De 10 en 10 : le retour gagnant de Charlotte Marionneau et son Volume Courbe

Le Volume Courbe - Planet Ping PongOn a beau se gausser de sa productivité ici (qu’est-ce qui peut bien justifier qu’écrire des chansons prennent autant de temps ?), Charlotte Marionneau, que d’aucuns tiennent pour une sorte de Jane Birkin inversée et underground (ce qui n’est pas un petit compliment), bâtit de décennie en décennie une œuvre qui a des allures de sans faute.

Le prochain album étant susceptible de sortir quand nous serons ou morts ou en retraite (en 2035, pas certain que nous écrivions encore des chroniques sur ce site ou un autre), on prendra le temps de dire tout le bien qu’on pense de ce nouvel et troisième album qui succède donc à I Killed My Best Friend (2005) et I Wish Dee Dee Ramone Was Here With Me (2015), sur lequel on avait beaucoup écrit et même parlé avec la chanteuse française, et s’intitule Planet Ping Pong. On y retrouve l’ancien patron de la chanteuse (Charlotte faisait partie des Oiseaux Planants du guitariste), Noel Gallagher, sur un titre, ainsi que Terry Hall (et son fils) qui participent à une reprise du Mind Contorted de Daniel Johnston. Rien qu’en disant, on situe l’univers surréaliste de Charlotte Marionneau dans une sorte de gratin indie pop presque miraculeux où tous nos héros de jeu habituels sont susceptibles de venir faire un tour en studio pour pousser la chansonnette ou jouer des maracas. Le Volume Courbe est un groupe qui existe sans exister et émet des ondes magiques et des éclats de porcelaine aussi pâles et gracieux que le visage de Marionneau. C’est électrique, enfantin, poétique et fragile comme de petites créatures adorables à cajoler et à laisser s’ébrouer chez soi. On accueille les titres du Volume Courbe comme on prendrait soin d’un Mogwai (la petite créature en peluche du film), sans se méfier le moins du monde. Pas question de les nourrir ou de les faire jouer trop fort, mais il y a dans chacune une concentration de liberté, d’indépendance, de rébellion poétique qui sont infiniment précieuses et plus dangereuses qu’elles en ont l’air. Sans doute la raison pour laquelle les chansons du Volume Courbe sont si rares et si longues à venir : elles naviguent résolument à contre-courant de tout ce qui fait notre civilisation et notre époque. Charlotte Marionneau est la dernière petite punk de l’époque, le dernier petit oasis de résistance (à l’industrie, au travail, au temps) qui s’oppose au grand tout oppressant. Il faut la louer et la préserver à tout prix. Et tant pis si on doit la partager avec tous les magazines branchouilles de la planète : on ne cessera de dire qu’elle est la plus cool des chanteuses réfugiées de l’autre côté de la Manche, une sorte de fierté nationale que même le Brexit n’aura pas réussi à enterrer.

Le premier single extrait du disque, Two-Love, est joueur et délicieux. La comparaison avec Jane Birkin n’était évidemment pas faite au hasard tant on pense ici à la période comic strip british du couple royal de la variété française ou à une version domestiquée et sensuelle de Brigitte Fontaine. C’est Gallagher qui régale et Charlotte qui fait la chatte et patauge dans les flaques de guitare. Drôle d’affaire et il y en a dix autres (chansons) qui sont sorties sur le disque le 9 mai. On y revient très vite. Miaou.

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