The Libertines / All Quiet on the Eastern Esplanade
[Universal Music]

7.2 Note de l'auteur
7.2

The Libertines - All Quiet on the Eastern EsplanadeOn perd tous en vivacité avec le temps. C’est le cas des Libertines depuis leur reformation et sans doute depuis leur deux ou troisième anniversaire. Mais le groupe de Doherty et Barat court encore. Preuve en est que leur nouvel album s’ouvre avec un morceau qui s’appelle Run Run Run et dégage un beau dynamisme à défaut de respirer l’urgence et de risquer l’excès de vitesse. Les Libertines 2024 affichent avec ce All Quiet On the Eastern Esplanade une bonne forme relative pour un groupe qui est revenu de tout : les compositions sont sérieuses, appliquées et plutôt soignées, voire réussies, même si la musique du groupe est épatée, ou sérieusement épaissie depuis ses débuts.

Les voix elles-même sont moins vives : Barat sonne un peu mou sur un Mustangs qui parle pourtant d’une rêveuse qui fait du cheval la nuit; les deux hommes auraient changé I Have A Friend en or il y a quelques années encore. Au lieu de ça, ils en font juste le meilleur morceau de leur nouveau disque, ce qui n’est déjà pas mal. Mais le texte, bien qu’assez cool, est plus empreint de sagesse qu’il n’est porteur de rébellion.

No, you don’t know you’re born, free speech and free porn
And the next thing you know you’re being led out at dawn
Of our children of men, t-t-t-time again
The d-devil will come without warning
Hey, it’s out the window while you watching the news
A ha ha, Hymer comes into view
And now your shadow’s a skull, and the skull is a whole
The hole is empty of course like all human discourse

It’s hard to theorize when you are being brutalized
And the tears, like the bombs, they fall without warning
Follow the tracks in the mud down to where the sea is black with blood
And tears, like the bombs, they fall without warning

On retrouve sur cette esplanade nombre des caractéristiques qui ont fait le succès du groupe : les guitares sont habiles et la section rythmique assez précise. Les chansons de boy-scouts de Doherty sont souvent bonnes, un peu tristes et romantiques. On continue d’adorer quand il chante Albion et les légendes disparues de l’Angleterre Mythologique. Pas celle de Guillaume le Conquérant ou de la reine Victoria, non, l’Angleterre des poètes, celle de Wilde, de Byron, de John Lennon et Morrissey, du thé de quatre heures et des biscuits chapeau melon. Difficile de ne pas sentir une pointe d’émotion sur le joli Merry Old England. Est-ce que Doherty est passé à côté des sommets qu’il aurait pu atteindre s’il s’était comporté « correctement » ? Est-ce qu’au contraire il n’a pas trouvé sa meilleure place : celle d’un poète mineur et chanteur de second rang qui se lamente sur les temps glorieux ?

On peut trouver du charme à ces chansons modestes et désuètes. Man With The Melody n’échappe pas au côté surjoué et un peu toc qu’on avait reproché aux travaux solo de Peter avec Frederic Lo, et on retrouve à d’assez nombreuses reprises sur le disque ces balades de « l’entre deux » qui finissent par être plus ennuyeuses qu’émouvantes (le barbant Night of The Hunter). Carl Barat fait des merveilles avec Oh Shit, et excelle dans les narrations étranges et pleines de personnages à la Lou Reed. Ca sautille et c’est distrayant, à défaut d’être autre chose que de la…  pop anglaise dans la plus pure tradition du genre. C’est du reste dans cette galerie de personnages imaginaires qu’on apprécie de retrouver la qualité d’écriture et d’invention des deux chanteurs. Doherty réussit un vrai beau portrait avec son Baron’s Claw, arrangé de cuivres et qui fonctionne parfaitement. Shiver est plus paresseux mais le groupe retrouve son fluide générationnel et son allant pour un Be Young, foutraque, brouillon et brillant comme dans les belles années. Les solos de guitares s’allongent mais on aime à retrouver cette petite concurrence interne entre les membres du groupe qui les fait chanter et jouer côte à côte. Cette chanson est tiraillée entre le pôle rock incarné traditionnellement par Barat et le pôle folk… ska… veillée au coin du feu que représente Doherty. Le titre est au final décousu et pas aussi bon qu’il voulait l’être mais se situe assez près de cet ADN imparfait du groupe qui leur servait jadis des moments de grâce insoupçonnés.

L’effet de ce titre est si réjouissant qu’on écoute le final, Songs They Never Play On The Radio, avec une bienveillance pleine d’émotion. C’est presque aussi beau que dans notre souvenir : les Libs, Katie et les fugues de jeunesse. La chanson se termine par l’enregistrement des musiciens en train de travailler le titre en studio et nous confirme que c’est dans cet amateurisme permanent, cette convivialité éternellement adolescente, cette forme de naïveté joueuse qu’on aura toujours préféré les Libertines. L’espace de quelques minutes, les Anglais redeviennent ce grand groupe qu’ils n’auront jamais réussi à être que le temps d’une soirée et d’une envolée aux yeux de leurs fans.

What was that song they played?
What about the pact we made?
What was that song they played?
The day I went away

They are crashing down the boulevard of broken dreams
Men of my class, we live too fast, and we can’t be arsed
And we batten down the hatches
Hear, everywhere I go
Old football against the wall
The tires fall off the Civic hall

Qu’on puisse de temps à autre les réécouter et les regarder à nouveau comme s’ils étaient nos héros, comme s’ils étaient notre futur groupe préféré témoigne de la réussite de ce disque. Malgré les années, malgré les déceptions, on croira toujours en ces deux types, comme s’ils avaient 18 ans à jamais. Le rock n’est pas éternel mais ceux qui le font seront jeunes à jamais. All Quiet On the Eastern Esplanade  est un chouette disque.

Tracklist
01. Run Run Run
02. Mustangs
03. I Have A Friend
04. Merry Old England
05. Man With The Melody
06. Oh Shit
07. Night of The Hunter
08. Baron’s Claw
09. Shiver
10. Be Young
11. Songs They Never Play On The Radio
The Libertines - All Quiet on the Eastern Esplanade

Liens

Lire aussi :
Can’t Stand Me Now des Libertines (2004), un beau roman d’amitié

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