Woods / City Sun Eater In The River Of Light
[Woodsist Records / Differ-Ant]

Woods - City Sun Eater in the River Of LightIl ne fait aucun doute que Woods a toujours défendu une liberté formelle depuis ses débuts, il y a déjà une dizaine d’années et ses premières réalisations artisanales enregistrées dans son garage. Que le groupe mené par Jeremy Earl jouisse désormais d’une certaine aura médiatique et puisse enregistrer dans des conditions dignes d’un vrai studio, comme pour le précédent With Light And With Love (2014) n’y change rien.

Mais là où on saluait l’orientation poursuivie par Woods en direction de Düsseldorf, – rappelez vous ce morceau de bravoure kraut-folk qu’était le morceau-titre With Light And With Love -, City Sun Eater In The River Of Light bifurque vers Kingston. Oui, bien évidemment, Woods continue à recycler et revisiter de fonds en comble le patrimoine folk américain et ses recoins psychédéliques. Mais dès les premières notes de Sun City Creeps, alors que la voix le falsetto de Earl lance la machine et nous projette immédiatement dans l’univers du groupe, des cuivres (ac)cueillent l’auditeur et les guitares partent en cocotte. Ça surprend quelque peu, voire même hérisse le poil. Les compositions dégagent toujours cette sensation anxiogène liée à l’instabilité permanente de structures pourtant jalonnées de repères hors d’âge… Ce qui est nouveau ici, ce sont les arrangements chaloupés, les lignes basses slapées, la caisse claire doublée de cymbales omniprésentes, le tout sur une rythmique à quatre temps. Ajoutons un petit tambourin de temps à autres et on va vérifier si les New-Yorkais n’ont pas opté pour l’implant de dreadlocks. Bien évidemment, Woods continue globalement à faire du Woods et n’a pas complètement viré rastafari. Une slide-guitar s’invite sur Morning Light et on imagine le groupe au fond d’un bar, perdu au bord d’une route américaine. Politics Of Free est un « classic rock » typiquement 70’s perverti et pervers. Mais très vite, derrière le chant qui se double et dédouble, les volutes psychédéliques qui éclosent enfin à partir de la seconde moitié de l’album, on pointe mille et un détails typiquement caribéens (des cuivres, encore des cuivres, du groove partout, une basse très prégnante). Comme City Sun Eater In The River Of Light est toutefois un disque de son temps, il n’y a pas l’entrain, l’insouciance, la désinvolture de l’époque Madchester, lorsque Happy Mondays partait à la Barbade pour faire semblant de se frotter à d’autre sonorités. Ici, le fonds reste flippé, l’horizon fuyant et l’avenir bancal. Il va juste falloir troquer la bouteille de bourbon par des cigarettes qui ne se vendent pas au bar-PMU pour suivre Woods dans cette nouvelle direction.

Tracklist
01. Sun City Creeps
02. Creature Comfort
03. Morning Light
04. Cant See At All
05. Hang It On Your Wall
06. The Take
07. I See In The Dark
08. Politics Of Free
09. The Other Side
10. Hollow Home
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