Émoi / Willy’s Wonderland Original Motion Picture Soundtrack
[Filmtrax]

5.9 Note de l'auteur
5.9

Émoi - Willy's WonderlandVoir, les yeux ébahis, après une petite vingtaine de minutes Nicolas Cage, dopé aux energy drinks, défoncer avec un manche à balai cassé en deux une autruche mécanique est une expérience plus qu’étrange. L’acteur est sérieux comme un pape, le regard vide, et tape l’autruche au niveau du genou avant de lui fracasser la tronche pendant quarante secondes qui paraissent une éternité. En acceptant de passer la nuit dans le vieux parc du furet Willy pour payer le garagiste qui a réparé les 4 pneus crevés de sa voiture de sport – bah oui, les distributeurs de billets du village sont en panne et IL N’Y A PAS D’AUTRE SOLUTION-, le Concierge (il n’a pas d’autre nom dans le film), joué par Nicolas Cage ne sait pas vraiment à quoi il doit s’attendre mais donne l’impression de s’en foutre. Willy’s Wonderland est un parc abandonné fondé par un serial killer qui ravira les fans d’urbex. C’est surtout un lieu débile et qui ne sert de prétexte qu’à des combats infâmes entre un Cage en pilotage automatique et radicalement muet et des animaux mécaniques, mi-hommes, mi-peluches, qui l’assaillent en proférant des menaces de jouets malsains du type “je pensais qu’on était ami. Je vais te dévorer le visage.” ou ce genre de bêtises. Entre deux bastons, Cage tape dans sa réserve de power drinks, se lime les ongles, joue au flipper et prend des poses plastiques.

Réalisé par Kevin Lewis, un quasi inconnu qui avait signé un drôle de film, déjà, intitulé The Third Nail, avec Chloë Moretz, il y a quinze ans, Willy’s Wonderland est un poil meilleur que Jiu Jitsu, le précédent nanar de l’acteur, mais figure tout de même parmi les 10 ou 15 plus mauvais films de Nicolas Cage. L’image est dégueulasse et le manque de budget est criant sur chaque plan. Les décors sont inexistants. Les “monstres” sont bidons, gagnant à travers ce côté cheap, un aspect réellement flippant. On mettra au crédit de cette série Z, une convergence des luttes entre le Concierge “à la Sergio Leone”, héroïque et silencieux, et un groupe d’adolescents plutôt bien campés, emmené par la ravissante Emily Tosta (laquelle sauve un casting sans grand intérêt). L’objectif pour Cage est évidemment de voir jusqu’à quel point il peut fédérer les générations autour d’un script WTF (le serial killer s’est incarné dans les marionnettes du parc et a passé un marché avec la communauté), tenir un long métrage sur trois fois rien et des ficelles archi codifiées. La musique du film est à cet égard déterminante pour tenir les choses en place et s’avère la vraie bonne surprise de ce ratage.

Composée par un mystérieux Émoi (sur lequel on ne sait rien), la bande originale est totalement psychédélique et dans le ton d’un film écartelé entre la pochade et le film d’horreur. Certaines plages renvoient aux scores à la Carpenter façon Assault On Precinct 13, lugubres et minimalistes, tandis que d’autres versent plus dans la musique épique et grandiloquente. Pendant dix bonnes minutes, on suit une scène de sexe entre adolescents absolument saisissante qui est entrecoupée d’un bazar sonore qui va du hard rock poisseux des années 80, à la new wave façon Human League, à la ro-romance en passant par la chanson d’enfants (monstre). La scène est noyautée d’incises et de détours (on suit d’autres personnages) et se prolonge jusqu’à son point d’orgue, durant lequel les protagonistes se font assaillir. L’intervention “salvatrice” de Cage intervient alors même que tout le monde est déjà mort, tandis qu’Emily Tosta ponctue la scène d’un récurrent “je suis désolé” surréaliste. Le massacre est accompagné d’un épisode musical ronflant et franchement laid qui réapparaît à chaque fois que Cage est à l’oeuvre et mu par une rage surnaturelle. Les animaux mécaniques explosent laissant derrière eux un coulis de graisse et d’huile noirâtre qui imprègne tout.

La BO reprend quelques ritournelles pour enfants assez sublimes telles que Six Little Childrens ou l’entêtant Head Shoulders Knees Toes qui donnent un caractère magique et vraiment terrifiant à l’ensemble. Entre musiques mexicaines, rock FM, country blues et comptines, on navigue dans un univers musical incertain et perturbé qui n’est pas sans rappeler le génie derrière The Ghostrider (référence que le dernier plan du film valide). Ainsi, la BO réussit-elle dans un registre où le film échoue partiellement à nous balader au gré des fantasmes et des dingueries du réalisateur. Bluette, massacre, flash back, dialogue “normal” qui précède l’assaut par une peluche méchatronic…. c’est un festival. La chanson titre Willy’s Wonderland déroulée sur près de 7 minutes est un exemple du dérangement créé ici par une musique à contre temps. Entre les chants d’anniversaire et les morceaux plus denses, Emoi nous propulse dans un univers de dingos et de tueurs consanguins. C’est comme se retrouver à un goûter d’anniversaire morbide, sauf qu’à la fin (et même si on ne sait toujours pas pourquoi Cage s’interrompt en pleine action pour jouer au flipper et boire du power…), le héros remporte la partie et s’engouffre façon cowboy solitaire avec la belle chiquita (de 15 ans – même si l’actrice en a 23, ouf) et démarre en faisant crisser les pneus. Compris ?

Mais qu’est-ce que c’est que ça ?, peut-on se demander. Qu’est-ce que c’est que ça ? Du génie ou du boudin ? Les deux, votre honneur. Nicolas Cage est le dernier héros hollywoodien et cette bande-son nous donne une vue arrière sur son cerveau déjanté. Willy’s Wonderland aurait pu être filmé par Stanley Kubrick et passer pour un remake de Shining. C’est la même merde mais avec un tee-shirt cool à la place de la chemise de bûcheron. Tout ceci est un mirage et n’a jamais existé. De toute façon, il faudrait être complètement furieux pour dépenser 20 euros dans l’achat d’une BO qui n’existe pas. Regarder le film même après l’avoir piraté à l’ancienne est un acte de foi sordide… alors bon…

Tracklist
01. The Birthday Song And Willy’s Jingle
02. Road to Hayesville
03. The Janitor
04. Would You Mind If I Keep You in Mind – Hank and the Bumper Stickers
05. Face Off
06. Pinball Romance
07. Ozzie Ostrich
08. The Bathroom From Hell
09. Clap Your Hands
10. Gus Gorilla
11. Arty Alligator
12. Siren Sara
13. We’re All Friends
14. Super Happy Fun Room
15. It Never Bothered You Before
16. A Dark History
17. Six Little Chickens
18. The Death Anthem
19. Knighty Knight
20. In Town We Knew What Was Happening
21. Cammy Chameleon
22. Head Shoulders Knees Toes
23. Tito Turtle
24. Willy Weasel
25. The Janitor and Liv
26. Just The Way I Roll – Grant Cramer
27. Willy’s Wonderland
Écouter Émoi - Willy's Wonderland

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