Alison Goldfrapp / The Love Invention
[Skint / BMG]

8.3 Note de l'auteur
8.3

Alison Goldfrapp - The Love InventionLa chaleur des beaux jours se fait attendre, mais elle a déjà élu domicile en nous, bouillonnant d’impatiente à l’idée de se libérer de toute astreinte. Alison Goldfrapp, la chanteuse du groupe anglais du même nom avec Gregory Will, vient d’enfin sortir son premier album solo. The Love Invention doit s’entendre comme un appel à l’hédonisme tous azimuts, au plongeon dans une déflagration de fêtes à un âge où on en a terminé avec les couches culottes et où l’on retrouve notre tenue en lycra pour une seconde jeunesse, dévalant en sens inverse la montagne de l’âge.

Vivre d’amour et de confesses

Dès le premier titre, on comprend qu’elle ne fait pas semblant. On retrouve exactement, comme il y a vingt ans, l’ambiance musicale discoïde et pailletée du Confessions on a Dance Floor, l’album de 2005 de Madonna qui réchauffa le disco d’ABBA et en peinturlura la pop et l’électronique de l’époque. Album qui, il se trouve, fut aussi inspiré par… la musique du Goldfrapp groupe! C’est retour à l’envoyeur ; l’éternel retour en musique, ici aussi. Similaire au disque pré-cité ou à un album comme l’Electric Union de Niko produit par Aim, les instrumentales s’en voient encore plus sophistiquées, l’onctuosité synthétique étant telle qu’on a l’impression de visualiser les différents coussins et lignes de basses mastoc faisant la texture des pistes. L’album adopte une approche maximaliste qu’on a plus vu depuis le plein de Super des Pet Shop Boys, étalant son intrication musicale complexe avec la plus grande facilité. NeverStop, par exemple, est d’une vrai musculosité, dense et généreuse en joie. On retrouve la souche commune de ce que faisait Goldfrapp, mais amené à un point de radicalité clubbing telle qu’elle dévie définitivement de la veine électro-pop plus traditionnelle du duo.

Avant, les artistes de cette trempe, avec de fortes accointances avec la dance music, se refusaient à des morceaux aussi house, plaçant un single choisi à la main d’une batterie de producteurs pour des remix à destination des discothèques ; ainsi, le single avait ses secondes vies. A contrario, The Love Invention est si exubérant qu’il semble penser uniquement pour les discothèques, sans plus nécessairement passer par la case radio ou voiture. On s’était fait la remarque lors de la collaboration sur la version alternative  de Digging Deeper avec le pointu Claptone, dont la version originale ressemble comme deux gouttes d’eau au Discopolis de Kris Menace et Lifelike. Il semble que quelques singles de l’album sortent dans des versions alternatives, chacune signée par une pointure. Un peu après, sur les successifs The Electric Blue et The Beat Divine, on pense entendre chanter Kylie Minogue sur une production d’Eric Prydz. La couleur est donc annoncée : c’est toute une frange de DJs et producteurs, plus particulièrement britanniques, comme Seamus Haji, StoneBridge ou Richard X (peu étonnant qu’on le retrouve en production) et à leurs années d’or (2004 – 2010), à laquelle renvoie l’album. Débordant d’enthousiasme, l’album est parfait pour tonifier son fessier, préparer son summer body 2k23. Eh, on est pas chez Skint Records pour rien…

Alison a encore frappé

On peut se demander comment une telle musique, si insouciante en l’avenir et outrageusement festive, plutôt raffinée dans son tapage – peut être produite et réceptionnée de nos jours. On a presque l’envie d’être dans la tête d’Alison, pour comprendre le mécanisme psychologique amenant une femme de son âge – pour peut-être deviner une souffrance existentielle mise ici en sourdine – à écrire et chanter sur de telles pistes. C’est comme si cette musique cherchait un rétro-jeunisme, quitte à nous épuiser. On notera quelques titres nous permettant de nous reposer les mollets, comme l’efficace SLoFLo ou l’étonnant Subterfuge, mais pas suffisamment pour calmer la frénésie de l’album en le diversifiant par d’autres tableaux. Reste que l’album n’est à interdire à personne, si ce n’est aux plus frileux du déhanché.

L’album est parfait pour s’envoyer en l’air vers les Baléares. On ne sait jamais si Alison parle d’âme sœur ou d’excitant, mais elle apparait comme une matriarche envahie par la puissance de son amour. On écoute rarement ce genre de musique pour ses paroles, mais elle comporte ici des mantras perçants : « I stop a minute, take a look around / I feel a riot and I see a smile / It’s a wonder what we are » puis « It’s erotic, it’s a paradise / Be a stranger to a sci-fi life / You’ve arrived at the sublime« . Plus encore qu’à l’époque de Goldfrapp, Alison rappelle sur cet album Robyn, apparaissant comme un double plus chaleureuse et extravagante que la chanteuse suédoise. So Hard So Hot, lui, rapproche encore plus immanquablement Alison de ses sœurettes que sont Róisín Murphy et Sophie Ellen-Baxtor.

C’est une musique qu’on a probablement écouté dans une vie antérieure, mais remarquablement bien ressortie du four, mise en forme. N’est-ce pas humainement insupportable, de s’imaginer des fûts de champagne sabrer à vau-l’eau, pendant que l’humanité grille? Évidemment que non : c’est même nécessaire. Mais la question mérite d’être posée, car contrairement à une autre musique festive plus populaire (reggaeton, rap, la soupe électro-pop généraliste), celle à destination d’un public plus jeune, il n’y a pas une once de vulgarité infantile et nihiliste voulant tromper un mal-vivre, ici. Aristocrate, elle ne le mentionne pas. L’album est complètement inconséquent et volubile, d’une décomplexion des plus naturelles. On est dans un univers versicolore, mais sans les aléas de la vanité allant avec sa faune. Plus que datée musicalement – comme une majorité de l’offre musicale, et ce n’est aucunement un reproche – c’est moralement que l’album parait superbement anachronique. Et au fond, on peut s’en souvenir tout en s’en foutant royalement : il faut bien vivre, non ?

Tracklist
01. NeverStop
02. Love Invention
03. Digging Deeper Now
04. In Electric Blue
05. The Beat Divine
06. Fever (This is the Real Thing)
07. Hotel (Suite 23)
08. Subterfuge
09. Gatto Gelato
10. So Hard So Hot
11. SLoFLo
Écouter Alison Goldfrapp - The Love Invention

Liens
L’artiste sur Facebook
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

More from Dorian Fernandes
[Clip] – Benjamin Cotto se mouille en solo dans Le Grand Bleu
Attention à tous les Benjamin de la Terre : ce message leur...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *