Téléraptor / Mon Piercing au Téton est une Planète
[Only Human Records]

7.9 Note de l'auteur
7.9

Téléraptor - Mon piercing au Téton est une PlanèteOn ne pouvait pas passer à côté d’un album avec un titre pareil. Mon Piercing au Téton est une Planète… franchement, fallait oser. L’année fut donc un heureux moment de création sous l’égide du mamelon pour certains. Si on avait établi un top album basé sur les titres les plus WTF, aucun doute, il aurait été le premier. L’EP Bestiality nous avait en son temps rendu zouave. Téléraptor est donc de retour, et pas que pour enfiler des perles.

Lâcher de texticules

Dès l’introduction, on retombe sur nos pattes et la signature qui avait fait celle du groupe : des nappes gazeuses de l’espace, un sens de la transe incantatoire et une écriture débridée du slibar. On avait été un peu critique sur cette dernière, qu’on jugeait souvent hilarante et dévergondée, mais trop souvent aléatoire, comme si ces giclées d’écriture restaient figées ensuite, sur lesquels on ne revient pas pour polir le tout, ou, dans le milieu du rap, ces jeunes rappeurs doués pour la gouaille mais fautant, lorsqu’il s’agit de passer à l’épreuve de foudre de l’écriture, en compilant les meilleures punchlines cumulées dans un calepin pour en faire un titre, donnant alors un aspect perfectible (cela vaut uniquement pour l’écriture) et non définitif. Hourra, ô espoir : on nous liiiiiiiiiiiiiit!

Arrêtons-nous sur cette tirade ascensionnelle, pleine de sagesse d’un Texto Dallas en éruption pour La Mutante V-SCP-219, décrivant un flirt xénomorphique tout droit sorti d’un hentaï :

« Les sentiments rebondissent / Sur mes pectoraux gonflés / Mon piège est tendu la nuit, / Je suis chasseur embusqué / J’ai vu glissé son regard / De mes yeux à l’ entrejambe / Je n’aurais pas à me battre, / Pour lui faire goûter mon membre / Elle a le regard de feu / Je ne connais pas son jeu / L’alcool encré dans les veines / Je glisse ma main dans ses cheveux / Je la ramène à l’hôtel / Elle lit mes bouteilles de vin. / Elle met quelque chose dans mon verre / Je ne me doute de rien / On commence à s’embrasser, / Sa salive a un goût salé / Ma main le long de sa cuisse / Sa culotte déjà mouillée / Ma tête part à la renverse / Mes yeux commencent à briller / Sa langue me glisse dans le cou / Et ce n’est pas familier! / Alien qui sort de ma peau / Rejoint mon corps excité / La créature me sourit / De grandes dents bien aiguisées / Les tissus craquent et / Sa chair se voit métamorphosée / Sa langue devient tentacule / Pour boire mon extrémité! ».

Puis arrive le fameux refrain en (r)ut majeur, implacable : « J’AI BAISÉ AVEC (x3) / J’AI BAISÉ AVEC UN AAALIEEEEN! » Il y a encore un peu de marge possible, mais le limage de plume depuis Bestiality est remarquable. Que ce soit ici ou dans Destinée (« Plus jamais j’aurais le malheur / De laisser une bouche m’arracher mon honneur« ), on retrouve la turlutaine des joies buccales filée à toute les sauces ou le tropisme pour les langues exotiques. Mais c’est surtout cette attitude de décomplexion totale à faire déboucher tous les culs-bénits du cosmos que l’on retrouve, jouissive. On devine facilement les visages hilares du duo, contrits à l’œuvre dans la composition et se retenant de rire face à la connerie arrivant au galop et ne demandant qu’à se faire expectorer, fiers d’une ânerie mise en forme car pionnière dans l’insanité.

Il y a chez Téléraptor une volonté d’abrutissement par la fête, un appel à l’anesthésie générale par le prisme du défouloir humainement mongoloïde. On insiste et persiste, mais on pense, encore et toujours, à Jean-Louis Costes sur cet album. Non pas tant dans l’écriture, plus raffinée et salace chez l’artiste mayennais, mais dans l’inhibition et l’incurie nihilistes qui nous ont tant fait craquer de rire nerveusement chez lui. Autre point de rapprochement, moins manifeste, relevant d’un certain tabou auditif chez les auditeurs accros aux lyrics et autres critiques musicaux : tout comme Costes, et cela malgré l’aspect craspec de son DIY, l’organe de Texto Dallas rend ses paroles étonnamment intelligibles et agrippables à l’oreille, fait suffisamment rare pour être souligné.

Dinosaure dans un magasin de porcelaine

Ici ou ailleurs, les basses de Toïyo tabassent en rythme comme des patates de forain. Dans notre cortex, c’est faciales de lulibérine à gogo. L’effet grisant de la texture pétillante donnera envie à un festivalier picard venu de laisser courir son haricot sur tous les boulards s’offrant à lui, avant de se faire happer par le premier trou noir accueillant. En contrepoint de cela, l’intime Samus et sa romance platonique avec le personnage de la saga Metroid nous étonne, tant c’est un nouveau visage de Téléraptor qui se présente à nous, plus apaisé et poétique : disons geek-lover. L’écriture est ici excellente, et le final, vrombissant et rituélique. Entre l’ébat précédent avec une E.T. qui nous perfore cul et chemise et, cette fois, cette lettre d’amour adressée à la célèbre chasseuse de prime à canon-ceinture, il est intéressant de sonder l’album comme un objet sociologioque, à la fois touchant, inquiétant et pathétique si on le considère au premier degré uniquement : « Et quand y a plus de pile dans la GBA / Dans ma couette je m’enroule / Faire la boule avec toi / Passer les niveaux de la vie en mode difficile / Sur tes cuisses, dans le vaisseau / Pour un lointain exil« . De constater à quel point l’univers du jeu vidéo et du manga, dans notre époque hostile, constitue un refuge et havre de rêve possible pour trentenaires hautement désabusés. Un peu plus tard, l’interlude nous révoquera nos souvenirs de gamins où l’on branlait notre joystick, tant on entend, dans une toute autre cuirasse musicale, les remembrances de thèmes musicaux de Konji Kondo (pour Zelda) ou de Nobuo Uematsu (on pense particulièrement au mythique Prelude des Final Fantasy) s’étant infiltrés dans la mémoire de ces anciens gamers devenus jeunes compositeurs, pour mieux les modeler, tout comme la scène EDM de cette même génération se plaît à faire, Good Times Ahead en tête. Malheureusement, c’est déjà le début de la fin. L’interlude arrive pile là où l’on aurait souhaité voir continuer courir l’album. Il scinde en deux celui-ci tout en lui sciant les roupettes, ouvrant une partie disons plus grossière à l’auditeur.

On disait dans notre précédent article que Téléraptor, par son audace, se situait dans un entre-deux (disons même : une entre-jambe), un combo acceptant à la fois la radicalité de sa musique hardstyle de festival (traditionnellement rarement accompagnée d’un chanteur ou d’une voix récurrente) et l’aspect pop implémenté par son rappeur, certes poussé à son hyperbolisme, mais conférant les multiples cachets « chanson en français/rap/punk/humour » dont est dénuée la première. Mais alors que l’on louait précédemment une amélioration de l’écriture, Happiness se voit accompagné d’une écriture circoncise et d’une radicalité énergivore et mal jaugée, volontairement abrutissante, tendant à diminuer l’utilité du MC, Texto Dallas. Gros doigt dans l’émonctoire! On en dira de même pour la brochette de singles qui suivent, le trop vain Nailpanther ou le mince Turbo Kermess, à la fois trop proche dans leur structure de Happiness et recyclant toutes deux le Liquid Acid du précédent exercice. On interprétera cela comme une volonté de dégressage, et c’est dommage, car l’écriture et l’humour font partie intégrante du charme du groupe. On appréciera la grosse hardstyle belge qui tâche à la Davoodi ou d’un Showtek des premières heures, entremêlée à de la drum’n’bass et de la PC music, cette hybridation des genres faisant tout le poivre de Téléraptor. Mais ce n’est pas l’apanage de ces titres, et si l’on met cela de côté, c’est un peu mince.

Alors que la tripotée de singles recycle des idées (ingénieuses à l’époque, certes, mais…) déjà entendues par le passé, les autres morceaux taquinent de brillants concepts et idées que le groupe ne se permet d’exploiter jusqu’au bout, la faute à de prometteurs titres aux durées dépassant rarement les 3 minutes. On aurait aussi aimé un morceau de la puissance de Backflip. Reste la conclusive Destinée et ses incroyables sonorités, où l’utilisation ludique du vocoder, à l’usage encore trop timide, certes, mais qui ne peut que promettre de plus grandes choses encore prochainement. Sur l’échelle du YOLO-zgueg, Téléraptor nous offre bien plus qu’une demi-molle, et reçoit rien que pour cela nos encouragements, bien qu’ils s’avancent à tâtons (téton?), nous en sommes sûrs, vers les félicitations du jury.

Tracklist
01. Jessie James
02. La Mutante V-SCP-219
03. Samus
04. Mon Piercing au Téton est une Planète
05. Hors-Piste Interlude
06. Happiness (ft. Lelegenix)
07. Turbo Kermess
08. Nailpanther
09. Destinée
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