YMNK / Aventures
[Eclair Vague Records / Wiser Records]

8.2 Note de l'auteur
8.2

YMNK - AventuresOn rêve de pareille trouvaille toutes les semaines. Une jeune pousse, un son frais, neuf, trouver sans l’aide d’un quelconque algorithme. Un talent simple et sincère, identifiable sans pour autant jouer la “démo” de puissance. C’est par un total hasard qu’on est parti à l’Aventures de la discographie de YMNK, soit Alexis Zbik, jeune musicien de Lille et professionnel de la bidouille de claviers. C’est aussi son nouvel album, après un solide Brighter (2021) et des premiers pas avec 元気です(2019) mettant à l’honneur le Japon, plus indie rock.

Happy Many

C’est d’abord une joie ludique qu’on ressent d’emblée, à l’écoute de l’album. Celle consistant à triturer des potentiomètres, de voir ce que tel bécane trouvée à la brocante du coin a dans le ventre. Aventures est un parfait petit laboratoire du son. On pense évidemment à Jacques, sans jamais pour autant être pris pour des billes. On a la main sur la manette d’une chambre d’enfance qui ressemble à la nôtre – rassurante et chaude, elle sent la pâte à fixe et à sel – et le corps est déjà loin, loin dehors, dans les contrées du rêve. On trépigne à la pensée d’un jeu si chéri, si convoitée. L’Amour, c’est quand Oliver rencontre Zimmer (et pas Hans, attention). C’est chaud comme un cookie sorti du four de maman. On a faim de découvertes, on se réjouit, désire les myriades de joies en promesse.

En remontant le fil de cet album, nous revient l’envie de prendre des nouvelles de talents entrevus à la pépinière, comme celui de Baboust, par exemple. Sur Bossa For Emily, on pense au minimalisme de la Marraine de Fille Unique, mais cette fois-ci, accompagnée de ses moutards, plus solaire. L’envie d’une partie de tennis nous taquine le nez, oh Wii ! Celle de ré-écouter la sémillante B.O. de Double X (1986) par Dave Mason, ou The Mole, également. Puis à l’appel de la Prophecy, voilà le “héro-diteur” au chevet de la fée, dans cet au-delà des forêts de Mormal, ce royaume sylvestre de souches et de sources que les enfants d’hier appelaient Hyrule. Puis des petites esprits des bois apparaissent, cachés et discrets, présences muettes, d’abord effrayantes puis rassurantes – deux petites pensées vont au Joe Hisaichi de Princesse Mononoké, au Kenji Kondo de Zelda. Que cela soit chez votre petit cousin né une Switch dans les mains, votre grand-oncle dont l’Atari perdue dort solitairement au grenier ou mamie qui ne démord pas de son éternel nain jaune, Aventures arrivera toujours à évoquer l’évasion intérieure, distinguant YMNK des compositeurs à citations comme Mitch Murder et autres. Ce qui lui importe, ce sont davantage les climats que les clins d’œil. Les références s’avancent ainsi discrètement, sans écrasement ni parade.

Tourner manettes

D’un titre à l’autre, les ambiances se succèdent comme des stages de niveau. C’est cette juste hétérogénéité d’une plage à l’autre qui fait la teneur album, sa complétude. Soudain, nous frôle un vertige. Est-ce qu’au fond, les jeux vidéo ne renfermeraient pas en eux la recette ultime de l’album d’or? Serions-nous sur le point de déchiffrer le Da Vin-Cheat Code? Bref, on est paré pour conquérir le ciel. À l’occasion des International Space Olympics 2083 de Neptune, c’est au-delà des astres que nous voilà propulsés. On cours un marathon athlétique sur une route arc-en-ciel, tapant un sprint aux côtés d’un Vangelis devenu étoile. En guise de décor : le Grand Bleu traversé d’une harde de cétacés stellaires et flottants, nous rappelant son champion Éric Serra. À l’écoute de F4LL1N9, c’est Grand Soleil sur la route (d’ailleurs, le label Nowadays Records siérait bien à Alexis), tout en fendant les erreurs du duo, cette tendance aux bip-bip parfois trop criards pour faire comme deux trop célèbres robots.

Ici, cette pâte DIY la joue toute autre. Contrairement à beaucoup utilisant ce sigle pour justifier un aspect parfois désuet voire ripou, plus souvent cache-facilité (trahissant un manque d’incarnation) qu’un sincère “fait comme-à-l’époque”, ici, tout se veut  joyeusement intuitif. À notre plus grand Kiefer, YMNK se refuse à devenir un énième triste Flavien Berger, évite de loin la case Discothèque de Pierre III. Pourtant, avec ses élans disco-house, l’album nous fourmille dans les jambes, donne envie de dévaler l’existence. Une alternative, moins lucrative mais plus logique, aurait été pour lui de se poser comme un Mitch Murder français, comme un FearCity occupant déjà le trône. Non. Trop facile. C’est alors peut-être plus vers un Porter Robinson que tend YMNK, sans s’encombrer de voix. Bien sûr, on pense à la Fantasy de M83 ou à Madeon, sans pour autant leur ressembler. Il n’y a atteinte à l’intégrité de personne. Alexis s’offre à nous dans son unicité. Comme producteur en herbe, avec Atoem et quelques autres en France, YMNK est une affaire à suivre, un professeur d’énergies à lui.

Tracklist
01. Friendship & Bravery
02. L’Amour
03. Aventure
04. U & I
05. (〃^_^ ;〃)
06. F4LL1NG
07. Prophecy
08. Bibimbap
09. International Space Olympics
10. Bossa For Emily
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