Beach Vacation / Let Go EP
[Too Good To Be True]

7.9 Note de l'auteur
7.9

Beach Vacation - Let Go EPFévrier. Promesse tenue pour Too Good To Be True qui livre le second EP de sa série mensuelle prévue pour 2025 dont nous évoquions le mois dernier la première sortie. A vrai dire, si le label n’a pas souhaité lancer de formule d’abonnement telle qu’elles se pratiquent encore pour les quelques survivants de l’esprit «single club» que lui-même avait fait perdurer il y a quelques temps, il est fort probable que ce rendez-vous avec le label perpétuant à merveille l’esprit « indie-pop » à la française devienne aussi un rendez-vous ici, avec vous tant la qualité de la série est bien partie pour ne pas déroger à la ligne de conduite rarement décevante que s’est fixée le label. Le EP hivernal, toujours sorti sur un petit CD 3″, c’est le format que le label s’impose (une version vinyl splattered sera néanmoins disponible aux USA pour une somme bien plus élevée), est ce mois-ci signé par l’une des figures du label, le musicien de Seattle Tabor Rupp qui officie sous le nom de Beach Vacation. C’est déjà sa troisième sortie avec le label brestois après les éditions de ses deux premiers albums I Fell Apart et Copying Habit et le moins que l’on puisse dire, c’est que le bonhomme ne cesse de se bonifier.

Pour la révolution musicale, on repassera. Ce Let Go EP s’inscrit dans la lignée de tous ses prédécesseurs, ces deux albums mais aussi quelques singles intermédiaires que Beach Vacation envoie à peine enregistrés comme des éclaireurs sur son Bandcamp. Il est toujours autant ici question de cavalcades dream pop qui, bien que ça ne soit pas encore tout à fait la saison, s’écoutent à tous vents, quand l’air encore un peu frais mais déjà réchauffé par un grand soleil de fin d’hiver vient chasser l’ambiance morose d’une saison aux nuits interminables. Respectant à la lettre les canons du genre, la voix souvent susurrée s’étire inlassablement, laissant courir loin devant elle une ribambelle de guitares étincelantes sur des rythmes endiablés. Alors oui, c’est vrai, l’ensemble parait parfois un peu convenu et avance un peu en pilotage automatique qui reste, quoiqu’on en pense, le plus sûr moyen de s’assurer de la qualité du vol et de l’arrivée à bon (aéro)port. C’est en tout cas ce que suggèrent en filigrane les 4 premiers morceaux, pour qui connait déjà le groupe du moins.

Seulement voilà, malin, Beach Vacation nous réserve le meilleur pour la fin et, loin d’atterrir sous procédure d’approche automatique, Tabor Rupp reprend les commandes et remet les gaz pour un final somptueux. C’est qu’en réalité, il ne faut pas grand-chose pour transformer d’anodines pop songs en véritable petites bombes. Sur Unique Routine, c’est une jolie boucle de guitare encore plus entêtante que les autres qui vient insidieusement s’immiscer dans vos oreilles avant que ne vienne vrombir un riff tourbillonnant aussi génial que court, créant immédiatement une sensation de manque et donc d’envie d’y revenir. Quant à Weighted Down, c’est tout le morceau qui semble d’un coup emporté par un état de grâce que les autres n’ont pas : batterie ultra sautillante, mélodie absolument soyeuse, tout ici vous plonge dans un grand bain de coton du côté de leurs alter-ego à la cote un peu plus établie de The Bilinda Butchers, une incontestable référence du genre.

Avec ce finalement très chouette Let Go EP, Beach Vacation n’a assurément pas prévu de faire trembler les fondations de l’industrie du disque qui plus est en pleine période de Victoires et autres Grammys qui la conforte dans son absurde uniformité. Ça n’est pas que par snobisme qu’on préférera les quinze minutes d’un EP artisanal aux grands vendeurs insignifiants : ils sont incapables (la plupart du temps) de nous toucher quand un type cloitré dans sa chambre de Seattle parvient en deux coups de guitares à nous embarquer sans peine. On le suit bien volontiers et on continuera à le faire, bien conscient qu’on n’attendra pas de lui une quelconque révolution mais juste ces rendez-vous réguliers avec ces instants un peu hors du temps, suspendus dans la galaxie dream pop. Gageons que c’est bien dans ces environs que Too Good To Be True nous attendra tous ces mois de 2025.

Tracklist
01. Stuck Here
02. So Far
03. Come Back
04. Slowly
05. Unique Routine
06. Weighted Down
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