Liam Gallagher / C’MON YOU KNOW
[Warner Music UK]

6.3 Note de l'auteur
6.3

Liam Gallagher - C'MON YOU KNOWLiam Gallagher est en pleine forme. Et cela s’entend. Son troisième album solo est mainstream et brillant. L’ancien chanteur d’Oasis y chante à la perfection qu’il s’agisse d’un registre intime et confessionnel (l’ouverture More Power avec ses grands moments de repentir et son choeur de gamins) ou presque à poil et à la « manière d’antan » sur les remarquables et très Oasis Diamond In The Dark ou Dont Go Halfway. Musicalement, il n’y a comme souvent (on ne dira pas toujours mais on en a bien envie) chez les frères Gallagher que l’influence Beatles qui compte. Les Beatles qui se baladent ou les Beatles qui font du bruit et expérimentent à la Revolver. On gardera Helter Skelter pour la suite. Les Beatles sont l’alpha et l’omega de la famille Gallagher. Ils définissent le présent, le passé et le futur. Et on doit dire que, même à quarante ans et quelques de distance, cela reste une inspiration qui ne sonne pas mal.

Gallagher a déclaré dans les interviews qui ont précédé la sortie de C’MON YOU KNOW (une expression empruntée à une émission de foot anglaise) qu’il n’avait pas voulu faire dans la subtilité et la dentelle avec ce disque. Il a avoué avoir écarté les chansons trop compliquées ou esthétiquement divergentes pour ne garder que les morceaux de bravoure et les titres qui font du bien aux oreilles et avaient des chances de ravir les fans. Dans les faits cela s’entend et déjoue le procès qu’on pourrait faire au disque en manque de subtilité ou de raffinement. C’est simple et prétentieux comme il faut.

On pourrait effectivement reprocher au disque de ne nous donner que ce qu’on est venu chercher : des hymnes à reprendre en chœur, des machins pour taper du pied et taper dans les mains, des chansons sans âge de power rock, rock balades et autres trucs utilitaires. On aurait raison de le faire mais cela ne serait pas sport. Gallagher n’est pas là pour révolutionner le rock anglais. Il a déjà fait ça à sa manière. Et c’était il y a 25 ans. Liam Gallagher est venu pour nous rappeler combien le genre qu’il s’est choisi est jouissif et efficace lorsqu’il est pratiqué par un maître en la matière. C’Mon You Know, la chanson, est un modèle d’efficacité. On croirait entendre du U2 période Rattle and Hum. Ou comment coller au mainstream sans courir après. Les guitares, la voix parfaitement articulée et bravache, les mains qui applaudissent, les accents rock blues. L’harmonica d’arrière-plan. Gallagher estampille son machin 100% artisanat anglais. C’est noisy, jazzy, psychédélique, planant, Madchester à la fois :  cinq minutes en forme de leçon de choses qu’on pourra donner aux profs d’histoire dans quelques mois. Too Good For Giving Up donne envie de pleurer. C’est irrésistible depuis les cordes jusqu’à l’agencement des guitares :

Reclaim your shame and dress it up in love
Tomorrow’s waiting down the line
It’s getting late but there’s still time
You’re too good for giving up

On remballe l’esprit critique et on sort les briquets. C’est beau, c’est digne, c’est majestueux et nourri d’espoir. L’univers va nous aider. On n’est pas seul. Pour sûr qu’on va réussir. Gallagher chante comme un gourou ou un conseiller pleine conscience. On n’y croit qu’à moitié mais le temps qu’on se rende compte que c’est du vent, on a déjà acheté le disque et le tee-shirt qui va avec. Pire que ça, notre cerveau a déjà retenu la moitié des titres et s’apprête à nous les resservir façon pilotage automatique quand on sera sous la douche ou en train de glander dans le train.  Peu importe que It Was Not Meant To Be n’ait aucune espèce d’originalité. La nostalgie ne s’embarrasse pas d’état d’âme. On doit rechercher l’efficacité. Everything’s Electric, qui dit mieux ? Liam Gallagher avale Muse et U2 au petit déjeuner. Il fait mieux et moins bien à la fois, réussissant à ce que son entreprise garde une sorte de « taille humaine » qui nous ravit et joue la carte de l’authenticité et de la simplicité. Gallagher a la fibre engagée et on ne peut pas lui enlever ça. World’s In Need est un joli manifeste social de facture néo-hippie. Ce n’est pas vraiment bon mais c’est tellement déjà entendu qu’on s’y est habitué. I’m Free est une vraie bizarrerie mal fichue mais qui montre que le type peut prendre quelques risques (quand il lui manque une mélodie) et on doit dire que notre coeur grandi dans les années 90 fond toujours pour un machin bien poisseux et envoûtant, faussement spirituel, comme Better Days.

There’ll be better days when the sun gets into you
And the shadows of your heart
There’ll be better days when my love will find you
Even though we’re miles apart
Like an aeroplane, as the world fades out
And there’s a new world yet to come
And all your pain will release at night
Into the arms of the chosen one

Un nouveau monde viendra avec la guitare et l’amour. Bah pourquoi pas ? La brit pop ne nous a jamais menti. Liam Gallagher est la voix. Il est la guitare. Il est la brit pop, la réincarnation de John Lennon. C’est de la musique de deuxième main, ça trainaille et ça colle un peu aux baskets et aux dents du fond mais il ne faut pas écouter si on est pas prêts pour ça.

L’album est un peu long mais à l’image de sa pochette, il tend à la fois à sanctifier le chanteur dans son rôle de rock’n’roll hero et à en faire juste l’un des nôtres. Gallagher est le gars qui s’occupe des chants quand on assiste au match. Il connaît tous les trucs. Il n’a peur de rien et peut gueuler en tribune sans regarder une seule seconde de la rencontre. C’est le gars qui chante torse poil et dos au spectacle. C’MON YOU KNOW est un disque qui ne vaut pas grand chose dans l’absolu mais qui dans le contexte est le meilleur disque du monde plusieurs fois par semaine, voire plusieurs fois par jour.

Le monde dans lequel Liam Gallagher fait figure de sage et de type qui nous donne des conseils à l’oreille a beau être flippant : il en vaut d’autres.

Tracklist
01. More Power
02. Diamond in the dark
03. Don’t Go Halfway
04. C’mon You Know
05. Too Good for Giving Up
06. It Was Not Meant To Be
07. Everything’s Electric
08. World’s In Need
09. Moscow Rules
10. I’m Free
11. Better Days
12. Oh Sweet Children
13. The Joker
14. Wave
Écouter Liam Gallagher - C'MON YOU KNOW

Liens
close
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

More from Benjamin Berton
Cosey Fanni Tutti / Art Sexe Musique
[Audimat Editions]
Il traîne sur le web quelques belles scènes pornographiques qui la mettent...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.