Islet / Eyelet
[Fire Records]

7.9 Note de l'auteur
7.9

Islet - EyeletIslet est un groupe Gallois passionnant qui évolue à l’ancienne. Ses trois membres se connaissent depuis longtemps, passent tout leur temps ensemble et partagent même leur maison depuis que Alex Williams a rejoint le couple formé par Mark et Emma Daman Thomas, à Cardiff. Eyelet est leur troisième album et une belle surprise, intime et rythmée, qui évolue quelque part entre les meilleurs disques de Calexico et de Stereolab. C’est un album d’amitié et de réconfort, traversé par des pertes suggestives, des deuils appliqués et dont on se relève plus fort.

Autant dire que la magie est permanente ici, psychédélique, débridée, envoûtante et efficace comme si on assistait à une cérémonie donnée rien que pour nous autour de l’âtre ou du foyer familial. La simplicité apparente des compositions de Islet procure un sentiment de bien-être immédiat, de familiarité et l’idée qu’il y a un lien personnel entre les chansons, leurs auteurs et nous.  Good Grief, par exemple, est une chanson assez merveilleuse, qui hésite, fourmille d’idées, avant de trouver sa voie dans un dédale de possibilités sonores. L’électronique et l’organique se mêlent avec grâce pour suggérer un environnement harmonieux et protecteur, qui n’est pas sans rappeler les expérimentations limpides d’une jeune Björk.

La voix grave de Mark Daman Thomas fait passer Treasure pour une version quasi trip-hop et romantique, chantée à deux voix, de King Krule.  « I’ve been waiting for someone to cherish me, to listen to the miracle inside me. », chante Thomas pour en appeler à la bienveillance et à la consolation. La musique suggère une rencontre entre une poésie pop folk pastorale et une électro quasi ambient qu’on écouterait, un lendemain de gueule de bois, dans une résidence paumée des Baléares. La lumière est vive et des esprits volent autour de la cheminée. Geese est remarquable de précision et de légèreté. La musique d’Islet agit comme un mirage et donne à voir des paysages insoupçonnés. « Be my paradise. » reprend tel un mantra Emma Daman Thomas, comme si la plage était une longue ascension vers les nuages. L’issue, sur la dernière minute trente, est bouleversante.

Mais Eyelet n’est pas fait que d’une matière réflexive et contemplative. Le disque trépigne d’originalité et de rythmes improbables. Sgwylfa Rock est un OVNI et Radel 10 un conte à danser debout. Composé dans une ferme au bout du bout de la campagne Galloise, Eyelet est un disque passionnant par sa richesse, ses ambiances et les différentes textures qu’il propose. Radel 10 a un entrain synth pop formidable. « Does it hurt to feel good ? », interroge la chanteuse. Bien sûr, répond le groupe avant de se lancer dans l’enflammé Clouds. On n’est pas certains de toujours comprendre ce que le groupe essaie d’exprimer mais la proposition est toujours d’une belle richesse et roborative. Moon est un mystère, fait de longs aplats mélancoliques et d’interrogations. De quoi le monde est-il fait ? Que peut-on espérer découvrir en regardant si profond au fond des choses ? La musique d’Islet est pleine de questions, sacrée presque lorsqu’elle croit entrevoir une réponse sur le superbe No Host. Le fantôme de Laetitia Sadier est là indubitablement, gracieux et expérimental. Gyratory Circus nous fait valser une dernière fois, entre les mondes, avec les fées et les songes.

Il y a une beauté irréelle et en même temps un ancrage terrestre et intime qui font de la musique d’Islet une vraie singularité dans l’univers indé actuel. Eyelet agit comme une énigme, dont le caractère passionnant tient autant à ce qu’elle est qu’à ce qu’elle dissimule, aux secrets autour desquels elle tourne et s’enroule, sans pouvoir tout à fait les dévoiler. Cet album est solide et fort comme le vent. C’est une belle réussite et une promesse de lendemains qui chantent pour ce trio unique.

Tracklist
01. Caterpillar
02. Good Grief
03. Treasure
04. Geese
05. Sgwylfa Rock
06. Radel 10
07. Clouds
08. Florist
09. Moon
10. No Host
11. Gyratory Circus
Liens
Le groupe sur Fire Records
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