Si la vie de Roger Quigley (1969-2020) avait été un roman…

The Montgolfier BrothersSi la vie de Roger Quigley avait été écrite par Flann O’Brien, l’écrivain chez qui il avait pioché le nom de l’un de ses plus fameux groupes At Swim-Two-Birds, on en serait pas là aujourd’hui : à annoncer ce décès prématuré à l’âge de 51 ans et sans appel. Un décès dont personne ne se relève et qui finit entre quatre planches, à six pieds sous terre, parmi les vers et les asticots. Si la vie de Roger Quigley avait figuré dans un roman de Flann O’Brien, il est probable qu’elle se serait tout de même contentée de… si peu. Le “si peu” étant chez l’Irlandais synonyme de toujours plus, de toujours mieux et surtout d’infiniment suffisant. Flann O’Brien et Quigley avaient en commun de concevoir l’art comme quelque chose qui se pratique à la maison, en toute modestie et entre personnes qui ne se prennent pas au sérieux. Une sorte de James Joyce du pauvre mais qui est bien plus drôle et proche des gens.

C’est peut-être pour cette raison que la réputation du chanteur n’a jamais eu le retentissement que ses qualités de songwriter méritaient. Peut-être est-ce qu’il y avait aussi trop de talents à Manchester. Contempler le succès ne s’est jamais vraiment posé, ce qui est un comble quand on écoute les disques de The Mongolfier Brothers. Les mélodies de Quigley, sa voix, son jeu de guitares ont la beauté des inspirations de proximité, le charme des discrets et la grâce des petits bonheurs/malheurs qui rendent l’ordinaire extraordinaire. Son compagnonnage avec Mark Tranmer au sein du groupe qui laisse derrière trois albums mineurs et grandioses entre 1999 et 2005 était aussi discret que tumultueux.

Si la vie de Roger Quigley avait été écrite par Flann O’Brien, le gaillard refuserait de mourir et attendrait pendant des années qu’on vienne le débusquer au pub en racontant des histoires incroyables. Il raconterait des contes sans fin, et chanterait encore Journey’s End, notre chanson préférée, en faisant semblant de ne pas y croire.

Sky-lines change, memories still remain,/  Some friends stay, some make their escape./
I’ve walked these streets, I’ve known this place too Long, And since you’ve gone, /
got used to being alone… /
I think about you, from time to time, / From summer’s shower, till winter’s sunshine. /
You can’t stop time, hard as you might try, /We’re not here long, and then you’re gone…/
I meant to tell you. meant to hold you more, I meant to change, meant to mend my ways… I miss the sound of your key in the door, /
I miss you telling me, how your day has gone… /
We can’t stop time, hard as we might try,/
We’re not here long, and then you’re gone…/
You can’t stop time, hard as you might try, /
We’re not here long, and then you’re gone…

La musique de Quigley donnait le bourdon aux abeilles. Il chanterait Think Once More en croyant encore que tout est à refaire. Les choses ne se passeraient pas ainsi. Personne n’oublierait Roger Quigley et il défierait Felt, Lawrence et aussi Prefab Sprout et McAloon en combat singulier et dans la mémoire des hommes. Qui se souviendra de Roger Quigley à part une armée de pauvres types ? Alan Mc Gee peut-être qui le tenait en haute estime ? Qui se souviendra d’Alan McGee ? Les places sont chères dans la mémoire des hommes. Encore plus que dans les bacs des disquaires. Chères, pour les pauvres gens.

Dans un roman de Flann O’Brien, il y aurait eu un rayon entier de disques de Quigley, des rééditions et des démos à n’en plus finir. Des gars vendraient des DVDs de ses performances et on parlerait de lui jusqu’à Leeds et Rostov-sur-le-Don. Dans un roman de Flann O’Brien, la mort aurait joué ses morceaux avant de lui payer un verre et de manger tout son porridge. Ils seraient partis main dans la main, pour disparaître à l’horizon du monde plat (The World is Flat). Roger Quigley est mort. Il y a sûrement pire mais on ne voit pas quoi.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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