Chapi Chapo & Les Jouets Electroniques / Collector
[Music From The Masses / [PIAS]]

7.5 Note de l'auteur
7.5

Chapi Chapo & Les Jouets Electroniques - CollectorDécembre. Quoi de mieux que le mois des cadeaux, donc des enfants et donc des jouets pour sortir Collector, nouvel album de Chapi Chapo sous son nouvel avatar, Chapi Chapo & Les Jouets Electroniques. Un nom rigolo qui aura du mal à parler aux gens nés après 1980, celui d’une série d’animation des années 1970 où deux marionnettes, une bleue et une rouge, vivaient sur des musiques signées du pionnier électro François de Roubaix de petites aventures du quotidien dans un décor ultra minimaliste ; un univers puissamment graphique qui a inspiré Patrice Elégoët, finistérien pas né de la dernière pluie. C’est que l’on retrouve tout d’abord Chapi Chapo dans les années 2000 au sein d’un premier projet plutôt pastoral, Chapi Chapo Et Les Petites Musiques De Pluies dans lequel il va commencer à explorer petit à petit l’utilisation des jouets, d’abord plutôt acoustiques, à des fins musicales « adultes » sur trois albums dont le plus abouti Robotank-Z sorti en 2013 chez Les Disques Normal à Rennes. Parallèlement, il va commencer à participer aux projets de livres-disques pour enfants initiés par l’artiste brestois protéiforme Arnaud Le Gouëfflec ; une trilogie de contes rock-électroniques chaudement recommandée pour vos petits éventuels dans laquelle Chapi Chapo explore de plus en plus souvent les possibilités des jouets électroniques. Dès lors, l’idée d’un album uniquement composé de jouets électroniques du monde entier va germer et aboutir à Collector, qui le sera peut-être un jour mais qui en attendant traduit la passion collectionneuse de Patrice Elégoët pour ces instruments enfantins au potentiel souvent ignoré.

Soyons clair, il n’y a d’ordinaire que les geeks de la musique pour se tripoter des heures devant une liste de matos électronique. Alors, pour faire simple et superbement réussi, Chapi Chapo opte pour la présentation sous forme d’imagier graphique et coloré des 73 jouets qui lui ont permis de composer cet album. Un clin d’œil supplémentaire au monde de l’enfance pour un disque qui s’en éloigne dès les premières notes. C’est que, paradoxalement, même si on ne doute pas un seul instant du temps de dingue passé à chiner, tester et s’enthousiasmer devant les possibilités de ses trouvailles multicolores, Chapi Chapo n’est pas là que pour s’amuser. Jouer, oui, mais jouer de la musique avant tout. Très vite, en passant la porte de cette extraordinaire boutique vintage, ce cabinet de curiosités thématique, on comprend qu’il s’agit avant tout d’un disque de pop électronique, et peu importe finalement que les instruments ne soient pas estampillés Korg, Roland ou Moog mais plutôt V-tech, Texas Instruments ou Fisher Price. Preuve du sérieux de l’entreprise, une liste de featurings (au chant le plus souvent) longue comme le bras, incluant quelques pointures internationales comme Jad Fair, GW Sok (The Ex) ou Troy Von Balthazar et d’autres plus locales comme la rennaise d’adoption Laetitia Shériff ou la ouessantine Tiny Feet, aka Emilie Quinquis-Tiersen.

Un album pour les grands enfants donc, même si on pourrait épiloguer des heures durant sur ce qu’on entend par « jeune public » et qu’il est probable que quelques utilisateurs habituels des dits-jouets puissent reconnaitre assez facilement dans cette musique de grands quelques sonorités familières. Alors une fois la question matérielle réglée, Chapi Chapo compose et explore, utilisant pour chaque titre un minimum de 12 jouets pour créer des atmosphères très diverses, peut-être trop. Le pari instrumental fait, la multitude d’interprètes très différents et la volonté manifeste d’explorer plusieurs territoires des musiques électroniques sont autant d’éléments qui nuisent quelque peu au fil conducteur de Collector parfois compliqué à suivre. Ainsi, sur la rigolote et vitaminée It’s Fate ou la plus électro punk No No No No No, il y a de toute évidence l’idée de coller au plus près des univers de leurs interprètes, Jad Fair et GW Sok. When We Was Older explore un univers plus synth pop qui rappelle Plone ou même New Order par ce joli clin d’œil rythmique tandis que Seller Keller est une bombe electro clash new wave scandée en breton par une Tiny Feet bien vénère. Muets, les irrésistibles Hot Lixx et Let’s n’ont pas d’autres objectifs que de vous voir remuer le popotin en s’aventurant dans les domaines de la techno house et du retro-gaming ; jolie mise en abime pour le coup que de recréer un univers de jeu électroniques avec… des jouets électroniques.

Mais finalement, comme souvent, c’est lui aussi en baissant le rythme que Chapi Chapo s’avère le plus intéressant. C’est d’abord le sombre Nothing Will Stand Still hanté par une Laetitia Shériff qui se joue des registres et transporte ce morceau qui rappelle un peu la liberté de ton de la Björk des Debut ou Post. Plus loin, The Hurdles est incontestablement la plus belle réussite du disque, splendide ballade hypnotique à la façon du Domotic des débuts, soutenue par quelques jolies notes de ce xylophone multicolore que l’on a presque tous connu. En fin de disque, les Old Toys de Troy Von Balthazar nous emmènent dans une jolie conclusion plus que symbolique qui rappelle les BO des films des années 1970. Mélancolique et fragile, elle semble être le chant du départ de certains de ces jouets en bout de course qui veulent encore montrer qu’on peut compter sur eux. Histoire de jouets.

Alors au-delà de la performance, remarquable et de l’objet, magnifique, s’il est clair que chaque morceau ou presque, pris indépendamment, est une vraie petite réussite, Collector qui pour le coup ne manque ni de relief, ni ne souffre d’un trop plein d’homogénéité manque plutôt d’un peu de cohésion et prend peut-être plus un aspect compilatoire que celui d’un véritable album. Mais les enfants qui se racontent des histoires un peu décousues aux yeux des adultes en n’ont que faire que leur regard cartésien, ils jouent dans leur monde et se marrent bien de les voir en fin de compte s’extasier devant tant d’innocente ingéniosité.

Tracklist
01. When We Was Older (avec Maxwell Farrington)
02. Let’s
03. Nothing Will Stand Still (avec Laetitia Shériff)
04. It’s Fate (avec Jad Fair)
05. Hot Lixx
06. The Hurdles (avec Rachel Barreda Horwood)
07. No No No No No (avec G.W. Sok)
08. Seller Keller (avec Tiny Feet)
09. Old Toys (avec Troy Von Balthazar)
Liens
close
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Ecrit par
Ecrits aussi par Olivier

Une pincée d’Origan, une news avec du vieux

Mieux vaut tard que jamais. On a déjà évoqué la difficulté à...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *