Interpol / Fine Mess
[Matador]

7.1 Note de l'auteur
7.1

Interpol - A Fine MessInterpol n’est jamais qu’un groupe à demi essoufflé. Essoré si jeune, flanqué d’un guitariste remarquable et d’un chanteur qui traîne comme une malédiction sa réputation de meilleure voix de sa génération, l’histoire du groupe est une succession de coups d’éclat et de franches déceptions. Ceux qui s’attachent encore au groupe ont appris à se contenter de peu : l’application d’une formule dérangée par des tentatives plus ou moins artificielles de faire évoluer le son du groupe, de le rafraîchir, de le vivifier alors qu’il est confit dans sa graisse et ne bouge presque plus. Interpol est un groupe qui n’a rien perdu si ce n’est l’inspiration, l’étincelle qui change le talent en chansons.

On pensait que l’arrivée de Dave Fridmann au chevet du groupe aurait pu amener un peu d’énergie chez les New-Yorkais, mais l’effet a été tout le contraire. Marauder n’est pas loin d’être un album à la production scandaleuse, sans unité et où toutes les bonnes idées semblent éteintes au lieu d’être accompagnées. A un degré moindre, c’est ce que vient confirmer ce Fine Mess, EP en 5 titres, issu des mêmes sessions de travail. Dans d’autres conditions, Fine Mess, le morceau, aurait été un titre imparable. Tout y est. Le riff, la rythmique, l’engagement de Banks, la puissance et le caractère, le romantisme et la qualité des textes. Et qu’en fait Fridmann ? Il met le tout sous cloche, met tous les éléments du mix sur le même plan et donne l’idée que les mecs sont en train de jouer dans un aquarium. C’est un beau gâchis car, malgré tout ça, la chanson reste épatante et assez emballante pour qu’on ait le sentiment de retrouver le groupe qu’on a aimé.

« I’d like to tour the 80’s, chante Banks, But I Got sideswiped and came right to 78’. » C’est exactement là où le EP aurait dû se situer, au moment où tout s’était achevé et commençait à la fois. Les sources du post-punk, le New York de la grande transformation, l’instant où les extrêmes allaient se changer en une musique populaire et formidable. No Big Deal est un autre bon morceau, tellement classique pour le trio qu’on ne l’entend plus de la même oreille. Fogarino et Kessler moulinent, Banks monte et descend à leurs côtés. Le groupe qui apparaît ici n’a rien à envier ou presque à celui qui avait accouché de Antics ou Our Love To Admire. On retrouve les mêmes tics mais aussi les mêmes qualités, la gravité, la grâce parfois et cette figure dominante du chanteur, désormais bassiste, qui éclabousse de sa poésie cryptée et de sa voix extraordinaire des compositions solides. « Is this real life for a change ? All these secondary lives are falling into scattered dreams, scattered people/ real life on repeat. » On dirait du Brett Easton Ellis, l’usure, l’ennui, le glam passé au filtre des nuits blanches. La production n’arrive pas à éteindre le charme de The Weekend, un petit bijou de trois minutes, qu’on aurait entendre mieux mis en valeur. Les compositions de Fine Mess comptent parmi les plus inspirées et les plus intéressantes du groupe depuis dix ans. Thrones est un poil paresseux mais Banks est à son meilleur ici. Encore faudrait-il réussir à l’entendre correctement. Il se double sur une piste fantôme qui agit comme un brouilleur. L’idée était-elle de sonner « un peu crade » ? C’est un échec complet de ce côté et on se demande comment il est possible à des professionnels aguerris de ne pas s’en rendre compte. Est-ce que le groupe veut vraiment sonner ainsi ?

Il ne faudrait pas donner l’impression que Fine Mess est un désastre. C’est à peu près tout le contraire. Ceux qui aiment le groupe et lui ont été fidèles jusqu’ici y trouveront largement leur compte. Les chansons sont bonnes, le chant souverain. Interpol n’est pas loin d’avoir remis la main sur quelque chose. On sent que cela arrive et qu’il ne manque plus grand chose…

Tracklist
01. Fine Mess
02. No Big Deal
03. Real Life
04. The Weekend
05. Thrones
Ecouter Interpol - A Fine Mess

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