Evening Hymns / Heavy Nights
[Shuffling Feet Records]

8.5 Note de l'auteur
8.5

Evening Hymns - Heavy NightsSi le label Kütu Folk ne s’était pas un jour intéressé au cas de Jonas Bonnetta, probablement n’aurions nous jamais entendu la musique d’Evening Hymns. On ne sait trop dans quelles circonstances ceux là sont entrés en contact il y a 10 ans, au-delà de l’Océan Atlantique, mais toujours est-il que les Auvergnats sortaient leur machine à coudre pour confectionner une jolie pochette à la version européenne de Spirit Guides (2010), le premier album du Canadien réalisé via Out Of This Park quelques mois auparavant en Amérique du Nord. Coup de foudre pour ces complaintes brumeuses et petit succès critique grâce à l’engouement de quelques journalistes de Magic, feu la “revue pop moderne”. S’ensuivront deux albums (Spectral Dusk – 2012 et Quiet Energies – 2015) qui permettront de confirmer les qualités de songwriter sensible de Bonnetta. Toujours mélancoliques, jamais apathiques ou pleurnichardes, les compositions d’Evening Hymns restaient à la frontière entre dépouillement acoustique marqué par la scène folk américaine et rock cotonneux.

Et puis, malheureusement, Kütu Records cessait ses activités dans l’indifférence et on perdait le fil de Jonas Bonnetta, sans savoir d’ailleurs qu’il avait pris la voie du Nord pour enregistrer sous son propre nom un album (All This Here) sur le microstructure Idea Of North Recordings (2018). C’est donc une belle surprise que d’apprendre au détour d’une promenade numérique qu’Evening Hymns avait publié un nouvel album – pour une fois que ces satanés algorithmes informatiques nous permettent d’avoir une bonne surprise !

Heavy Nights est ainsi disponible depuis quelques mois quand on glisse enfin dans la platine le disque estampillé Shuffling Feet Records, le label canadien dont le principal fait d’armes, vu d’ici, est d’avoir collaboré avec Andy Shauf.  Instantanément, on reconnaît le timbre de voix si particulier du barbu chantant. Nul doute aussi, on reconnaît aisément sa façon d’évoquer des cathédrales sonores juste en bâtissant les contours. Dans chaque chanson d’Evening Hyms, on entend plus de notes et d’arrangements qu’il n’y en a réellement. Il parvient tellement bien à suggérer de grands espaces entre chaque note que cela confère de la luxuriance à des chansons squelettiques. Évolution notable toutefois par rapport aux albums précédents, Heavy Nights abandonne l’ascétisme folk acoustique pour se parer d’un souffle nouveau. Lorsque s’achève l’album, on a même l’impression d’avoir été emporté dans des volutes psychédéliques ascensionnelles, frisant avec le prog-rock avec pleines d’influences très 80’s. Pourtant, il y a juste un saxophone, un violon, un peu de piano et une formation classique rock basse-guitares-batterie. Ce qui n’empêche pas la chanson-titre ou Pyrenees de résonner comme si un orchestre philharmonique accompagnait Genesis – sans la moindre emphase. Dans un autre registre, You In My Dreams pourrait figurer sur la BO du Grand Bleu 2.0 – sans que cela soit kitsch. Car, souvent, les chansons d’Evening Hyms s’émancipent d’elles mêmes, comme Kiss My Dreams ou  The Days Disintegrating qui d’abord rampe sur un mid-tempo un peu pataud avant de se muer en une envolée lumineuse. Des qualités de transcendance qu’on retrouve chez Andy Shauf (comme par hasard) ou Ryley Walker.

Merci Kütu. Merci Jonas Bonnetta : on peut écouter ton album maintenant que les journées raccourcissent et que l’automne pointe son nez.

Tracklist
01. I Can Only Be Good
02. Heavy Nights
03. Pyrenees
04. The Days Disintegrating
05. You In My Dreams
06. My Drugs, My Dreams
07. Kiss My Dreams
08. Halfway To The Moon
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