Tycho / Weather
[Ninja Tune / Mom+Pop]

8 Note de l'auteur
8

Tycho - WeatherAu tournoi des outsiders, Tycho a toujours su tenir son rang. Jamais sélectionné pour participer aux « masters » de fin d’année, Scott Hansen a réussi à s’affirmer comme une valeur sûre. Son projet solo, qui se mue en véritable groupe pour les besoins de la scène où il privilégie le recours à l’acoustique aux machines, est ainsi devenu au fil des albums distillés depuis une quinzaine d’années comme un bon placement, fiable, sécurisé, pour les amoureux d’électro planante. Certes, il ne faudra pas s’attendre avec lui à des coups flamboyants, à des éclairs de génie.

De toute la discographie de Tycho, on ne parvient même pas à se souvenir d’un single évident, d’une chanson avec un gimmick imparable, d’une phrase mélodique qu’on serait capable de fredonner sans l’avoir entendu depuis des lustres. A contrario, il n’a jamais déçu et on est capable de reconnaître sa touche, sa patte dès les premiers instants. Habile metteur en son, il sait composer des mélodies sur une armature électronique polymorphe aux creux desquelles  viennent se lover basse, guitares et chant. Il a un indéniable savoir-faire dans l’exercice, évanescent et chaloupé (Epoch avait d’ailleurs été nommé aux Grammy Awards en 2017 dans la catégorie électro/dance). L’Américain est plutôt du genre patient, méticuleux, s’appuyant sur un jeu de fond de court ultra efficace. Ses six albums sont ainsi purgés de tout déchet technique, sans faute de goût ni excès d’ambition.

Pour Weather, son premier album pour Ninja Tune (après avoir fait les belles heures de Ghostly International dont Tycho était pourtant devenu l’un des tauliers), Scott Hansen fait tout ou presque par lui-même comme d’accoutumée (y compris la pochette). Toutefois, il reste mutique et a invité deux jeunes femmes, illustres inconnues, pour donner vie à ses chansons : l’une, Hannah Cottrell, est à l’honneur sur la face A, quand l’autre, Moses Elias, incarne les morceaux de la face B. Cette partition souligne l’ambiance qui se dégage de chacune des 2 parties.

Dans un premier temps donc, Tycho lorgne vers Lali Puna, notamment le temps de Pink & Blue, lorsque le chant à la limite du juste reste sciemment distancié. C’est très beau grâce aux basses profondes et aux accidents rythmiques dans lesquels on se plait à se perdre. On imagine alors volontiers la jeune chanteuse aussi aussi belle que glaciale – pour ne pas dire frigide. On est à peu près certain qu’elle évitera tout contact avec pudibonderie, mais on préfère l’accompagner au Japan, quand elle laisse poindre ses fêlures et passe à confesse, l’imaginant la tête blottie contre notre épaule.  Sur la seconde moitié, l’autre égérie de Scott Hansen dont on ne retrouve trace nulle part réduit considérablement la distance avec For How Long, une supplique dans une ambiance rendue moite par une touche d’exotica. Et sur No Stress, on baisse la garde, les mains se délient, les muscles se relâchent. C’est à la fois sensuel et apaisant, puissant et réconfortant.

Encore une fois, avec Tycho, le coup de foudre n’opère pas immédiatement. Mais au fil des écoutes, Weather dévoile ses charmes, entre passages nuageux et éclaircies lumineuses.

Tracklist
01. Easy
02. Pink & Blue
03. Japan
04. Into The Woods
05. Skate
06. For How Long
07. No Stress
08. Weather
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