Les haricots du Pere Ubu ne sont ni cuits ni salés

Pere Ubu - Les haricots sont pas salésOn se croirait dans un programme codé de la BBC pendant la Seconde Guerre Mondiale mais il n’en est rien. L’information qui mêle les haricots, le sel et le personnage surréaliste d’Alfred Jarry est pourtant limpide : Fire Records vient d’annoncer la sortie pour avril 2018 du coffret n°3 et dernier des grandes œuvres (majoritairement indisponibles) du Pere Ubu, l’un des plus grands groupes indépendants de la planète encore en vie et en activité (il a gagné un rang depuis la mort de Mark E. Smith, série en cours).

Après The Architecture Of Language (1979-1982) et Drive, He Said (1994-2002), voici venir le très très attendu Les Haricots Sont Pas Salés (1987-1991). Le groupe considère pour l’instant que la séquence 2002-2018 est bien couverte par une distribution CD vivace et ne mérite pas encore l’encoffrage et le mausolée. Ce qui n’est bien sûr pas le cas de la sublime séquence qui s’ouvre avec la sortie de The Tenement Year en 1988. Album de la reformation après le split de 1982, The Tenement Year naît d’une constatation. Alors que David Thomas tourne avec son nouveau groupe et effectue la promotion de son album Blame The Messenger, il s’aperçoit que ce qu’il joue ressemble de plus en plus à du… Pere Ubu. Ni une, ni deux, et saisi par cette évidence, le brave homme accepte d’intégrer quelques classiques du Pere Ubu au set et, de fil en aiguille, réalise également que les types qui l’accompagnent… ont tous ou presque fait partie de l’aventure initiale ou du moins ont gravité pas loin de l’épicentre. Avec Allen Ravenstine, Tony Maimone et Jim Jones, ils renouent avec l’identité du Pere Ubu, rameutant assez vite le batteur Scott Krauss, puis signent chez Fontana (une major, ce qui constitue une première également). Et hop, la chenille redémarre sur un album pop somptueux. The Tenement Year inaugure un cycle de trois disques, Cloudland (1989) et World In Collision (1991) qu’on peut considérer comme le plus pop et accessible du groupe. (attention, cela reste tout de même du Pere Ubu). David Thomas passe sur MTV, intègre le Billboard avec le single Waiting For Mary (qu’on présente ici en bas de page dans sa version la plus effroyablement chantily) et devient une super star planétaire qui sort avec des mannequins maigres (là, on brode).

Toujours est-il que le coffret n°3 risque d’être au moins aussi chouette que les deux précédents. En plus des trois albums, on y trouvera un Lost Album composé de chansons mises de côté au moment de composer Cloudland, de raretés et d’un mystérieux hommage à Van Dyke Parks, figure discrète qui court à l’ombre de ce triple essai, entre Beach Boys indus et surf rock à la mode de Cleveland. Que ce serait-il passé si Brian Wilson était né dans une cité industrielle où l’ensoleillement est équivalent à celui de la bonne vieille ville de Lens/Saint-Etienne plutôt qu’en Californie ? Quelque chose comme Pere Ubu en train de manger du cassoulet en maillot de bains. Kamoulox.

Eh, maman,
Eh, maman,
Les haricots sont pas salés,
Les haricots sont pas salés.

T’au volé mon traîneau,
T’au volé mon traîneau,
Garde hip et taïaut,
Les haricots sont pas salés.

T’as volé mon gilet,
T’as volé mon chapeau,
Garde hip et taïaut,
Les haricots sont pas salés.

Pere Ubu – Waiting for Mary

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