Glastonbury 2025 : de l’appel au meurtre, du Pulp et des performances surprenantes

Affiche Festival Glastonbury 2025Le Festival Glastonbury 2025 s’est achevé avec un sentiment mitigé de réussite… musicale et de beau bordel général auquel aura contribué la diffusion d’une partie de la manifestation en direct sur la BBC (90 heures de direct au total, un dispositif inédit). Car, en effet, et plus que ce qui s’est réellement passé sur le terrain à Worthy Farm (Somerset), c’est le retentissement causé par la retransmission en direct par le groupe public n°1 en Angleterre qui a amplifié chaque incident ou événement qui se produisait devant les spectateurs. La polémique (voir ci-dessous) majeure causée par l’appel au meurtre prononcé en direct par Bobby Vylan (du groupe Bob Vylan) sera sans nul doute la principale source de polémique puisque la BBC (qui bénéficie généralement sur les retransmissions en direct d’un fameux décalage de “6 secondes” pour intervenir sur le flux live) n’a pas réussi à interrompre la retransmission scandaleuse… par manque de réaction ou pour ne pas perdre d’argent, selon les interprétations qu’on peut en donner. Toujours est-il que ce Glastonbury 2025 restera sûrement dans les esprits non pas pour des faits strictement musicaux (et il y en a eu quelques uns) que pour ce raté monumental du groupe d’audiovisuel public qui a amené les dirigeants, menacés de renvoi, à revoir leur politique en la matière.

“À la lumière des événements du week-end, nous réexaminerons nos principes de recrutement et notre ligne éditoriale concernant les événements en direct, pour nous assurer que les équipes savent quand il convient de maintenir une diffusion et quand il faut l’interrompre” (communiqué BBC)

Qu’un tel changement de doctrine intervienne à la suite d’un simple concert sur une scène mineure (la West Holts Stage) d’un festival de grande ampleur est probablement inédit. Cela en dit plus sur l’industrie télévisuelle (sa volonté de sauver sa peau en contractualisant avec le monde du spectacle XXL, sa fragilité) que sur ses intentions politiques ou encore la nature “politique” (pas si nouvelle) des artistes qui s’expriment sur de telles scènes.

1. Death to IDF…. : Bob Vylan, la BBC et le conflit israélo-arabe

(pas de vidéo ici – on ne va quand même relayer des appels au meurtre)

La polémique antisémite qui a dominé le festival se concentre sur deux groupes qui ont joué sur la West Holts Stage, scène secondaire autour de laquelle flottait un nombre important de drapeaux palestiniens. Le groupe qui était le plus surveillé était le groupe irlandais Kneecap, déjà dans le collimateur de la justice, pour des propos scandaleux anti-Israel/anti-sémites (la limite entre les deux est plus que mince les concernant, voire franchie allègrement), qui n’aura pas trop joué avec le feu puisque le chanteur Liam Óg Ó hAnnaidh (Mo Chara) s’est “contenté” sur scène de brocarder les enquêtes et autres mises en cause pour des faits (en gros) d’incitation au terrorisme et propos haineux qui pèsent sur lui et le groupe. Kneecap a démarré son set comme à son habitude avec des vidéos revendiquant sa liberté de penser… et de s’exprimer librement, qu’il considère comme mise en danger par les réactions politiques à son égard. La scène a amené le public à huer le premier ministre britannique Keir Starmer, qui avait eu quelques propos durs mais lucides sur les paroles du groupe. “Fuck Keir Starmer“, a entonné tout le monde… la BBC vigilante avait soigneusement évité l’obstacle en ne retransmettant pas le concert du tout, ce qui était évidemment bien senti et a permis de contourner la première grosse difficulté du jour.

La BBC n’a en revanche pas vu venir le concert de Bob Vylan, duo punk hip hop organisé autour du chanteur Bobby Vylan et de son batteur Bobbie Vylan, dont les amateurs de grime connaissent les vues depuis assez longtemps. Sans album à défendre, le groupe aurait pu proposer une prestation dans ses standards habituels : un set sautillant, engagé et politique, pour une foule acquise à sa cause. On se situe généralement avec Bob Vylan quelque part entre les Rage Against The Machine et Offspring, sans que cela casse 3 pattes à un canard. Sauf que galvanisé par l’événement et les drapeaux rassemblés, le chanteur a carrément ajouté à sa harangue pro-palestinienne un appel au meurtre frontal envers les soldats israéliens. “Death to IDF” (Israel Defense Forces), difficile de faire plus clair et plus con. Quoi qu’on en pense, toute expression qui commence, même métaphoriquement (ce dont on est pas du tout sûr ici) par “death to” suivie de la mention d’un être humain est à bannir car très très mal partie. Les rappeurs de Bob Vylan vont payer pour ça et ce n’est probablement que justice tant on peut juger cela irresponsable. Leur agence marketing les a d’ailleurs courageusement congédiés… quelques heures après la prestation….

On laissera le lecteur avec les nombreux débats que cet incident soulève mais c’est sans nul doute le fait majeur qui restera de l’édition 2025.

2. Robert Smith aime les lolitas de la nouvelle génération

On ne doute pas qu’Olivia Rodrigo soit “bonne pour nous”. De là à kidnapper ce bon Robert Smith pour interpréter deux titres sur la plus grande scène du festival (la Pyramide stage) en sa compagnie, on n’y aurait pas cru. La jeune chanteuse issue de la série High School Musical qui nous a donné de multiples starlettes n’a que 22 ans. Elle est toute mignonnette et a la particularité de porter des jupes de 22 centimètres de long en plus d’aligner les tubes. Elle avait réussi déjà à emballer Joe Biden (pour lequel elle a tourné des clips encourageant à la vaccination chez les jeunes) et semble avoir conquis le gros Robert qui… pour le plaisir d’être sur scène… ou pour celui de passer pour pertinent et référentiel face à la population djeun du pays… a donc interprété Friday I’m In Love et Just Like Heaven en compagnie de la jeune femme. Le public n’avait pas forcément identifié le bonhomme au premier coup d’œil mais tant pis.

Ce curieux attelage a beau être très improbable, on retiendra que les deux chansons passent crème et ne sont pas si mauvaises (si tant est que Friday I’m In Love puisse jamais être bonne…). On connaît les difficultés d’être un vieux monsieur (même gothique et très célèbre) aux côtés de jeunes filles en fleur. On ne jugera pas ainsi de cette participation purement amicale mais on ne dira pas non plus que cela nous a fait plaisir. En toutes circonstances, Robert Smith tient sa ligne et son look, quitte à ce que revoir ces vidéos nous donne l’impression d’être au cœur d’un épisode délirant des Simpson. Pour la petite histoire, le petit ami de la chanteuse incarnait Sid Vicious dans la série Pistol, consacrée aux Sex Pistols. Quand on vous dit qu’il n’y a pas de hasard… Tout est punk en ce bas monde.

3. Pulp triomphe à l’ancienne

Ils avaient dit non mais tout le monde pensait que peut-être… oui. Et ce fut oui. Alors qu’ils avaient triomphé en remplaçant en des temps illustres les Stone Roses au débotté (une semaine avant), les Pulp ont fait leur grand retour à Glastonbury en vedette américaine avec un set solide, constitué de standards et de nouveautés. Pulp est en état de grâce et tout le monde en veut plus depuis More. On fait partie de ceux qui en seraient bien restés là… avant et on n’épiloguera donc pas sur ce triomphe annoncé. Jarvis est toujours un phénomène sur ce genre d’événements. Ils sont venus, ils ont vu et ils ont vaincu.

C’était mieux avant ou juste pareil mais différent ? On a bien sûr la réponse. Regardez juste le violon.

4. Neil Young en demie-teinte

On n’est pas assez calé en Neil Young pour savoir si c’était une bonne idée ou pas de le convoquer sur le final du festival. On utilise donc notre super joker pour dire qu’on n’en sait rien. Est-ce que Neil Young joue une musique adaptée pour ce genre de grand raout festif ? Est-ce que Neil Young est essoré ? Est-ce que c’est bien de le présenter aux nouvelles générations ? Il n’a même pas 80 ans de toute façon. Neil Young y était mais on a toujours préféré Rod Stewart, c’est dit.

5. La musique quand même : Capaldi, Rod Stewart, Lorde et tous les autres

On vous renvoie au line-up à rallonge pour le reste… c’est-à-dire le festival lui-même. Comme on y était pas, on ne pourra pas dire précisément ce qui était bien, moins bien ou juste bof. Lorde a donné un concert surprise. et a joué en intégralité son nouvel album qui sortait le soir même. Bien joué, mais on s’en fout un peu. Lewis Capaldi est revenu également (par surprise) lui qui avait marqué l’édition 2023 en étant incapable de boucler son set en plein milieu d’une chanson, accablé par… le syndrome de la Tourette et divers soucis de santé mentale. Il a joué cette fois et cela a plu à pas mal de monde. Haim est aussi venu par surprise. Il y en a beaucoup qui aiment le groupe. Nous, notre truc, c’était Rod Stewart, dont on causait il y a peu, qui bien sûr est venu avec son vieux pote Ronnie Wood et une superbe veste vert pomme. Le gars de Simply Red était là aussi. Il y avait plein de surprises plus ou moins réussies sur son set mais cette version de Sailing était vraiment démente. Rod Stewart est bien un dieu vivant, la fierté des hommes de petite taille qui aiment sortir avec des filles blondes plus grandes qu’eux.

Parmi les trucs au moins aussi cools et dont personne n’a parlé, il y avait aussi nos amis de Future Islands qui ont fait le show sur une petite scène. C’est quand même trois divisions au dessus de ces imbéciles de Bob Vylan.

Pour la route, et pour les vieux, The Prodigy est venu aussi. Marrant de penser que ces mecs étaient jugés atrocement scandaleux et subversifs en leur temps. Ça marche toujours pour Breathe, mais Keith il a pas venu pour cause de mort.

Parce qu’on croit en l’amour et en la paix (et parce que Coldplay avait piscine), on finit sur Tom Odell et son Another Love

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3 Comments

  1. says: lulu

    Cet article est nul, plein de “bien pensance”, de formalités autant que de partis pris qui ne représentent selon moi pas du tout la scène musicale actuelle (et donc par extension ne représentent pas du tout le sujet de l’article en lui-même).
    C’est vraiment écrire pour brasser de l’air… Un bon point quand même pour le caractère informatif.

    1. says: Beecher

      Ouf ! Le bon point est arrivé à la fin. Nous avons eu peur 😉
      Néanmoins, c’est dommage, Lulu, de ne pas développer votre point de vue. Où se loge la bien-pensance dans l’article ? Des partis pris, oui, SBO en est plein et c’est bien naturel pour un webzine indépendant.
      Brasser de l’air en période de canicule, c’est assez salvateur.

  2. says: JP

    C’est l’article qui est nul et ne “représente pas du tout la scène musicale actuelle”, ou c’est tout simplement ce type de méga festival qui est devenu depuis longtemps une machine à beaucoup de cash et peu d’excitation artistique ? Il suffit de regarder la programmation pour comprendre qu’on ne va pas faire beaucoup de découvertes interessantes dans ces parages. Les jeunes viennent s’amuser au début de l’été, les darons retrouvent un peu de fraîcheur en allant réécouter Pulp (les plus friqués sont à Oasis), tout cela est bien gentil bien propret. Un événement qui est retransmis 90h sur la BBC ne saurait être bien subversif, chez nous on appelle ça le Tour de France.

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