Après une année 2024 plutôt calme, marquée par une réorganisation et seulement trois sorties pour un label réputé stakhanoviste depuis ses débuts, 2025 marque un tournant pour Too Good To Be True, tranquillement en train de s’installer comme l’une des références françaises en matière de pop indépendante. Ne sacrifiant rien à la qualité et à son originalité, le label impose petit à petit une véritable image de marque, affirme la place de certains de ses poulains au sein de l’écurie et poursuit sa politique assez pertinente de limitation des coûts à travers des collaborations choisies et des productions auxquelles ils donnent une visibilité locale qui dépasse malgré tout les frontières. Ce début de printemps ne manque pas de fraicheur avec trois nouveaux disques sortant coup sur coup, dans des registres à la fois proches et singulièrement différents.
Pale Spectres – Better Than Love
Le trop rare quatuor parisien Pale Spectres est le premier à se mettre en action avec le volume 3, celui du mois de mars donc, de la série annuelle de ep mensuels au format CD 3’’, succédant ainsi au très réussi Let Go ep de Beach Vacation dont vous disions beaucoup de bien il y a, forcément, à peine quelques jours. Les quatre titres de Better Than Love nous replongent immédiatement dans l’ambiance que le groupe s’est forgée au fil de singles sortis en catimini depuis 2013 ou qui ont pu séduire le label andalou Little Treasure avec le ep Helen Of Troy ou la référence américaine Cloudberry Records avec le 45t D(r)iving en 2017. Une destinée d’éternels espoirs de la pop étincelante, jamais confirmés sur un album digne de ce nom, mais qui les conduira à feu l’excellent festival indie-pop britannique Indie Tracks en 2013 ou sur d’exotiques compilations mexicaine ou péruvienne.
Better Than Love ne déroge pas à l’esprit du groupe d’autant qu’on y retrouve un vieux tube déjà bien connu des amateurs, ce For You qui reste absolument fringant plus de 10 ans après sa première apparition sur une compilation Beko…. Le grand frère de Too Good To Be True. Mais au fond, Pale Spectres sait-il écrire autre chose que des tubes ? Mus par une rythmique simple et ultra efficace, des guitares carillonnantes qui gambadent ligne claire sans jamais s’épuiser et cette voix d’éternel adolescent au cœur d’artichaut, les chansons des parisiens sont à chaque fois de ces petits moments de bonheur à classer pas loin de leurs voisins normands de Beach Youth et bien sûr de tout ce que Sarah Records compte d’héritiers depuis que le label de Bristol a baissé le rideau, cela fera 30 ans en août prochain.
My Raining Stars – Momentum
Une époque à laquelle Thierry Haliniak passait probablement ses soirées à écouter de la musique pas comme les autres, en attendant sa caresse et sa bise à l’œil tout en révant devant les unes du Melody Maker à sa destinée mancunienne. Après deux albums et un single sur le label avec Meyverlin, il ne pouvait sans doute pas en être autrement, le voici de retour avec son projet plus personnel, My Raining Stars. Faisant suite à 89 Memories sorti il y a trois ans sur Shelflife et le label barcelonais Discos De Kirlian, c’est toujours en partenariat avec le label de Portand que Too Good To Be True sort Momentum, un album de nouveau réalisé avec l’aide du musicien et producteur danois Casper Iskov. Sous cet avatar, le musicien icaunais se laisse aller à ses inspirations les plus personnelles dans un album qui, certes, ne brille pas par son originalité mais étincelle néanmoins de mille feux : mélodies sensibles, souvent mélancoliques et nappes de guitares rêveuses donnent à ce disque une coloration toute britannique qui trahissent les influences du musicien.
L’envie n’est pas ici de faire avancer la recherche fondamentale en matière de pop électrique, de tester de nouvelles pistes inédites et d’éprouver des hypothèses extravagantes. Non, Momentum ne laisse aucun doute sur la BO qui berce la vie de Thierry Haliniak depuis des années et c’est au fond très bien comme ça. Le musicien s’applique avant tout à produire de la belle œuvre et se faisant plaisir. Si le disque part parfois dans des directions assez différentes, brit pop (For Good, Lovers), noisy mélodique (Special Place) ou dream pop carrément shoegazeuse (Stop The Time) en passant par des moments plus calmes (Void), plus psychédéliques (Manhattan) ou carrément pop (The Cost Within), il conserve une unité de temps, de son et une signature vocale et mélodique qui le rendent attachant ; un artisanat indé comme on les aime, sans prétention mais qui touchera à coup sûr une cible de fans sensibles à la cause.
Hotel Artesia – Everywhere Alone
Une démarche de fan que partage évidemment le label qui ressort pour conclure ce début de printemps en fanfare le premier album d’Hotel Artesia, réédition en CD de son album Everywhere Alone sorti l’an passé en vinyl et uniquement aux USA. Si le nom de Kevin Wright ne vous dira peut-être rien, c’est que le bonhomme s’était un peu fait oublier et cet album marque son retour après 14 ans de silence ; long break dans une carrière entamée il y a 40 ans et un CV pour le moins fourni avec ses sorties sur Cherry Red, Él records ou Le Grand Magistery. Une somme de maisons plutôt classieuses qui le range du côté des crooners de la pop rafinées que sont Louis Philippe, Momus, Edwyn Collins ou Bid, le fantasque leader de The Monochrome Set.
Pas étonnant de retrouver alors chez Hotel Artesia les ingrédients intemporels de cette musique pour esthètes, toute en mid-tempo feutré un peu lounge, un peu soul (le très beau Spring) matinée d’arrangements soignés et de mots qui s’étirent langoureusement aux sons de cuivres, de cordes ou de piano. Parfois, lorsque le tempo s’accentue sensiblement (Stars), Kevin Wright se découvre en chanteur pop trainant son spleen à la façon d’un Daniel Bejar (Destroyer) ou d’un Neil Hannon, petits frères plus tout jeunes non plus de tous ces grands messieurs. Si le disque s’avère un peu inégal, d’une certaine façon à la manière d’un artiste qui n’aura jamais atteint l’aura de ses grands contemporains, il recèle de quelques véritables trésors qui auraient pu rester véritablement enfouis dans les tréfonds d’une application qu’aucun algorithme ne vient explorer. Kevin Wright restera sans doute à jamais un chanteur pour happy few mais grâce au printemps du label brestois, les jolies chansons d’Everywhere Alone, album coquet comme le démontre sa tracklist, trouveront l’occasion de fleurir sur quelques platines supplémentaires.
02. Hiver Ivoire
03. For You
04. Supermarket Love
02. Better Life
03. Special Place
04. Stop The Time
05. Lost In the Wild
06. The Cost Within
07. Lovers
08. Void
09. Disappeared
10. Manhattan
02. Seconds
03. Seagulls
04. Stardust
05. Stars
06. Spring
07. Souvenir
08. Space
09. South
10. Someone

