Il arrive qu’on ne sache pas trop quoi penser de ce qu’on écoute. Cela a finalement été assez souvent le cas depuis 30 ans avec les Suede de Brett Anderson qu’on a pu aimer avec passion (période Dog Man Star par exemple) et considérer (la plupart du temps ?) avec circonspection, voire agacement, les trouvant trop pompiers ou trop exagérément vénéneux, à la manière d’un lointain ancêtre de Placebo, surjouant ses qualités au point d’en faire des défauts mais atteignant tout aussi régulièrement des résultats irrésistibles.
L’attrait du groupe a été renforcé ces dernières années par la séduction naturelle de leur leader, des shows racés et énergiques et la capacité de celui-ci à se réinventer “à nu” (ce à quoi personne ne résiste jamais) à travers ses disques en solo et ses mémoires.
Autant dire que le monde est prêt en septembre pour accueillir très/trop favorablement le dixième album du groupe, intitulé Antidepressants. De ce disque, on connaît déjà pas mal de choses : titre, tracklist, pochette qui présente Anderson torse nu entre deux ailes de barbaque en quartiers. Le noir et blanc rappelle vaguement le style de Vaughn Oliver mais ne nous emballe pas plus que ça sur sa symbolique appuyée. Les déclarations du chanteur autour du disque nous donnent un sentiment de déjà lu/vu qui n’est ni bon ni mauvais : “If Autofiction was our punk record, Antidepressants is our post-punk record. It’s about the tensions of modern life, the paranoia, the anxiety, the neurosis. We are all striving for connection in a disconnected world. This was the feel I wanted the songs to have. The album is called Antidepressants. This is broken music for broken people.”. Et le premier single Disintegrate ne nous évoque lui non plus… pas grand chose. Est-ce bon ou mauvais ? Peut-être n’est-ce même pas la bonne question à se poser avec un groupe aussi complexe et ancien…. Il est assez évident dans l’attitude, les sonorités, l’énergie, la noirceur et les ambiguïtés qu’il y a beaucoup de l’ADN de Suede dans ce morceau, des marqueurs qui appartiennent au groupe et que l’on retrouve en guise de signature de disque en disque. Cette “présence” est suffisante pour les fans et ramène avec elle pour chacun des souvenirs, des émotions qui, après tout ce temps, constituent bien plus que le pouvoir de la chanson elle-même ce avec quoi on accueille les nouveaux morceaux.
On vous laisse ainsi seul avec Brett et sa bande, pour le meilleur et pour le pire.
Note a posteriori : comme nous le souffle un internaute avisé, la pochette renvoie directement et surtout aux célèbres photos de Francis Bacon par John Deakin prises en 1952 et dont on trouvera une rapide description ici.
Lire aussi :
The Wild Ones de Suede (1994)
Suede / Night Thoughts


Merci Benjamin d’avoir réussi à écrire quelques lignes sur ce groupe et sur l’annonce de ce disque prévue pour septembre, surtout si vous ne savez pas quoi en penser.
Est-ce que l’on peut reprocher à des artistes d’être “trop” ou “exagérément” ?
Personnellement, je souffre de voir des artistes tièdes, “Middle Of the Road”.
Précision : la pochette n’évoque pas l’identité graphique du label 4AD mais sans ambiguïté la série de photographies de Francis Bacon par John Deakin :

Merci beaucoup. Je me suis permis de rajouter en bas de l’article la référence aux photos qui m’avait… échappé. Pour le reste, vous aurez compris que l’indécision relevait moins de Suede en général que de ce qu’il faut penser des groupes à forte longévité. Difficile de conserver le niveau d’engagement des débuts….risque de les mésestimer et comment aborder les morceaux avec fraîcheur….