Modern English / 1 2 3 4
[Mesh & Lace Recordings]

7.7 Note de l'auteur
7.7

Modern English 1 2 3 4Il aura fallu près de huit ans aux Modern English pour donner un successeur à Take Me to the Trees, l’album de leur retour aux affaires. Entre les deux, le groupe a beaucoup tourné, renoué avec une fanbase aux tempes grisonnantes, au crâne dégarni mais qui se rappelait très bien de leur âge d’or entre 1981 et 1984, de leur super hit I Melt With You et de leur manière de manier avec intelligence l’esprit punk de la fin des années 70 et une aspiration plus mainstream à l’écriture de chansons marquantes. Paradoxalement, pour un groupe aussi ancien (la première mouture du groupe date de 1979), les Modern English n’ont jamais été écrasé par une identité ultra marquée et dont ils n’auraient jamais pu s’échapper. Leur nom évoque une pop énergique, post punk de qualité, identifiée par la voix du chanteur Robbie Grey et une rythmique solide, mais aussi avant tout par une classe britannique qui leur a toujours valu pas mal de sympathie.

1234, leur nouvel album, a ainsi les défauts de ses qualités : c’est un disque satisfaisant, classique et plus enthousiasmant que beaucoup d’autres, un disque rock et mélodique, un disque agréable à écouter, plutôt varié sur les thématiques qu’il aborde, mais qui, à ce stade de l’histoire du groupe et de l’histoire du rock, n’a rien de vraiment marquant ou déterminant. Qu’on ne se méprenne pas, les Modern English signent ici un disque impeccable sans redondance, ni temps mort. Les dix titres se tiennent et composent un ensemble conforme aux standards du groupe dans leur façon d’associer une base post-punk et des influences qu’on qualifiera faute de mieux de new wave, marquées par un synthé très années 80. L’identité du disque est finalement donnée plus par les textes que par la musique. 1 2 3 4 est un disque politique et engagé qui milite en faveur de la démocratie, de l’expression du peuple pour le peuple et semble s’être donné pour objectif de réveiller les masses. C’est évidemment le cas avec des chansons transparentes et au contenu politique explicite comme Long In The Tooth et Not My Leader, mais également sur Out To Lunch ou encore Genius ou Plastic, lequel titre est toutefois un peu plus abstrait dans l’intention. Le reste de l’album est plus sentimental et personnel avec en guise de transition et de clé de voûte le joli Exploding qui met en avant les enjeux globaux :

My head’s exploding with thoughts about life
So many ideas
There’s a sign that says, « You’re in danger of death »
The danger of death
The danger of death
The danger of death
The danger
There’s a sign that says, « You’re in danger of death »
Is that your fear?
The danger of death
Is that your fear?
The danger
What am I doing here?
Is it possible to be just in this moment?
A little bit of love really does go a long way
Everybody dies and everybody lies

Composé en partie durant la crise du Covid, 1 2 3 4 pose la question des rapports entre la vie quotidienne (l’amour, la sécurité, la liberté) et l’état du monde et les dangers qu’il porte. C’est à la fois assez bateau ces dernières années mais une question voire une tension qui convient parfaitement à la musique d’un groupe qui est essentiellement tiraillée entre un pôle dark, inquiet, punk et cold wave (le groupe ressemblait à ses débuts comme deux gouttes d’eau à Joy Division) et une forme de légèreté plus tardive qui aime exprimer une forme de bienveillance pour l’autre, pour soi-même et la nature. On enchaîne ainsi l’angoissant Plastic, profond et dépressif, et le lumineux I Know Your Soul, petite pépite romantique old school qui fait écho (juste entre les deux) au tout aussi réjouissant Crazy Lovers.

C’est là que réside toute la magie d’un groupe d’équilibristes et qu’on tient depuis longtemps pour un groupe de « petits maîtres » pour son savoir-faire, sa délicatesse et la qualité de ses productions : frissonner, alerter, mettre en garde, tout en ne nous privant jamais de la possibilité de rêver, d’espérer et de dîner en tête à tête avec celle ou celui qu’on aime. Genius est magnifiquement ironique, plein d’esprit et de détachement. Mais la merveille du disque est peut-être bien le dernier morceau, Voices, qui agit comme un clin d’œil à la succession des playboys internationaux et à la galerie des garçons tristes et seuls de la pop britannique, Marc Bolan et Bowie en tête. Là où les prédécesseurs des Modern English avaient changé la pop en glam, le groupe choisit de laisser le gamin qui rêvait d’une vie pop au creux de sa chambre, intact et avec la seule compagnie de ses disques consolateurs. Cette figure qui referme le disque est à la fois splendide et en même temps une forme de démission poétique face au monde, comme si le salut se retrouvait encore et toujours dans cet univers clos et adolescent, protégé et désolant qui est celui de la solitude et du rêve.

1 2 3 4 est, quoi qu’il en soit, un excellent disque et une belle réussite. On y trouvera évidemment rien qui bouleverse l’ordre des choses mais tout de même la solide affirmation d’un groupe mature, intelligent, assez inspiré pour ne jamais radoter. Modern English va de l’avant et éclaire le monde de la pop comme un vieux phare dont on viendrait de changer la lanterne.

Tracklist
01. Long In The Tooth
02. Not My Leader
03. Not Fake
04. Exploding
05. Plastic
06. Crazy Lovers
07. I Know Your Soul
08. Genius
09. Out To Lunch
10. Voices
Liens

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