Clips de la semaine #20 : R. Missing, Championne, Les Marquises, Dominique A., Family Stereo, Lightning In A Twilight Hour, The Delgados et Suzanne Landier.

Le clip c’est le single et le single, c’est le 45 tours. Bon, bien sûr à part chez quelques fétichistes du CD 2 titres ; chacun son truc, on ne juge pas. A l’heure où les sorties d’albums s’annoncent à coup de singles numériques (c’est la saison, on prépare la rentrée), notre série de clips de la semaine célébrera dorénavant à chaque livraison le Scopitone de la semaine. Non sans un peu de nostalgie, c’est vrai, celle de ce temps où l’on achetait des singles comme des petits pains alors qu’ils ne coutaient que l’équivalent aujourd’hui d’un lot de 4 baguettes (3 + 1 gratuite) et que le vidéoclip « indé » était une denrée rare et très peu visible.

R. Missing - Turning Off The Light Is My Destiny

 

R. MissingTurning Off The Light Is My Destiny

Après un premier mini LP, Unsummering, sorti en 2017 déjà chez les bordelais de Talitres, le duo synth-wave new yorkais R.Missing s’est surtout concentré à enfiler des singles comme des perles (compilés pour certains sur Like The Sound Of Injured Love l’an passé) et semblait, au ryhme d’un titre par mois depuis janvier, avoir repris son marathon fou du format court. C’est donc un peu par surprise qu’est sorti la semaine dernière Turning Off The Light Is My Destiny, un album de 15 titres qui ne comprend aucun des singles précédents. Autant dire que le duo compose comme il respire et à en juger par la qualité de cet extrait éponyme, ultra efficace, aussi boudeur que charmeur, dont le refrain et ses gimmicks de synthé vous entrent en tête dès la première écoute, Henry Frost le glaçon et Sharon Shy la timide (ces pseudos, franchement…) ne sacrifient aucune qualité à leur productivité débordante.

Championne – Je M’aime

Voilà déjà pratiquement trois ans qu’on en pince pour la musique de cette bretonne débarquée avec sa pop sombre, pendant féminin de l’univers de Tropique Noir, la moitié de Gwendoline. Trois ans, un EP et une session KEXP plus tard, on retrouve Mathilde Lejas en auto-déclaration d’amour sur un sordide parking désert au fin fond du port de commerce de Brest. La coupe est pleine, celle que l’on décerne aux femmes qui retrouvent suffisamment d’amour propre pour dire que ça suffit, c’est fini. Le morceau a beau s’enfoncer dans les limbes d’un post-punk lorgnant vers la cold wave et ses guitares stridentes, il rebondit, se reprend, relance une mélodie efficace qui trace la route nocturne de ce Je M’Aime plutôt réussi. On sait que Championne a passé pas mal de temps chez l’omniprésent Joris Saïdani et c’est selon toute vraisemblance un album qui devrait se profiler d’ici la fin de l’année chez les rennais de Parapente Music.

Les Marquises – Terrefondrée

Indéniable valeur sûre du rock souterrain d’ici, c’est aussi un retour qui agite l’actualité de Les Marquises. Deux ans après le très réussi mais quelque peu hermétique Soleil Noir et son pendant Live à l’Opéra Underground tout aussi exigeant, Jean-Sébastien Nouveau jamais avare de contre-pieds et de virages à 180 degrés revient avec ce Terrefondrée, premier extrait de Malaterre qui devrait sortir en octobre prochain. Si la seule lecture de ces deux titres préfigure d’un disque sombre au constat sans appel, Terrefondré prend pourtant des atours plutôt surprenant, chanson bouclée en 3 minutes mettant de façon inédite le chant en avant, convoquant le Talk Talk de The Colour Of Spring, à la fois librement pop et subtilement exigeant. On était même à deux doigts de faire les putaclics en vous annonçant le premier gros tube du groupe depuis ses premiers pas il y a 16 ans déjà mais on s’est dégonflé ; il n’en reste pas moins qu’il est une illustration d’un savoir-faire dont on a jamais douté mais qu’on n’attendait sans doute pas totalement sur ce territoire.

Dominique A – Un Jour J’ai Disparu

S’il y en a un qui semble reprendre un peu de poil de la bête, c’est bien le nantais. On ne va pas se raconter d’histoire et l’avis est de toute façon partagé par de nombreux suiveurs de longue date : on s’ennuyait quand même un peu en écoutant les derniers disques de Dominique A. L’écriture avait beau être toujours voire de plus en plus fine et ciselée, l’émotion passait parfois un peu au second plan derrière la performance d’auteur-compositeur. Alors, comme pris dans la Spirale, titre de son prochain album qui sortira à l’automne, Dominique A. convoque ses souvenirs de rockeur, ceux qu’il évoquait déjà dans son très beau livre de 2012, Y Revenir. Un Jour J’ai Disparu, et la vidéo ne le contredit pas, est une chanson puissamment autobiographique qui renvoie à bien des interprétations. La nôtre, remplie d’un certain espoir, est que ce Dominique A. rock, parfois brut, défouraillant sa guitare sur scène pour électriser les salles, toujours sur le fil, entamant ses danses de St-Guy Curtissiennes, celui qui avait disparu depuis le sous estimé (y compris ici) Toute Latitude, perdu dans les Reflets (feutrés) du Monde Lointain ou les fragilités du Monde Réel est enfin réapparu.

Family Stereo – Waiting On Nina

Mais bon sang ! Cette voix, cette trogne, cette guitare si bien éduquée…. ??? Et oui, l’ADN ne ment jamais : dans la famille Everything But The Girl, je voudrais le fils. Bonne pioche ! Très bonne pioche même tant les débuts de Blake Watt, fils de Ben Watt et Tracey Thorn donc sous le nom de Family Stereo sont bénis par les bonnes fées de la pop classieuse qui n’ont pas manqué de bien se pencher sur son berceau. Celui qui accompagne désormais ses parents sur scène (on imagine la fierté des darons) et sort sa musique en catimini depuis des années publiera son premier album, The Thread, sur Bella Union au beau milieu de l’été. Après un premier extrait plutôt emballant, Fault Lines, Waiting On Nina révèle une nouvelle facette de l’album, ballade douce et amoureuse porté par une voix qui devrait elle aussi marquer les esprits.

Lightning In A Twilight Hour – Every Flame a Sunset (Single Version)

On ne se lasse pas de l’un des albums de 2025 et Elefant, pour entretenir la flamme, édite une version single de l’un de ses excellents titres, l’emballé et emballant Every Flame A Sunset. Jouant comme sur le précédent single sur la fibre nostalgique du mythique single des Field Mice Missing The Moon, le titre et sa face B Ghost Pavilion Dub sortent sur un onéreux maxi limité dont même les collectionneurs acharnés pourront se passer ; ils ne seront de toute façon que 200 à être servis et gageons fort heureusement que le groupe compte un peu plus de fans. Car enfin, soyons clair : l’intérêt de cette Single Version légèrement retravaillée est relativement limité d’autant qu’avec ses 5 minutes 39 (contre plus de 7 minutes sur l’album), elle n’est pas non plus spécialement taillée pour d’hypothétiques passages radios. Mais si l’objectif, certes bassement commercial est, et on le dit vraiment dans votre intérêt, d’aller vous convaincre de jeter une oreille sur ce Colours Yet To Be Named que vous auriez éventuellement pu louper, alors forcément, on ne peut qu’adhérer pleinement à la démarche.

Suzanne LandierYES

Voici la nouvelle étoile tourangelle, à peine vingt ans, prénommée Suzanne, étudiante aux Beaux-Arts, et qui a fait d’un petit Casio son instrument de prédilection (mais pas que puisqu’elle joue de presque tout).

Cette jeune musicienne hyperactive incarne une sorte de coolitude bienvenue dans un environnement qui formate les sons et les manières. Après un EP paru en janvier (Unfinished Casio Songs), Suzanne Landier a sorti YES, une ballade lo-fi électro qu’elle dévoile ci-dessous dans un clip tourné par Louis Guattari sur l’un des tapis roulants de la station de métro Montparnasse – Bienvenüe.

Suzanne débutera le 13 juin sa tournée intergalactique potentielle au Café de Paris. Si vous avez envie de la booker sur le parcours qui la conduira à Lyon au cœur de l’été, n’hésitez pas à la contacter.

Le Scopitone de la semaine

The Delgados – Under Canvas Under Wraps

Printemps 1996: The Delgados est depuis plus d’un an déjà un foutu groupe à singles dont chaque livraison sur les meilleurs (micro)-labels indés du moment suscite un enthousiasme débordant chez les fans de plus en plus nombreux de cette nouvelle bande de l’inépuisable scène de Glasgow qui verra éclore entre-autres les oubliables Bis mais surtout Mogwai et Arab Strap. Jamais mieux servi que par soi-même, le groupe vient de créer son propre label Chemikal Underground. L’aventure est en marche et se poursuit encore, fringuante sous la direction de Paul Savage, batteur des Delgados et ingénieur du son désormais renommé au sein du propre studio du label, chem19. En attendant, le groupe mené par Alun Woodward et Emma Pollock s’apprête à sortir son premier album, Domestiques à l’automne 1996 et essaime des singles tonitruants comme cet excellent Under Canvas Under Wraps qui aura la charge d’ouvrir le disque.

Illustration: capture d’écran YouTube du clip de R. Missing

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