The Notwist / Vertigo Days – Live From Alien Research Center
[Morr Music]

9 Note de l'Auteur
9

The Notwist - Vertigo Days Live From Alien Research CenterJusqu’où pousser une bonne idée ? Pour les allemands de The Notwist qui n’en sont pas dépourvus, la réponse semble évidente. Auteur en 2021 d’un album majeur, probablement leur meilleur, qui restera dans les annales du Indie Rock of Fame, Vertigo Days, ils réitèrent aujourd’hui l’exploit de sortir un nouveau grand disque tout en ne changeant rien ou presque par rapport à cet album. Si Vertigo Days Live From Alien Research Center qui sort sur Morr Music est leur second live en 3 albums, c’est aussi que, avec lucidité, le groupe a pleinement conscience de tout ce qu’il a offrir au public des autres salles obscures. Si le dantesque Superheroes, Ghostvillains + Stuff, son heure quarante et ses 16 titres interminablement hypnotiques enregistrés en public révélait en 2016 un Notwist puissamment hybride, à la fois rock et dansant au son d’une électronique omniprésente et dévergondée, ce nouveau live est lui, comme son nom l’indique, enregistré dans la plus stricte intimité au sein du propre studio bavarois du groupe, son antre, son centre de recherche qui n’a jamais aussi bien porté son nom.

Si on avait adoré Vertigo Days pour sa formidable construction, son homogénéité impressionnante et la qualité de ses compositions souvent bien au-dessus du lot commun, on pouvait, sans trop de craintes cependant, s’interroger sur la capacité du groupe à retranscrire en direct à la fois la complexité harmonique du disque, mais aussi la puissance émotionnelle qui s’en dégageait. Pas d’inquiétude, on peut compter sur le génie des allemands pour y parvenir haut la main et offrir une relecture quasi exhaustive du disque avec une proposition certes très fidèle, certains diront peut-être trop, mais qui exprime à la perfection leur capacité à aller au bout de leurs (brillantes) idées. Car voilà bien la thématique principale qui traverse le disque du début à la fin : faire vivre des morceaux remarquables qui n’ont pas encore tout à fait exprimé tout ce qu’ils avaient à nous raconter. Et force est de constater que cela fonctionne à la perfection. Malgré les dizaines et les dizaines d’écoutes de l’album original qui n’a sans doute pas fini de livrer ses secrets, les 10 titres présentés ici agissent comme un lifting, léger, audacieux, plus direct (forcément), sans fard, si l’on excepte quelques parties de voix complémentaires enregistrées (celle de la japonaise Saya Ueno sur Ship notamment), ni filet. Électronique structurante, électricité sous contrôle et des parties acoustiques qui font tout le sel de l’enregistrement agissent de concert dans un équilibre harmonique qui frise la perfection.

Autour des frères Marcus et Micha Acher s’active un groupe de cinq musiciens hors pairs, capable de retranscrire en direct toute la subtilité d’un disque particulièrement dense. Sur Star, Exit Strategy To Myself ou Ship, on est irrésistiblement entrainé dans une transe krautrock furieusement modernisée. Ailleurs (Interlude, Into The Iceage, Sans Soleil), sans être véritablement acoustique, le disque s’aventure sur des terrains boisés et venteux, s’approchant régulièrement des ambiances jazz contemporaines que les deux frères exploraient jadis au sein du généreux Tied + Tickled Trio qui a ouvert bien des esprits, rappelant qu’on adorerait avoir de leurs nouvelles. Ici, par opposition à Superheroes, Ghostvillains + Stuff qui détonnait véritablement, parcouru de déflagrations soniques complément jouissives, c’est une impression d’atmosphère relativement feutrée qui prédomine et malgré les quelques (courtes) montées plus bruitistes, l’ensemble dégage une sensation d’intimité rassurante, presque comme si les allemands débarquaient dans votre salon comme ces sessions ouatées du dimanche que l’on découvre ici ou là sur internet. L’ensemble est joué avec beaucoup de subtilité, permettant de mettre en avant toute la richesses instrumentale et harmonique de ces compositions.

Mais plus que sur l’album studio, c’est la voix de Marcus Acher qui est particulièrement remarquable ; elle l’est depuis toujours, en tout cas depuis que le coup de foudre Your Signs en 1998 a ouvert la voie à cette belle histoire commune qui dure sans faille depuis. D’ordinaire fragile mais intense, a-même de retranscrire des émotions sincères et puissantes, elle acquiert en vieillissant un grain particulier qui la rend encore plus attachante. Elle n’est jamais loin de la rupture, souvent en suspens comme, et ça n’est sans doute pas un hasard, sur les deux plus beaux morceaux du disque, Into Love en ouverture et le toujours aussi magnifique Loose Ends qui a, de façon logique, la charge de conclure ce live ; une des petites variations du tracklisting par rapport au disque initial amputé ici de toute sa fin. Ici, cette voix emprunte de gravité et de fragilité conduit l’évolution tout en douceur du morceau au rythme d’une guitare véritablement caressée avant de, finalement, exploser comme une évidence parce qu’un live reste un live, même sans public à porter vers cette forme de transe, yeux fermés, dodelinant de la tête, le corps tout envahi de vibrations basses et de décibels hauts.

Vertigo Days – Live From Alien Research Center n’est sans doute pas meilleurs que le Vertigo Days enregistré au Alien Research Center mais il en apporte une lecture différente, plus directe et spontanée bien que l’on n’ignore pas l’énorme travail de mise en place derrière une telle performance. Il prolonge de la plus belle des façons la vie de compositions formidables qui auront marqué la vie du groupe et de ses fans mais qui, loi du genre oblige, disparaitront, toutes ou la plupart des setlists des futures tournées du groupe que leurs prochains albums alimenteront au gré d’envies artistiques et créatives qui évolueront, comme le groupe a toujours su évoluer depuis ses débuts hardcore en 1990. Dès lors, il apparait comme une évidence que les graver non pas dans le marbre mais le vinyle ou le PVC d’un CD était forcément la meilleure des idées à avoir, ce qui n’a rien étonnant de la part d’un groupe et de son label qui nous rappellent régulièrement toute leur importance dans nos vies musicales.

Tracklist
01. Intro
02. Into Love / Stars
03. Exit Strategy To Myself
04. Where You Find Me
05. Ship
06. Interlude
07. Into The Iceage
08. Oh Sweet Fire
09. Sans Soleil
10. Loose Ends
Liens
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Ecrit par
More from Olivier
Singles de l’été (9) : Pipiolas met l’Espagne conservatrice en PLS
Autre destination estivale par excellence, l’Espagne qui après sa Vuelta Pop de...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *