Clothesline From Hell / Slather on the Honey
[444%]

8.2 Note de l'auteur
8.2

Clothesline From Hell - Slather on the HoneyOn a décidé d’écouter ce disque dont on ne guettait pas vraiment la sortie pour deux raisons principales : le nom du groupe, Clothesline From Hell, qui fait facilement partie des 7 ou 8 meilleurs noms de groupes qu’on a jamais rencontrés, et parce que (désolé) on ne savait pas vraiment ce que “slather on the honey” voulait dire. “slather on” signifie donc “badigeonner” ou étaler… le miel, qui ne semble pas être une expression d’argot dégueulasse mais juste une idée qui a germé dans l’esprit de Winnie L’Ourson Adam LaFramboise (son vrai nom), le leader et unique membre de ce groupe, alors qu’il regardait un type se faire étaler du miel sur le corps avant que quelqu’un d’autre ne le lèche. Mais peu importe. LaFramboise avait fait partie de divers groupes plus ou moins exposés de la scène de Toronto avant et n’avait jusqu’ici pas vraiment été reconnu pour son songwriting. Il a commencé à composer dans son coin, avant de lâcher quelques cassettes lors de concerts. Slather On The Honey est donc techniquement (après un premier single) son premier disque abouti et un excellent exemple de ce que peut donner le mélange de la solitude, de la frustration et du talent, c’est-à-dire une petite merveille de rock lo-fi (canadien) désordonnée et passant en deux secondes du grunge à la pop, du folk au grand n’importe quoi.

Le disque a des allures de juke-box déglingué, avec des bouts de chansons, des riffs de guitare qui pendent dans tous les coins et qu’on a pas forcément pris le temps d’attacher les uns aux autres. La sensation de bordel brillant et juste posé là parce ce que l’envie débordait est patente et rapproche Clothesline From Hell des belles découvertes que nous offre souvent le rock “américain” (de Wavves à Cloud Nothings en passant par Glaring Orchid ou mieux Hayden). La musique de LaFramboise est moins abrasive que celle de ces quelques références. Il y a du Beck parfois dans la manière de balancer, du Sugar aussi, et des marqueurs soniques caractéristiques des années 90 (sur le morceau titre). La voix est claire et parfois douce, presque trop. On Ice ressemble à du Nirvana produit comme du Wham!, ce qui donne un résultat assez étrange, pas totalement convaincant mais toujours intrigant et suffisamment curieux pour qu’on n’ait pas envie de se détourner. Il se dégage des textes une sincérité désolée, une désolation apitoyée qui fait mouche, à l’image de l’excellent Play Me, Annie, chanson d’amour archétypale sur un mec en marge qui promet à une nana de changer… On a déjà entendu cela mille fois, probablement beaucoup plus, mais c’est chanté avec tellement d’honnêteté et d’engagement qu’on mord encore à l’hameçon.

What’s all this about?
They’re all dancing to the same song, they sing along
Keep your voices down
They’re all running to touch both sides in record time

Play me, Annie, in your apartment
Say that you want it before it starts
And give me a break, a second to change for you, ooh
Lazy and staring, hearing knocking
Nearly breaking the things on top of
Give me a break, a second to change for you, ooh

LaFramboise tutoie le RnB sur un Drug of Choice carrément flippant et cafardeux. La production donne le sentiment que tout est enregistré à l’intérieur d’une barrique ou d’un pot de miel (en réalité, l’artiste a utilisé son téléphone comme studio, ce qui explique cela). Ca résonne et tout s’entend de loin. La musique est jouée à l’étouffée et remonte jusqu’à nous avec fébrilité. Les idées ne sont visiblement pas triées. L’ordonnancement est nul. Les chansons sont mises bout à bout, parfois achevées, parfois pas tout à fait. On repart sur du folk mainstream sur le mièvre Whoever You Are, chanson qui pourrait faire dire qu’on s’emballe pour un type qui fait juste du rock FM des années 90 et ne sait pas que MTV a mis la clé sous la porte. Mais quand il interrompt Girl Music juste après en plein milieu pour une séquence de guitare épique, et un brouillon de chansons bidouillé à l’ordinateur et à la truelle, on se dit qu’on ne peut pas s’être planté tout à fait. Le chanteur et guitariste est accompagné par des musiciens qui semblent jouer ce qu’ils veulent dans leur coin mais produisent ensemble un truc à peu près harmonieux et au genre mal déterminé. Il y a du piano, des synthés, des percussions, et sans doute un casting qui n’est pas le même selon les morceaux. L’ARP détonne par exemple par un étrange accompagnement qui mêle électro et percussions, tandis que LaFramboise chante comme un vieux fan de grunge. La durée du disque (30 minutes, 8 titres) permet de se laisser faire et d’écouter cet étrange tissu rapiécé sans aucun ennui. On adore le matériau brut, les tentatives à demie réussies, l’aspect mal trié et irrésolu de l’ensemble. Truest sound le dernier morceau est tellement too much dans le genre balade grungy rétro qu’on se prosterne au pied de LaFramboise comme on louerait un faussaire de génie. Est-ce l’âge qui fait qu’on trouve ce genre de trucs mieux qu’ils ne sont ? Est-ce que de la pure nostalgie ou est-ce qu’il y a un petit truc en plus qui est apporté par la distance ? Une présomption de modernité qui change la réplique en une sorte de copie enrichie ?

Clothesline From Hell réussit avec ce premier album à nous interpeller et à nous ramener à l’âge des chambres mal rangées, des chaussettes qui puent et des feuilles d’érable qui tombent et craquent sous les pieds des filles. Qu’il en soit remercié.

Tracklist
Liens
01. Slather On The Honey
02. On Ice
03. Play Me, Annie
04. Drug of Choice
05. Whoever You Are…
06. Girl Music
07. L’Arp
08. Truest Sound
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Plus d'articles de Benjamin Berton
On se sent bien avec le nouveau TTRRUUCES
Leur nom est un peu chiant à écrire mais les TTRRUUCES, duo...
Lire
S’abonner
Notification pour
guest

2 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Li-An
Li-An
18 jours il y a

Ah moins que ce ne soit le contraire ? Les pieds des filles qui puent et les chaussettes qui craquent sous les feuilles d’érable. Je vais écouter ça.