent français dans le chant de Pépiot, une délicatesse qui rendent Meet Me At The Western Point irrésistible. Ceux qui ont vécu l’angoisse de ne pas retrouver quelqu’un à un de ces stupides points de rendez-vous dans les lieux publics comprendront. Le grand amour passe parfois à quelques mètres, tient à un malentendu ou à coup d’œil raté.

Ce concert surpasse tous les vrais faux concerts At Home qu’on a pu écouter ou regarder sur l’ordinateur ces quatre dernières semaines. C’est un exercice de haute voltige et une bénédiction qui rappellent à quel point entendre quelques claquements de mains en compagnie d’un artiste sincère, généreux et doué que l’est Somehow est un privilège. Le Français est définitivement un chanteur à suivre et l’une des plus belles découvertes nostalgiques de ces dix derniers mois.

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