Ray Davies / Our Country: Americana Act II
[Legacy Recordings]

5.3 Note de l'auteur
5.3

Ray Davies - Our Country: Americana Act IILe plus Anglais des compositeurs anglais est devenu Américain. On peut dresser un parallèle avec l’itinéraire d’un autre enfant terrible de l’Angleterre, Morrissey, qui sortira dans quelques semaines un album entier de reprises de standards et autres curiosités américaines. Morrissey aura 60 ans dans quelques mois. Ray Davies soufflera ses 75 bougies en juin. Morrissey et Ray Davies ont à quelques années de distance façonné tous les deux un rêve américain, assez dissemblable, mais qui dit les rapports de fascination entre les deux pays et le sort cruel que réservent les Anglais eux-mêmes à leurs meilleurs porte-parole.

L’enfant de Muswell Hill a annoncé, sans qu’on sache si c’est sérieux, la reformation des Kinks quelques jours après la sortie de cet album qui fait suite à Americana Act I et surtout à la sortie en 2013 d’un livre de souvenirs américains du grand homme. Our Country: Americana Act II est une curiosité de ce point de vue puisqu’il s’agit d’une collection de chansons entrecoupées de narrations, pendant lesquelles Ray Davies raconte sa vie et plus précisément ses anecdotes américaines. On y trouve ainsi des interludes évoquant l’interdiction pendant plusieurs années de son groupe d’envahisseurs (anglais) sur le territoire américain. C’était après la première livraison de la British Invasion. Les groupes anglais n’étaient plus les bienvenus et les Kinks en ont fait les frais. Davies parle du jour où il a rencontré sa maîtresse dans un bar, du jour où il a été blessé par balle à la jambe après avoir défendu une victime d’agression à la Nouvelle Orléans. L’Amérique de Ray Davies est une Amérique en grande partie nostalgique et mythologique. C’est l’Amérique des westerns et des grands films sur l’Ouest, c’est l’Amérique de la country music et des bars interlopes, mais c’est aussi l’Amérique de la liberté sexuelle, des sexes troublés (pas trace de Lola ici) et des grands espaces. L’album dépeint l’itinéraire intéressant d’un homme biberonné à la culture américaine à travers les comics et les films de l’après-guerre et qui découvre un pays qu’il a longtemps fantasmé. Son récit raconte la transition entre cette Amérique imaginaire et la découverte d’un pays réel marqué par son extrême liberté et sa terrible violence.

Musicalement Americana Act II est un voyage que Davies entreprend à nouveau accompagné des JayHawks, un groupe de techniciens très solides qui l’avait accompagné précédemment et qui fournit, avec sa chanteuse Karen, un canevas très efficace mais sans grande imagination aux récits parlés/chantés de l’Anglais. Le disque reprend des morceaux originaux, quelques standards ainsi que des morceaux des Kinks ou de Davies figurant sur d’autres albums et qui servent la narration comme the GetAway ou The Real World (excellente chanson par ailleurs) qui ne sont pas très anciens. L’ensemble est plein de nostalgie et assez pépère, à quelques exceptions près. La voix de Ray Davies est toujours agréable bien que moins malléable et dynamique que par le passé. Ses paroles sont toujours aussi subtiles et élégamment tournées ce qui rend l’exercice de style plus que fréquentable. A la première écoute, l’histoire de Davies est tout à fait passionnante et s’écoute comme on écouterait un livre-disque. Louisiana Sky est un bon exemple de narration qui fonctionne impeccablement. Elle ouvre sur un épisode très Nouvelle Orléans où Davies sort du rock n roll pour s’aventurer dans un blues du delta assez surprenant (March of The Zombies) et vers lequel on ne retournera pas nécessairement. Americana Act II n’est pas aussi classique et conservateur qu’il en a l’air. The Big Weird est un morceau ambitieux et qui dégage une séduction invraisemblable. Le narrateur se perd dans une nuit hantée par tout un tas de personnages fascinants : des femmes essentiellement, jeunes et qu’il s’en veut de suivre. On s’emmerde un peu sur The Big Guy mais on peut trouver son compte lorsque Ray Davies ébroue son « bon vieux rock » sur le final Muswell Kills ou lorsqu’il croone son amour du continent sur Oklahoma USA.

Davies n’a rien perdu de sa capacité à écrire des morceaux qui tiennent la route et ne nous prive pas de son talent sur Bringing Up Baby, le puissant The Take ou le boogy rétro de Back In The Day. Our Country: Americana Act II est un disque qui ne manque pas d’intérêt et qui s’écoute avec plaisir. Cela n’en reste pas moins un exercice un brin paresseux et qui ne présente pas un intérêt immense pour qui ne connaît pas sur les doigts les disques autrement plus importants et décisifs du groupe anglais. Sans doute est-il préférable d’aller réviser ses classiques et de réécouter la trilogie magnifique parue entre 1968 et 1970 : Village Green, Arthur et Lola versus Powerman, plutôt que de vouloir à tout prix se farcir le Davies hors d’âge. Ce n’est pas pour autant qu’il faut négliger un truc comme The Take, qui est l’une des plus chouettes chansons écrites par Davies depuis un bail. Ce gars reste à 75 ans un danger public et un monstre d’érotomanie. Il n’y a pas d’âge pour jouer de la guitare, pour baiser et ruer dans les brancards. C’est dit.

Tracklist
01. Our Country
02. The Invaders
03. Back In The Day
04. Oklahoma USA
05. Bringing Up Baby
06. The Getaway
07. The Take
08. We Will Get There
09. The Real World
10. A Street Called Hope
11. The Empty Room
12. Calling Home
13. Louisiana Sky
14. March of The Zombies
15. The Big Weird
16. Tony and Bob
17. The Big Guy
18. Epilogue
19. Muswell Kills
Ecouter Ray Davies - Our Country: Americana Act II

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