Перемотка / Начало прекрасной дружбы
[Too Good To Be True]

8 Note de l'Auteur
8

Перемотка - Начало прекрасной дружбыVoilà plus de 30 ans que le mur est tombé, que l’orient s’est ouvert à l’occident, pas trop vice-versa d’ailleurs et malgré cela, à part quelques estoniens ou de discrets ukrainiens, seul le Motorama de Vladislav Parshin et son projet plus personnel Утро sont véritablement parvenus à propulser le rock indépendant d’Europe de l’Est sur le devant de la scène mondialisée. Mais en Russie, le groupe de Rostov-On-Don n’est plus seul : juste à l’Est de l’Oural, aux portes de la Sibérie, la ville impériale d’Ekaterinbourg est le berceau de Перемотка (prononcer Peremotka), déjà auteur de 3 albums dont Начало прекрасной дружбы (Nachalo Prekrasnoy Druzhby) sorti en cassette l’an passé sur Sierpien records, label de Saint Petersbourg et que réédite en ce début d’hiver l’impeccable label brestois (pas biélorusse hein ?) Too Good To Be True, bouclant ainsi un premier exercice stakhanoviste avec 7 sorties depuis mars, toutes aussi soignées les unes que les autres, autant musicalement que visuellement.

Passé l’exotisme de la langue de Tolstoï et de l’écriture cyrillique qui lui confèrent une part de mystère que l’on vous invitera à lever par vous-même, la musique de Перемотка, trio de jeunes gens nourris aux influences occidentales de la new wave, du post-punk et de la synth-pop anglaise devient addictive en moins de temps qu’il n’en faut pour composter un billet sur le Transsibérien. Il faut pourtant dépasser l’entêtant Супермарио (Supermario) qui ouvre l’album avec sa ritournelle ultra poppy, un peu rigolote même, sifflotée à la manière du tube séminal de The Drums, Let’s Go Surfing. Cette introduction du disque ne reflète pas complétement l’ambiance générale certes plutôt enlevée, sautillante parfois avec sa boite à rythme sobre et efficace, mais plus mélancolique voire romantique, conforme à une certaine idée que l’on peut se faire de l’âme slave. Les morceaux s’enchainent dans un format pop parfait comme il se doit, percutants. Malgré la relative simplicité de leur construction mélodique, tous apportent à un moment ou un autre un temps fort marquant, un gimmick mémorable : le solo sous delay bien cold de Красива (Krasiva), l’émouvant hautbois qui peine à transpercer sur Старое кино (Staroe Kino) et qui éclos comme le retour du printemps en fin de morceau, le petit synthé façon The Wake sur В летнем поле (V letnem Pole) ou encore sur le magnifique К морю (K moryu) d’une belle intensité, un break littoral au son des vagues et des mouettes ; de Tchekhov, évidemment.

Cette approche simple, minimale même est une invitation à se concentrer sur ces guitares, lumineuses, éblouissantes comme un voyage au cœur des steppes ensoleillées qui mènent des mélodies imparables d’une redoutable efficacité. Malgré une relative homogénéité de ses compositions, Перемотка parvient quand même à introduire quelques variations qui permettent d’accrocher l’auditeur et de le tenir en haleine comme sur le très beau Первый снег (Perviy Sneg) et son rythme ralenti, comme lorsque la vie semble se figer à l’arrivée des premières neiges ou le chaloupé Самые грустные песни (Samye Grustnye Pesni) qui conclut le disque dans la claire-obscurité d’un funk léthargique. Si le sens des paroles demeurera impénétrable pour la plupart d’entre-nous, pauvres petits occidentaux, elles révèlent la musicalité toute particulière du russe que souligne une voix particulièrement attachante. Tube de luxe parmi cette jolie collection de tubes de poche, Как тебя покорить (Kak Tebya Pokorit) illustre bien cette idée qu’en matière de pop musique, la voix et le texte ne sont qu’une composante parmi d’autres d’un morceau dont il est possible de saisir les intentions sans comprendre un traitre mot de ce qu’il s’y raconte, bien que l’on sache quand même assez vaguement qu’il est question d’un cœur à conquérir, thème universel s’il en est. Chanter à tue-tête dans un yaourt phonétique a toujours fait partie de l’expérience, ici décuplée, forcément.

Au terme de cette courte découverte toujours aussi superbement mise en valeur par un artwork particulièrement soigné, il apparait clairement que Перемотка est bien plus qu’un clone des différents avatars de Vladislav Parshin. Il convient, comme toujours, d’arriver à dépasser les stéréotypes et les premières impressions pour se rendre pleinement compte que le trio d’Ekaterinbourg a lui aussi beaucoup à donner, peut-être plus en tout cas qu’un Before The Road un peu flemmard cette année. Mieux vaut tard que jamais : Начало прекрасной дружбы est peut-être déjà le 3ème album de Перемотк, il est à n’en pas douter, comme son nom l’indique après-tout de façon très explicite Le Début d’une Belle Amitié.

Tracklist
01. Супермарио
02. Красива
03. Старое кино
04. К морю
05. В летнем поле
06. Как тебя покорить
07. Первый снег
08. Твоего балкона свет
09. Самые грустные песни
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