The Crystal Lake en version piano : ça ne marche pas tant que ça…

Grandaddy - The Sophtware SlumpOn s’interrogeait il y a peu sur le Karma Police de Radiohead, en disant qu’il n’y avait guère qu’une seule chanson dont l’importance à cette période pouvait être considérée comme au moins égale à celle du titre de Radiohead. Cette chanson, c’était justement The Crystal Lake que Jason Lytle et Grandaddy viennent de présenter à nouveau dans la version anniversaire au piano seul qui va agrémenter la réédition Deluxe qui célèbre le 20ème anniversaire de The Sophtware Slump. Plus belle chanson des années 2000 ? Voilà ce qu’on était pas loin de penser.

Pour dire la vérité, on est plutôt content de découvrir et d’entendre cette version là qui s’avère néanmoins mille fois moins juste et pertinente que la version originale de 2000. Les versions acoustiques ont leurs vertus. Elles permettent de rendre intelligentes des chansons idiotes, de donner une profondeur à des trucs qui n’en ont aucune et de faire jaillir l’émotion qui parfois sommeillait sous trois couches de gras. Mais là, cela ne fonctionne évidemment pas comme il faudrait. La dynamique de la version d’origine repose en grande partie sur la conjonction d’une énergie organique et écologique (la voix, l’imagerie du lac de cristal) et d’un moteur synthétique (le clavier, l’allégorie technologique, ce XXIème siècle fantasmé qui soutient le disque). C’est la confrontation des deux qui produit la mélancolie du morceau et l’ambiguïté des deux espaces mentaux qu’il définit : celui de la nature originelle, et de la ville en devenir. En amputant la pièce de sa moitié composite, Grandaddy renvoie le Crystal Lake à un exercice paysager ou naturaliste qui est de toute beauté mais perd infiniment en richesse.

Du même bonus disque, on peut d’ailleurs écouter le bien plus réussi Jed’s Other Poem (Beautiful Ground) qui, lui, ne perd pas à être joué ainsi pour la simple et bonne raison qu’il évoque la mise à nu du robot et donc la défaillance du moteur technologique.

Bien compliqué tout ceci, direz vous ? On n’est pas l’une des plus belles chansons du siècle pour rien. Il suffit d’une légère variation pour que l’effet produit ne soit plus au rendez-vous. Il suffit d’écouter la version originale pour que ce qu’on raconte vous saute aux yeux. C’est pour cette raison que ces relectures sont souvent de fausses bonnes idées. Les groupes ne s’en rendent même pas compte.

Should never have left the crystal lake,
For areas where trees are fake,
And dogs are dead with broken
Hearts, collapsing by the coffee carts.
The crystal lake it only laughs,
It knows you’re just a modern man,
It’s shining like a chandelier,
Shining somewhere far away from here.
I’ve gotta get out of here…
And find my way again.
I’ve lost my way again.

The Crystal Lake, c’est Thoreau qui délaisse Walden pour vivre sur une autre planète, c’est la mélancolie vibrante des grands espaces qu’on a aimés et qu’on perd avec regret, c’est la force du souvenir qui fait passer tous les sacrifices et nourrit l’imaginaire jusqu’à la fin des temps.

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