Yudimah récidive avec Cookin’ : le hip-hop français qui a un goût d’Amérique

Yudimah - Cookin'

Son premier clip sous l’étiquette Banzaï Lab a fait son petit effet et constituait probablement le meilleur morceau de hip hop français chanté en anglais depuis une petite éternité. Yudimah récidive dans un registre anti-raciste plus moralisateur mais toujours aussi brillant, virtuose et incisif avec ce nouveau clip, Cookin, sorti il y a quelques jours.

Toujours extrait d’un EP à paraître prochainement, Cookin fait d’abord un drôle d’effet car on n’a pas trop l’habitude de voir déambuler dans Bordeaux (?) la bourgeoise et ses rues en pierre de taille, un black avec ce style en train de rapper comme un damné du Bronx. Passé le saisissement, le clip réalisé par Tom Deguitre fonctionne parfaitement. La classe naturelle de Yudimah l’emporte et crée un élan irrésistible. Visage calme, intelligence en bandoulière, texte engagé, politique et en même temps empreint de sagesse, le jeune MC fait la leçon au plus jeune en mode éducateur tout en soutenant un flow racé et uptempo qui confère une autorité immédiate à son propos. Les textes en anglais sont sous-titrés en français pour qu’on en apprécie toute la portée. Yudimah chante merveilleusement bien, porte beau et ne raconte pas que des conneries. Il y a clairement là l’un des plus gros potentiels d’identification qu’on a vu depuis des lustres et le début d’un truc qui pourrait bien être générationnel.

Yudimah évolue en pêcheur d’âmes mais sans céder sur la vivacité des mots et du flow. On a connu des donneurs de leçon qui vous retournaient le cerveau et le coeur au bout de deux vers. C’est loin d’être son cas. Sa poésie est subtile et déterminée. On appréciera, par delà les premiers couplets sur la condition noire et l’injustice, la fameuse jonction des luttes qui transparaît dans les saillies contre le mercantilisme et la société de consommation. Yudimah est en train d’inventer pour la France une fusion qui n’existait jusqu’ici qu’aux Etats-Unis. Bon ou mauvais signe, on ne demande qu’à ce qu’elle prospère aux oreilles du plus grand nombre. Yudimah rules.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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