Ratboys / The Window
[Topshelf]

7.8 Note de l'auteur
7.8

Ratboys - The WindowRien de mieux qu’un groupe sur lequel on aurait pas misé une cacahuète et qui sort, sur le tard et après dix ans d’existence, un album racé, emballant et vif comme le son. C’est le cas de ce The Window de The Ratboys, groupe de Chicago formé à la fac et qui s’organise autour d’un duo composé de Julia Steiner et David Sagan. On pensait jusqu’ici avec ce groupe, duo puis quatuor depuis trois ou quatre ans, avoir affaire à un de ces dizaines de groupes de tâcherons indie chargés d’alimenter les playlists des radio colleges en titres indé rock, vaguement country, mainstream et sentimentaux. Sans doute est-ce qu’on avait pas bien écouté avant mais The Window, tout en gardant ce côté mainstream et très attirant, est un disque sacrément réussi, équilibré, solide, bien écrit et qui n’ennuie jamais.

On ne tient clairement pas avec les Ratboys l’avenir du rock US mais une franchise capable de s’exprimer dans la plupart des registres du genre. Making Noise For The Ones You Love, à l’entame, bourine juste ce qu’il faut, pour lorgner du côté d’une Soccer Mommy (dont ils ont assuré la première partie), mutine et rageuse. La voix de Steiner est impeccable, entre la punkette en rogne et l’étudiante capricieuse. Les guitares rugissent puis caressent l’échine dans le sens du poil. Ca paresse clairement avec un Morning Zoo qui fait penser à du Lisa Loeb country (et on aime beaucoup la star des femmes à lunettes) avant de jouer aux Breeders sur Crossed That Line (avec de l’électricité qui semble produite au début des années 80 dans les amplis) puis à Tanya Donelly sur un It’s Alive qui a une allure et une efficacité folles. La chanson elle-même est assez astucieuse puisqu’on s’émeut d’un truc qui apparaît par la fenêtre et dont on ne sait pas trop ce que c’est : un danger, un animal, le vent, l’amour ?

Slow, feeling the wind blow
Again, through the walls
I fix something I can’t see
Oh, it could be anything
So close to a close call
Again, freakin’ out
I pray to the sky above
Give in or give it up
It’s alive
Oh, it’s, oh, it’s alive
It’s alive
Oh, it’s, oh, it’s alive
It’s alive
Oh, it’s, oh, it’s alive

C’est plutôt très bien fait et cela continue sur les onze morceaux d’un disque plutôt ramassé (47 minutes) et qui ne faiblit pas sur sa seconde moitié. My Way est peut-être sans surprise mais plutôt sexy. Une nana est tombée au fond du puits et appelle à l’aide. La situation est bien caractérisée et le sujet parfaitement traité. Que demander de plus ? L’enchaînement couplet/refrain est servi par des ponts à la guitare assez bien fichus et qui, même s’ils occupent peut-être trop de place, sont plutôt convaincants. The Window, la chanson, est une belle balade un peu cruche où la chanteuse regarde son lover se barrer par la fenêtre. Par delà le côté gnangnan de la situation (elle ne sait pas qu’il va disparaître pour toujours), la voix de Steiner l’emporte sur la banalité et nous permet de croire à la situation. On avoue un vrai petit faible pour le génial et grésillant Empty, peut-être la pièce la plus intéressante du lot, qui crachote comme un vrai standard punk rock, sur deux notes de clavier et un bazar noisy. C’est beau, c’est féministe et ça fond en bouche.

Le final est un peu moins transcendant avec un Black Earth, Wi poisseux et un I Want You vraiment mainstream et comme en pilotage automatique. Mais cela ne suffit pas pour ternir l’excellente impression laissée par un disque plutôt inattendu et qui ravit par son sérieux, sa légèreté et son intensité. S’il faut un jour rappeler aux générations futures ce qu’était le rock indé US ces vingt dernières années, il est possible que The Window en soit un bon témoignage, agréable, vibrant et passionné. On peut aimer des choses plus violentes, spectaculaires ou trash mais on peut aussi se laisser emporter par la beauté qui découle de l’application et du pur savoir-faire. Bad Reaction est d’un charme et d’une simplicité foudroyantes :

Said, what’s the one thing you love?
What’s the one thing you love?
What’s the one thing you love now?Drove to the gravеyard where you werе not
Found a nice little hill with an empty plot
I threw the wheels in reverse so fast
Lost in the headache, didn’t look back

Une chanson qu’on adorerait tenter en karaoké avec son amoureuse ou son copain yankee.

Tracklist
01. Making Noise For The Ones You Love
02. Morning Zoo
03. Crossed That Line
04. It’s Alive
05. No Way
06. The Window
07. Empty
08. Break
09. Black Earth, WI
10. I Want You (Fall 2010)
11. Bad Reaction
Liens
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Mots clés de l'article
, , ,
More from Benjamin Berton
Sauve qui peut : Goune et Led Zeppelin s’épilent à sec
Goune, l’enfant sauvage venu du Gers et fils caché (et abandonné à...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *