Talent « Filles » 2019 : Nilüfer Yanya, nouvelle Sade & Nouvelle Angleterre

Nilüfer Yanya - Miss UniverseMaintenant qu’on a assez pleuré les morts des semaines et années précédentes, il est temps de s’occuper sérieusement du futur. C’est à peu près ce que propose la jeune (23 ans) Nilüfer Yanya avec son premier album à venir le 22 mars, Miss Universe. Nilüfer Yanya pourrait bien incarner la relève des musiques anglaises, comme un Mike Skinner de The Streets ou un Dizzee à l’ère garage, tant elle présente de qualités, de beauté (bah oui, ça compte) et d’intelligence.

La jeune femme a grandi dans l’Ouest de Londres, avec quelques attaches en Cornouailles. Elle est d’origine turque et… irlandaise, et met en avant une trinité sacrée composée de Nina Simone, Amy Winehouse et les Pixies. D’une certaine façon, on peut entendre ces références dans sa musique qui s’est exprimée, avant ce premier album magnifique, à travers quelques Eps bien troussés. Nouvelle Angleterre, New Britain, c’était le nom marketing qu’utilisait Tony Blair pour vendre son projet politique. C’est aussi un slogan qui irait comme un gant à la jeune femme tant elle synthétise à elle seule le multiculturalisme musical anglais. Chez Nilüfer Yanya, il y a des traces de rock, des traces de soul bien sûr, des traces d’hédonisme à l’anglaise et de clubs londoniens ou de banlieue. Il y a des traces de virées entre filles et des traces de violence périurbaine. Il y a des traces aussi de saines lectures et d’une réflexion politique. Son premier disque est le récit passionnant de la vie d’une jeune femme évoluant dans un futur (proche) alternatif où la société est contrôlée par une multinationale baptisée WWayHealth, sorte de big brother qui régit la vie des filles autour de conseils beauté, d’oppression diététique et autres recommandations morales. Les chansons très variées, enlevées, rock ou slows romantiques et caliente intenables, sont entrecoupées de « segues » en mode hip-hop enregistrés comme des messages sur un téléphone portable. Nilüfer Yanya adore aussi la série Black Mirror, les romans d’anticipation et porter un regard critique sur le monde. Ce qu’on appelle, en d’autres termes, la fille/candidate parfaite pour une carrière XXL. Personne ne s’y est trompé puisque la jeune femme, qui avait travaillé jusqu’ici un peu dans son coin, a fait l’objet de mal de sollicitations entre maisons de disques avant de signer directement chez les Américains de ATO Records, lesquels lui ont affecté en renfort à la production rien moins que le producteur de Lana Del Rey (du-cul) et Blondie, John Congleton. A ce stade, le son de l’album n’en a pas trop pâti mais on imagine qu’il y a de gros enjeux pour faire de la jeune femme une artiste mondialisée…

Ce qui époustoufle ici c’est évidemment par delà l’efficacité incroyable de certains morceaux comme le single In Your Head ou son double HeavyWeight Champion of The Year, la capacité de la jeune femme à évoluer entre les genres, entre le jazz, la soul, la pop et un socle solide d’indie rock. On reparlera d’Angels et de Monsters Under The Bed, lorsqu’on reviendra sur l’album mais la tentation d’en faire toute une histoire est tellement forte… On n’avait rien entendu de plus cool et sexy depuis les premiers Kelis. Espérons que Nilüfer Yanya s’en sorte mieux que cette dernière dont la singularité a été rapidement bouffée par le système. Nouvelle Sade ? C’est l’autre étalon de comparaison qui vient immédiatement à l’esprit quand on entend le grain de voix de l’Anglaise.

Pendant ce temps en France, d’aucuns veulent nous faire croire, tout à fait sérieusement, qu’Aya Nakamura représente l’avenir… Mais de quoi au juste ?

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