The Boo Radleys / Keep On With Falling
[Boostr]

8.1 Note de l'auteur
8.1

The Boo Radleys - Keep On With FallingOn avait fait de C’mon Kids notre album de l’année 1996, et on avait fini comme beaucoup de gamins d’alors quelque part à chialer dans une chambre bleue à Archway. De tous les groupes estampillés, à tort ou à raison, brit pop, les Boo Radleys, emmenés par leur chanteur crâne d’œuf, Sice, et leur compositeur en chef et architecte Martin Carr, auront été les plus justement flamboyants. My Life Story en faisait des tonnes aussi mais les Boo Radleys avaient ce petit coefficient beatlesien en plus, cette fougue et cette énergie dans les entames, cette capacité à travestir des mélodies universelles qui rendait leur travail de jeunesse à la fois très accessible, craquant mais aussi (très souvent) intéressant et original.

Vingt-quatre ans après Kingsize, un album à redécouvrir, le retour des Boo Radleys, Keep On With Falling, se fait sans Martin Carr, celui qu’on tenait pour le principal élément créatif du groupe. Depuis l’annonce de ce nouvel album, ceux qui avaient suivi ça de près sont ainsi divisés. Même si au sein de Brave Captain et en solo, Martin Carr, a depuis deux décennies eu une carrière plutôt estimable, dire qu’elle a été brillante et à la hauteur de ce qu’il avait donné au sein des Boos serait mentir. Il y avait une alchimie au sein du groupe qui, comme toujours, dépassait la somme des parties. Pour d’autres, qui ne se posaient pas tant de questions, tout ceci avait assez peu d’importance : on jugerait sur pièce.

Avec l’album à disposition, il faut bien admettre que les Boo Radleys sont au rendez-vous. Keep On With Falling est un disque magnifique, dragueur, séduisant et inspiré. On peut rechigner en disant que l’âpreté et les lignes brisées de leurs meilleurs disques ont disparu, que leur rock psychédélique est aussi moins abrasif et tordu qu’hier, que les références ésotériques (Blake et consorts) qu’affectionnaient Carr ont, elles aussi, disparu mais ce qui reste est bien suffisant pour nourrir notre nostalgie et nous donner le sourire. Il y a de la vie sur ce disque, de l’entrain, de la joie de jouer et des compositions solides, caractéristiques d’une pop anglaise qui pétille et s’applique à bâtir ses effets autour de formes iconiques. On pense aux Beatles, encore et toujours, à Oasis, à tous les autres. Les Boos s’inscrivent dans cette tradition sans vouloir apporter quoi que ce soit de neuf, mais  c’est superbement fait.

Sur Tonight, la construction est limpide. Le texte renvoie à des images clichés qu’on attendait : celui qui se regarde dans le miroir, une réflexion à deux francs six sous sur le temps qui passe, l’usure et la poursuite des opérations. What else ? Il manque un soupçon de complexité à ces morceaux, un double fond et une profondeur de champ que compense souvent la lisibilité des mélodies et l’enthousiasme de l’ensemble. I Say A Lot of Things recycle les cuivres d’hier pour aller tapiner du côté des bars lounge et de Divine Comedy, mais on n’a presque rien à y redire. Call Your Name tire son charme du chant sublime de Sice, au point qu’on se demande si on ne gagne pas au change parfois dans cette épure et cette limpidité revendiquée. Les Boos enluminent toujours avec soin des chansons qui tiennent sur deux accords. Ca sample et ça travaille la matière à coups d’échos et de caisses de résonance, mais tout cela ne sert qu’à varier la présentation du plat principal : une chanson bout de ficelle, amoureuse et bienveillante. Difficile de résister à l’impeccable Here She Comes Again, sorte de quintessence pop que le groupe ne cherche même pas à accélérer et qui se déroule comme on lirait un livret d’école ou un bréviaire pour les compositeurs futurs.

Le groupe ne propose jamais que ce qu’il sait faire : cajoler et enjôler sur un You And Me qui démarre un peu plus rude qu’il ne finit. Il manque un peu de vitesse parfois pour qu’on s’emballe tout à fait mais I Can’t Be What You Want Me To Be est un superbe effort, ample et lyrique. La propulsion à guitares n’est pas si grippée. Elle sonne plus électrique et Led Zep que Byrdsienne. Les Boo Radleys ont perdu de leur capacité à surprendre et à progresser par surprise mais ils dégagent à travers cet album du retour une maîtrise de leurs effets qui éblouit et procure un plaisir immense et instantané. Le côté conquérant a été remplacé par la sérénité de l’âge. C’est probablement un peu décevant pour les fans qui ne s’étaient pas vus vieillir.

Le résultat n’en est pas moins épatant, inattendu et sans âge.

Tracklist
01. I’ve had enough i’m out
02. Keep On With Falling
03. All Along
04. I Say A Lot of Things
05. Tonight
06. A Full Syringe and Memories of You
07. Call Your Name
08. Here She Comes Again
09. You and Me
10. I Cant Be What You Want Me To Be
11. Alone Together
Écouter The Boo Radleys - Keep On With Falling

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