Ignatus a beau être un savant fou de la guitare électronique, un doux dingue du maniement des mots et de leur mise en musique, depuis qu’on le connait, depuis toujours on dirait, on n’a jamais été aussi touché que quand il s’assoit derrière son piano et compose de magnifiques morceaux qui ne manquent pas à chaque fois de nous transpercer d’émotion. C’est donc avec un grand intérêt que l’on accueillait il y a quelques jours l’annonce de la sortie d’un EP dédié à cet instrument qu’il maitrise à la perfection. Mais Ignatus reste Ignatus et attendre de lui des pièces quelque peu conventionnelles qui iraient faire valser Amélie serait forcément une façon peu pertinente d’aborder les choses, les Choses Piano pour être tout à fait exact. L’homme est curieux depuis belle lurette et c’est tout jeune qu’il a appris lors d’un voyage en Inde le maniement de la flûte en bambou auprès d’un grand maitre. Quelques décennies plus tard, il aurait pu nous gratifier d’un « Choses Flûte » mais c’est bien au piano qu’il a choisi de transposer cet art si particulier basé sur des gammes improvisées et peu utilisées dans la musique occidentale.
Ça n’est pas nouveau, même si ses albums sont finalement assez peu conventionnels, Jérôme Rousseaux s’est souvent servi de ses petites productions à la marge pour tenter des trucs, explorer, expérimenter, se distinguer encore plus de la masse des sorties musicales. Ces miniatures minimalistes dont la moins courte excède à peine les 3 minutes le montrent une nouvelle fois en nous emportant donc dans un univers plutôt singulier que l’on qualifiera à défaut de néo-classique coloré de sentiments jazzy, sachant qu’il renvoie à l’influence de musiciens ayant eux-mêmes considérablement fait évoluer leur art, qu’ils se nomment Bela Bartok ou Erik Satie. Choses Piano se découvre au fil des notes. D’abord fragile et concis, ses écoutes répétées nous immergent dans toute la singularité d’une nouvelle œuvre réalisée à deux mains de maitre sur son demi-queue Erard de 1920. Il s’en dégage une véritable poésie minimale, absolument mutique mais résolument captivante où le temps suspendu entre deux notes compte autant que les accords eux-mêmes ; où, malgré l’absence de paroles, Ignatus ne manque pas l’occasion de jouer avec les mots à travers les titres biscornus qu’il a donné à ces six pièces. Ils donnent aux compositions une forme de légèreté grave, quand la gracilité des notes et du jeu se met au service d’une atmosphère empreinte d’une certaine mélancolie.
Une nouvelle fois, Ignatus sort de la poche de son veston coloré un EP d’une belle originalité, cultivant une personnalité véritablement singulière, exploitant à sa façon la puissance émotionnelle d’un instrument aux sonorités souvent exploitées de façon un peu convenue. Quand l’exploration devient une œuvre à part entière.
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Liens | |
| 01. Feuille Fil Danse 02. Chateau Grenouille 03. Le Cygne Borgne |
04. Marcher Sur Des Poules 05. Une Chaise Lente 06. Voler Des Ailes |
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