Babybird / Photosynthesis
[RW/FF Recordings]

8.3 Note de l'auteur
8.3

Babybird - PhotosynthesisAprès l’excellent album compilation Happy Stupid Nothing sorti en mars, Babybird retrouve le format vinyle (et CD) pour ce qui est présenté, par son label, comme son premier album physique véritable depuis The Pleasures of Self Destruction en 2011. La vérité est un peu différente : Photosynthesis succède à une petite centaine d’albums enregistrés dans des conditions assez similaires, digitaux et physiques, mais distribués uniquement en petite série. On y retrouve des chansons originales et quelques morceaux déjà connus. Peu importe à vrai dire : dans cette œuvre profuse et majoritairement méconnue, ce sont les morceaux qui comptent et les 10 (ou 12 en digital) titres qui composent ce Photosynthesis sont admirables.

Le label a pris des risques en affichant une sélection qui vise plus à rendre compte de l’étendue du registre musical de Stephen Jones que de renouer avec sa flamboyance pop. Difficile, à la première écoute, de repérer un tube immédiat ou une chanson aussi allègre et immédiatement séduisante que les quelques tubes qui ont fait connaître Babybird. Il y aurait eu matière dans les dix dernières années de production mais ce n’est pas ce qu’on retrouve sur le disque cette fois. Cela n’empêche pas Photosynthesis d’impressionner. Too Late à l’entame est un titre remarquable mais austère et un peu sinistre que viennent relever la voix de Jones et une batterie ravageuse. La chanson constitue tout sauf un retour accueillant, signe qu’on ne cherche pas ici à flatter la familiarité ou à renouer avec une ancienne complicité. October est solide et renvoie à l’aplomb bizarre et agressif de l’époque Bugged. Beach Grave est un tunnel progressif et psychédélique qui fait penser aux développements parfois confus mais passionnants des Flaming Lips. Dans un registre plus facile à appréhender, moins heurté et plus pop, No Cameras est une pièce de toute beauté mais également downtempo. La mélancolie est à l’œuvre, dans l’histoire de cette nana au 36ème dessous à qui l’on demande avec insistance de sourire devant l’appareil photo. Le texte renvoie, dans un retournement quasi morbide, à la situation insouciante et sensuelle de You’re gorgeous, le titre phare et fardeau du groupe, composé il y a 25 ans maintenant. La fille de l’époque n’a pas bougé mais de l’eau est passée sous les ponts ainsi que des kilomètres de pellicules.

On retrouve avec bonheur l’impeccable Radioactive Stars, en même temps que l’album ouvre une seconde partie qui fait une large part aux travaux instrumentaux de l’artiste. Cela tombe bien car c’est dans ce registre, nécessairement limité et qui ne déchaînera pas les passions, que Stephen Jones s’est beaucoup illustré ces dernières années. Ses instrus sont formidables et ouvrent des mondes complexes avec des bouts de ficelle. Ils installent des ambiances et imposent des émotions en quelques dizaines de secondes. C’est le cas de Black Friday Jesus Tuesday et surtout du sublime Creation Destroys Science qui suit, morceau qui nous offre peut-être les trois meilleures minutes du disque. Perfect Suburbian Clone fonctionne très bien lui aussi avec une rythmique bancale qui rappelle le travail de Jones sur Death Of The Neighbourhood pour Atic Records. Le disque abat ensuite avec Cave In et Yeah I’m In Hollywood deux de ses atouts majeurs. Le second morceau, qui referme le disque, est le plus marquant car il fait écho directement (par le truchement d’Hollywood) au parcours personnel de l’artiste qui a connu un succès immense avant de dégringoler la pente médiatique et de travailler dans la confidentialité. Yeah I’m In Hollywood parle de la décadence d’un homme qui a perdu son épouse (ce qui n’est pas le cas de Jones) avant de se perdre lui-même. L’édition digitale prolonge le plaisir avec le sublime Beautiful, excellent exemple des travaux d’illustration sonore et de cut-up du chanteur, et le morceau-titre, Photosynthesis, curieusement absent du vinyle. C’est évidemment une erreur de tracklist quasi impardonnable tant Photosynthesis est une pièce marquante et largement à la hauteur de ce qu’on retrouve sur le disque. Un regard plus commercial qu’enamouré n’aurait, pour une fois, pas été du luxe.

L’album fait au final plaisir à entendre mais constitue, on le craint, un retour trop exigeant et tordu pour ce que le marché peut accueillir. Photosynthesis est un disque complexe, déroutant par sa tracklist mais qui ravira les fans de longue date du bonhomme (ceux qui ne se sont pas arrêtés aux morceaux du milieu des années 90) ainsi que les amateurs de pop divergente et psychédélique, d’ambiances menaçantes et dérangées. Babybird sera de nouveau en tournée anglaise à l’automne et a déjà annoncé au moins deux nouveaux albums en diffusion restreinte depuis la sortie du disque. La vérité est ailleurs et l’amour presque partout. C’est la morale de l’histoire.

Tracklist
01. Too Late
02. October
03. Beach Grave
04. No Cameras
05. Radioactive Stars
06. Cave In
07. Black Friday Jesus Tuesday
08. Perfect Surburbian Clone
09. Creation Destroys Science
10. Yeah I’m In Hollywood
11. Beautiful (digital bonus track)
12. Photosynthesis (digital bonus track)
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