Marie-Flore / Braquage
[6&7]

9.8 Note de l'auteur
9.8

Marie-Flore - BraquageLa décennie aura produit deux grands disques sur le sentiment amoureux désavoué, dénoué et mis à mort : le bien nommé Désamour de Matthieu Malon et Braquage de Marie-Flore.

Marie-Flore aurait pu devenir (rester) l’une des fées de la folk française. Biberonnée au Velvet Underground et à Leonard Cohen, la trentenaire au prénom emprunté à une chanson de Joan Baez fit ses classes aux côtés de Pete Doherty et sortit un premier album en langue anglaise (l’élégant By The Dozen) sur lequel figure Gregg Foreman, guitariste qui accompagna un temps Cat Power. Ses figures tutélaires sont anglo-saxonnes et il était donc naturel qu’elle aille à leur rencontre.

Jusqu’au moment où elle croisa la route d’OMOH, duo électro d’origine nîmoise formé de Clément Agapitos et de Baptiste Homo, artisans discrets sur les disques de Julien Doré. On découvrit cette collaboration sur Luxembourg Park, une chanson inaugurant OMOH is leading nowhere, EP auto-produit par en 2015. Une ballade automnale et pop dont le texte (toujours en anglais) contient déjà les germes du sujet irradiant Braquage : l’amour, ses affres et ses frasques.

Il faudra attendre le superbe Passade Digitale pour se rendre compte que la petite sœur sylphide de Chan Marshall, regard clair et tempérament bien trempé, entame un sillon grainé d’électro et de pop urbaine, et révèle un sacré talent de parolière.

Braquage suivra deux ans plus tard. Une éternité semée de quelques singles qui viennent valider le know-how d’une artiste qu’on n’oubliera pas de sitôt. Marie-Flore essaime les titres sans montrer de signes de faiblesse. Quand on découvre que les chansons lâchées (Braquage, QCC, Tout ou rien) ouvrent l’album, une petite appréhension nous grignote : et si la seconde partie du disque était moins bonne ?

L’œuvre ne montrera aucune lacune. Dans ce je t’aime moi non plus des années 2010, Marie-Flore excelle à pointer les infractions du garçon qui la malmena, sans se faire de cadeau à elle-même. Les tourments de l’amour essuie-glace elle les connait. Elle les décrit sans failles, sans affadir ses rimes et son rythme, sans nous dire qu’elle se sent plus vulnérable encore à les prononcer dans sa langue maternelle. Le propos est nu, cru, jamais gratuit. Elle ne dégoise pas. Chanteuse gracile, agile (le flow de Pas envie est infranchissable) avec ce petit truc dans la voix, ce timbre jaspé, ses phrases qu’elle ponctue de ouais, Marie-Flore rafraichit la pop hexagonale.

Lui, le garçon, se prend une jolie danse en douze titres écrits comme si Damso avait pointé un temps chez Chamfort. Nous on admire ce jubilé à la classe folle, cet hommage passionnant à l’amour belliqueux, ce glas d’une histoire foutraque qui laissa sa narratrice sur le carreau, blessée mais pas vaincue. La jeune femme tire de cette expérience un disque solide et jouissif, mis en son avec le concours de ses amis d’OMOH bien sûr et de celui de Robin Leduc.

Marie-Flore sera en concert le 28 avril 2020 à La Cigale (Paris).

Tracklist
01. QCC
02. Tout ou rien
03. Braquage
04. Pas envie
05. Casse toi
06. M’en veux pas
07. Presqu’île
08. Derrick
09. Cambre
10. Partie remise
11. Sur la pente
12. Bleu velours
Écouter Marie-Flore - Braquage

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