Suede fait danser les Européens sur son excellent nouveau single

Suede - AntidepressantsD’aucuns nous avaient reproché de ne pas avoir émis d’avis définitif (ni bien ni mal) sur le premier extrait du nouvel album de Suede, Antidepressants. Disintegrate a tourné un peu sur la platine (on aime cette image désuète qui a plus d’allure que de dire qu’on a écouté trois ou quatre fois le morceau sur Deezer et YouTube) et on a révisé progressivement notre jugement. C’est un morceau qui rappelle bien le Suede qu’on a aimé en 1992, pompier, excessif, tubesque et agaçant, un groupe trop glam pour être glam, presque débordant de talent, capable de sonner superbement et ultra dégueulassement attirant par moment, et carrément repoussant too much sur l’écoute qui suit. Autant dire, un excellent titre de Suede, qui nous donne ce même inconfort poisseux et jouissif que lorsqu’on essayait de ne pas aimer Animal Nitrate ou ce genre de bêtises. Il semble qu’Antidepressants lorgne d’ailleurs (en tant qu’album post punk autoproclamé) du côté du premier disque du groupe plutôt que des albums dits de la maturité (Dog Man Star, en clair). Cela veut dire engagement maximum, guitares devant et grandes envolées baroques. Tout ce qu’on aime et déteste.

Le nouveau single, sorti il y a quelques jours, Dancing With The Europeans, agit clairement dans le même registre avec juste un poil de retenue en plus, un tempo un peu moins vif et un engagement moins criard. L’entame à la guitare sonne comme du bon Oasis (si ça existe) et est tout de suite prise en charge/dépassée par le chant d’un Brett Anderson remarquablement mis en avant par la production. Waouh, se dit-on durant les deux premières minutes : nous voici revenus en 1995, quand Suede s’offrait ces moments d’amplitude extrême entre sentimentalisme noir et lyrisme pop rock. Le texte est curieux, assez joliment troussé et suffisamment obscur pour qu’on ne sache pas trop de qui parle Anderson.

Like a river I’ll run back to you
I’ll run like a riverThrough the parks and through the pavilions
Through the countryside like a human tide
Like a river tonight we’ll run
We’ll run like a river There’s something inside that craves the artificial life
There’s something inside that craves the blue and yellow lights Oh with a European stain within me
And a European suffering in me
Dancing with the Europeans
I got a European stain within me
And a European suffering, I want to be

S’agit-il d’une référence au Brexit et à l’idée qu’il tend la main au vieux continent depuis son île isolée ? Ou est-ce tout simplement comme le laisse penser le clip qui accompagne le morceau, une invitation à communier prochainement avec son public à travers une tournée ? Sur les forums, les plus audacieux (ma foi) laissent penser que Brett appelle à un grand mouvement révolutionnaire des freaks et autres glam punks pour emporter l’Europe moisie… ma foi, on ira si on le veut. Le morceau restitue en tout cas à la perfection l’énergie et la vigueur que diffuse le groupe en tournée. C’est sans doute l’objectif principal. Pas la peine de faire la fine bouche : c’est du très bon Suede si on a jamais aimé ce groupe.

Pendant qu’on y est, on peut dire un mot aussi du Trance State du mois dernier, avec sa basse à la Peter Hook, et ses effets de manche intermédiaires à la Editors. Voici encore un bon titre à l’ancienne, délicieusement rétro et à la production métallique et cold. Comparé aux deux autres, c’est un morceau un peu plus “en dedans”, peut-être plus intimiste car centré autour d’une relation amoureuse. On aime beaucoup ce couplet :

I think you know me much better now
Since my emotional breakdown
Riding the fear instead of projecting myself back to me better
We’re all trying to stay alive
This emotional baseline
I hope we’re going somewhere nice

Il n’était peut-être pas nécessaire d’étirer cet état de transe au delà des quatre minutes mais on peut se repaître de cette magnifique ligne de basse et se laisser faire par l’état de sidération qui semble affecter Brett. Ok, ce n’est pas du Joy Division, mais c’est du vieux Suede qui tout de même marque une jolie évolution post punk bien tenue et plutôt sèche (ce qui n’est pas si coutumier avec eux). On peut donc considérer qu’avec trois titres costauds, cet Antidepressants pourrait bien s’imposer comme un retour… intéressant. Réponse le 5 septembre. On serait curieux de voir si, comme il semble l’indiquer dans sa déclaration d’intentions, le groupe a aussi pu signer quelques pièces véritablement économes à la Wire ou à The Fall, concises et incisives. On ne mettrait pas une pièce là-dessus.

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1 Comments

  1. says: Alan Lord

    Oasis, Blur, Suede, Jarvis Cocker & Pulp, The Verve, de toute évidence, la nostalgie du Britpop est de l’heure. J’attends toujours Stone Roses. C’est à dire, si je ne me trompe pas de micro-époque.

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