Flyying Colours / Fantasy Country
[Club AC30 / Poison City Records]

8.5 Note de l'auteur
8.5

Flyying Colours - Fantasy CountryLe problème des modes, ce sont surtout prescripteurs et suiveurs qui le créent, en décrétant sans véritable raison, du jour au lendemain, pour paraphraser Gainsbourg, ce qui est in et ce qui est out puis en suivant l’ordonnance à la lettre. Une insatiabilité qui confine parfois au ridicule quand il s’agit de ne pas voir, par bêtise ou aveuglement, ce qui est né pour durer. Non, en matière de pop bruyante, tout ne s’est pas arrêté après Darklands, ni même après Isn’t Anything, Just For A Day ou Nowhere. Bien au contraire, ces disques fondateurs ont inspiré et inspirent encore des générations de fans et musiciens trente et quelques années après et, scoop, comme la production du vinyle, ça ne s’est jamais arrêté. La noisy pop est certainement une branche mineure du rock, mais majeure pour des milliers et des milliers de personnes qui s’y sont reconnues et s’y reconnaissent encore, marqué au fer blanc par cette dichotomie qui fonde nos vies, le noir et le blanc, l’amour et la haine, la laideur et la beauté, l’âpreté et la douceur, le bruit et la mélodie. Et si le genre a su évoluer et se nourrir de 35 années de pop culture comme ont pu le montrer les lillois de Tapeworms sur leur premier album l’an passé, ça n’est souvent que par petites touches comme intégrer plus d’électronique, tuer le chanteur avant de le ressusciter, rallonger les morceaux ou aller puiser à la source du psychédélisme textures et rythmiques enivrantes mais au final, rien n’a vraiment changé.

Alors inutile d’emblée d’aller raconter que Fantasy Country, le second album des australiens de Flyying Colours sorti chez Club AC30 à Londres (un label né en 2004 juste pour faire vivre l’esprit de la cause) et Poison City à Melbourne est un disque de noisy pop moderne qui la fait entrer dans une autre dimension. Non, c’est un disque tout ce qu’il y a de plus classique, traversé par les grandes inspirations connues et juste absolument jouissif. N’allez chercher chez Flyying Colours aucune innovation, aucune avancée fondamentale, aucune prise de risque : ils font de la noisy pop comme d’autres de la java, du rockabilly ou de la salsa, en respectant les codes avec dévotion et récitant leurs gammes dans le plus grand respect des ainés. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, cela fonctionne à merveille, comme cela à toujours fonctionné depuis que se sont engouffrés sans cesse dans le sillon tracé depuis la fin des années 1980 des groupes comme The Charlottes, Secret Shine, Velocity Girl, Pia Fraus, Below The Sea, Linda Guilala ou DIIV. Dès leurs débuts en 2013 avec un premier ep parfait, Wavygravy, Flyying Colours donnait sa ligne de conduite de laquelle il ne va, 8 ans, 2 albums et une poignée de ep plus tard pas s’éloigner. A quoi bon ? L’alchimie fonctionne toujours aussi parfaitement, les disques se succèdent, tiennent la route et trouvent sans peine leur public. Un public connaisseur, fidèle au-delà des modes et probablement un peu nostalgique pour les plus grisonnants qui, sans doute, peuvent se targuer d’avoir assisté à la naissance d’un beau mouvement et observent avec fierté tout ce que ces rejetons en ont fait de beau durant toutes ces années.

Au-delà du parti-pris assez franchement psychédélique (la pochette de l’album, ses vinyles colorés, ses vidéos et quelques passages conviant franchement Can et les Spacemen 3), en se mettant sciemment du côté des outsiders magnifiques, éternels seconds couteaux que furent des groupes comme Adorable, Revolver ou Catherine Wheel, Fantasy Country dresse un inventaire personnel et varié de ce qu’il faut retenir de ce mouvement musical en 2021. Loin d’être exhaustif, l’album brille aussi par sa concision qui fait la nique aux temps morts et file compteur bloqué, à fond sur les pédales. Big Mess et sa vidéo complétement folle est en cela assez emblématique d’un disque en roue libre, où l’insouciance et la liberté sont érigées en étendard, portées par des nappes de guitares qu’une centrale nucléaire ne suffit pas probablement pas à alimenter, une rythmique cavalresque que rien ne semble pouvoir arrêter et un chant mixte impeccable où le garçon joue au type un peu détaché et glandeur et la fille à celle sur qui on peut compter ; un grand classique. A fond dans le rouge ou plus détendu, Flyying Colours garde intacte cette bonne humeur hautement communicative, savoure chaque instant de chaque chanson comme si sa vie en dépendait et nous gratifie de vrais beaux moments comme cette dernière minute de Ok de haute volée ou un It’s Real plus lumineux, fausse pause néanmoins salutaire au cœur de ce tourbillon sonique.

Bien plus que des faussaires, les quatre australiens sont des copistes, semblables à ces moines médiévaux en charge de transmettre la quintessence d’un patrimoine a-priori éphémère mais que l’on espère faire durer le plus possible. Ils enluminent chacune de leur chanson selon un code bien précis mais à travers lequel on devine qui ils sont : les membres d’une jeunesse sonique bien dans leur époque, qui porte haut les couleurs d’un univers musical qu’ils vénèrent, eux les amoureux des belles chansons sur lesquelles il est de bon ton de déverser un flot d’électricité jubilatoire parce que c’est généralement sacrément fun à faire, notamment sur scène, et qu’en plus, figurez-vous que ça sonne drôlement bien.

Tracklist
01. Good Times
02. Big Mess
03. OK
04. It’s Real
05. White Knuckles
06. Eyes Open
07. This One
08. Boarding Pass
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