On ne se souvenait plus à quel point ce disque était bon. On y est retourné en lisant le livre et on a pris un pied incroyable, comme si on l’écoutait pour la première fois. Un miracle, une fulgurance, rendue encore plus vive par la version live enregistrée en 1995 au Bloomsbury Theatre dont parle l’auteur sur la fin. L’effet produit est tel que finalement… on a plus très envie de parler du bouquin lui-même et de sa lecture. Est-il autre chose qu’un moyen de la redécouverte ? Une nouvelle manière de nous guider vers ce qui importe : le disque, la musique ? N’est-ce pas tout ce qui compte ? Christophe Schenk autour du cahier des charges qui est celui de la collection Discogonie (un album, un groupe, la pochette, le contexte, une approche titre à titre, une petite centaine de pages et zou), réalise un travail remarquable. Son livre est documenté, assis sur des interviews distillées avec soin tout du long des principaux protagonistes, riche de détails, de renseignements, de ces petites anecdotes qui font le sel de la collection (l’histoire de la couverture qu’on ne raconte pas, des essayages et du rapport du groupe à… leur tailleur… à leurs costumes) et nous rendent la lecture si agréable. Et cela même si on oubliera presque tout très vite.
Ceux qui ont vécu en direct la montée en puissance du groupe retrouveront instantanément l’époque, la manière dont le groupe a été découvert puis “monté en épingle” en France. Les Inrocks. La presse anglaise. La classe absolue et puis le rapport de grâce et de fascination qu’exerçaient sur nous la voix de Stuart Staples, le trouble profond inspiré par ses textes et sa gravité, la force des cordes et des arrangements, mi-pop, mi-jazz, qui faisaient passer Divine Comedy pour un gamin de quinze ans. On se souvient comme si c’était hier de notre première rencontre avec les Tindersticks, du sérieux, du poids des enjeux, de la gravité. C’était ce qu’il nous fallait, un parfait contrepoint, snob et supérieur, romantique et d’apparence arty à la bassesse et à la facilité britpop. Schenk explique avec le groupe à la perfection comment ils se sont élevés en deux albums à ce niveau insensé avec une totale confiance en leurs moyens. The Second Album est un chef d’oeuvre absolu, un des plus beaux disques des années 90. depuis l’ouverture El Diablo En El Ojo, jusqu’aux sommets que sont My Sister, Tiny Tears ou encore Mistakes ou No More Affairs, le single qui n’en était pas un et qu’on adorait par dessus tout. Il aura fallu la lecture de ce livre pour comprendre de quoi il retournait exactement et on est pas déçus. Le groupe reconnaît à demi-mot que ce deuxième essai est son plus réussi, que rien ne sera jamais pareil entre les membres après ça, une sorte de sommet créatif et de miracle à la composition et au mode opératoire plus simple qu’il n’en a l’air : de l’amitié, de l’inspiration, un peu de travail. Le bouquin est simple, linéaire et solide comme la beauté et la forme pure du disque dont il parle et dont il pourrait être tiré.
Ça se lit pour mieux écouter, pour mieux savoir, pour mieux ressentir. On ne va pas s’appesantir : difficile de faire mieux. On y était l’an dernier en Bretagne, en 2024 comme en 1995, et c’est en partie grâce à la force de ce deuxième disque, qu’on y sera en 2025 et sans doute en 2042 quand nous serons tous morts.
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