Gorillaz / The Now Now
[Parlophone]

3.8 Note de l'auteur
3.8

Gorillaz - The Now NowCe n’est pas parce qu’on a une dent contre Damon Albarn depuis les débuts de la brit pop qu’on n’a pas su reconnaître de temps à autre le génie de ses productions. A l’échelle de son immense carrière qui s’étend de Blur à ses travaux solos, en passant par une multitude de projets et sous-projets, l’aventure Gorillaz, qui fête ses 20 ans cette année, est peut-être celle qui, au final, témoigne le mieux du côté visionnaire du britannique. Avec ses trois premiers albums irréprochables (dont le plus réussi est le troisième, Plastic Beach), la discographie du groupe de dessin animé imaginé par Albarn et son compère Jamie Hewlett est plutôt consistante et solide et continue d’impressionner pour sa portée novatrice. Gorillaz restera dans l’histoire pour ses chansons, ses tubes et l’ambition holistique de son concept. On n’enlèvera jamais à Albarn son perfectionnisme et le fait d’avoir de la suite dans les idées.

Après un The Fall qui composait un diptyque raté avec Plastic Beach et un Humanz globalement désastreux, Albarn revient avec un album plutôt curieux, The Now Now, qui signe un vrai faux retour en forme de simili-side projet. Pour la narration et ceux qui suivent ça, il semble que cet album de Gorillaz soit en fait une aventure en solitaire du personnage incarné par Albarn jusqu’ici 2-D, soit une sorte d’album solo concept attribuée, parce qu’écrit à la manière de, à Gorillaz plutôt qu’à un autre alias. Ecrit rapidement (le précédent LP a moins de deux ans) et en configuration restreinte (c’est-à-dire sans presque aucun renfort ni featuring), The Now Now est à la fois un album festif, joyeux mais également un album qui tourne en vase clos. Les chansons sont majoritairement enlevées, écartelées entre des genres concurrents et résolument optimistes. L’ambiance est au cool, au funk, à la danse, comme si tout ceci avait été écrit un cocktail dans la main, l’iPad dans l’autre, allongé sous les cocotiers avec un gros joint au bec. Sauf à entrer dans cet état d’esprit laid-back, on a du mal à partager le faux rythme de The Now Now et à ne pas trouver cela un poil chiant, à l’image d’un Sorcererz alangui et qui paraît durer trois plombes alors qu’il n’atteint pas même les trois minutes.

Gorillaz dans la brume

L’album démarre pourtant de manière assez plaisante avec une ouverture où Albarn occupe tout l’espace. Ceux qui aiment sa voix s’en réjouiront, les autres un peu moins. Gorillaz est là pour en mettre plein la vue et groover avec la chemise ouverte. George Benson sert la soupe à l’arrière-plan pour une prestation tout sauf mémorable mais qui vise à détendre l’atmosphère. Le morceau suivant, Tranz, est foireux mais sert de tremplin à la seule réussite imparable de l’album, son single Hollywood transfiguré par la prestation remarquable du génial Snoop Dogg. Certains ont réussi à rater des featurings avec ce type mais cela a rarement été le cas d’Albarn qui parle le Snoop à la perfection. Hollywood ne veut rien dire mais c’est une chanson qui déchire et mériterait de s’imposer comme un des tubes (intellos) de l’été. Malheureusement, Gorillaz et Albarn ne feront pas beaucoup mieux après ça. Entre les titres intermédiaires ou instrumentaux bien troussés (Kansas bien ), les titres qui ne fonctionnent pas (Idaho) ou les machins qui n’ont pas l’étincelle (Lake Zurich), l’album peine à décoller et à dégager une vraie personnalité. La production est solide, les beats bien construits, riches en basse et en enluminures, mais il manque le petit grain de folie (conceptuel ou mélodique) qui met l’ensemble en mouvement et réussissait à faire de Gorillaz une pétaudière improbable. Magic City est un bon morceau où Albarn joue à David Bowie, sauf qu’on ne comprend pas trop pourquoi il fait ça. Fire Flies est un titre solo de l’ancien Blur plus qu’un truc qu’on s’attendrait à attendre chez Gorillaz. C’est trop bobo pour venir du futur et trop contrôlé pour impressionner vraiment. Plastic Beach aura été le seul instant véritable où la dynamique de Gorillaz et l’engagement d’Albarn auront réussi à faire fonctionner les morceaux au tempo ralenti. Ici, ils ne fonctionnent pas du tout à l’image du terrifiant world One Percent ou du final Souk Eye qui ressemble à un mauvais morceau de Eels.

The Now Now est légèrement meilleur que Humanz (difficile de faire pire) mais est tout sauf une réussite. Il va falloir attendre un peu avant de couper les ponts mais on pourrait être tenté de dire après trois échecs successifs qu’Albarn ne sait plus quoi faire de son groupe et qu’il n’a plus rien à lui faire dire. S’il fallait donner un titre à ça pour la presse à scandale, ce serait « Gorilles dans la brume ». Bien sûr.

Tracklist
01. Humility (feat George Benson)
02. Tranz
03. Hollywood (feat Snoop Dogg & Jamie Principle)
04. Kansas
05. Sorcererz
06. Idaho
07. Lake Zurich
08. Magic City
09. Fire Flies
10. One Percent
11. Souk Eye
Ecouter Gorillaz - The Now Now

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