Jarvis Cocker / Good Pop, Bad Pop, an inventory
[Penguin Books]

8.2 Note de l'auteur
8.2

Jarvis Cocker - Good Pop, Bad Pop, an inventory

Paru chez Penguin Books à la fin du printemps, ce premier ouvrage à caractère autobiographique de Jarvis Cocker, fondateur et taulier d’un Pulp fraîchement reformé, était assez attendu dans l’univers de la pop. Les qualités d’écriture du natif de Sheffield, son (mauvais) esprit et son humour font partie du bagage du chanteur depuis ses débuts et ont prospéré depuis l’émergence publique et médiatique du groupe (à partir de 1994) en le menant de manière répétée devant la presse, en interview, les micros (il a animé un show radio) ou les caméras. Jarvis est un bon client et personne ne doutait qu’on retrouverait dans ce premier ouvrage la verve et l’intelligence qui le caractérisent.

Le livre Good Pop, Bad Pop a été accueilli avec beaucoup de chaleur et s’est imposé comme un des beaux et bons bouquins de l’année. A la lecture, c’est assez mérité tant l’affaire est bien menée, astucieusement conduite, et mêlant, avec le bon dosage, carrière du groupe naissant (Pulp démarre avant la fin des années 80) et souvenirs émouvants du bonhomme. Le livre s’organise de façon plutôt originale autour d’un placard/appartement que le chanteur entreprend de vider et qui abrite, à la manière d’un cabinet de curiosités, ses souvenirs de l’enfance à nos jours. Dans ce « cabinet », Cocker a entreposé ses cahiers d’écolier, de vieux chewing-gums, des flyers, de vieux vêtements de scène ou d’écolier, des plans secrets pour conquérir le monde la pop et tant d’autres choses. Afin de décider s’il les conserve encore un peu ou les fout à la poubelle, Cocker les excave un à un et en raconte l’histoire sur quelques pages, balayant par là-même, dans un ordre vaguement chronologique, sa propre histoire et ses propres secrets. Pour dynamiser le récit, les objets sont évoqués de manière à alterner les exposés anecdotiques et ceux qui sont plus proches de ce qui nous intéresse a priori, à savoir les memorabilia attachés à la genèse musicale de Cocker.

La technique du mausolée est inédite et fonctionne parfaitement. Le livre est émaillé de photos des dits objets et on passe un temps agréable en sa compagnie. Naît de cette exploration de la caverne d’Ali-Jarvis, un parcours assez remarquable émotionnellement et qui mélange la grande et la petite histoire. De fil en aiguille, Cocker en arrive à proposer une double histoire plutôt passionnante : celle d’un jeune homme « à part » qui se construit comme artiste déterminé à percer dans le monde de la musique, avec ses rapports familiaux, ses tocades adolescentes, son caractère, ses petites amies, son environnement proche, ses profs, ses qualités et faiblesses et, parallèlement (parce qu’on est là aussi pour ça), celle qui  expose comment un groupe né entre gamins de 13-14 ans réussit à se frayer un chemin en 1980 jusqu’à Maida Vale pour enregistrer une Peel Session avant de ne ressurgir dans l’oeil public qu’après 13 ou 14 ans de… disette.

Good Pop, Bad Pop présente l’exigence d’un jeune homme à part, dont la détermination et l’acharnement à consacrer sa vie à la musique épatent, les quelques instants de doute qui affectent le leader omnipotent dont les membres tombent les uns après les autres (appelés qui aux études, qui à entrer dans la vie active) et qui continuera à essayer de percer quoi qu’il arrive. Le bouquin couvre les jeunes années de Cocker. Il est à peu près certain qu’il sera prolongé d’une suite puisqu’on arrive bon an mal an autour des années 1983-84 avec ce premier bouquin, soit peu après la sortie du premier album du groupe, It. L’évocation du disque permet à Cocker d’évoquer ce fameux épisode de défenestration qui le cloua sur un lit d’hôpital pendant de longues semaines et allait profondément le marquer. On ne divulgâchera pas l’anecdote (qu’on connaissait sous une bonne demie douzaine de versions) mais cela reste un des grands moments burlesques du bouquin.

Good Pop, Bad Pop est un excellent livre de divertissement. Il est touchant et permet de saisir la façon dont se construit la nature artistique d’un enfant. Tourné à 100% autour de la figure de Jarvis Tout Puissant, il laisse finalement une place assez ténue aux autres figures du groupe ou des groupes puisque les line-up varient (seul Russell Senior a droit à une distinction à son arrivée, tout comme Candida Doyle à peu près au même moment). De manière un peu plus décevante, il en dit assez peu sur l’écriture de Cocker, même si on identifie assez bien, grâce au livre, le moment où Cocker bascule d’une composition abstraite et visant l’universel (poétique, disons) à une doctrine qui le verra prospérer et qui consiste à viser cet universel à travers l’évocation de ce qui se passe autour de lui et des caractères du réel.

Cette approche déterminante et qui sera finalement… vainqueur est peut-être le principal enseignement du livre. On aurait aimé que Cocker évoque des titres précis, des compositions. On trouve dans ses souvenirs cependant pas mal d’oeufs de Pâques qui permettent aux fans de remonter jusqu’aux textes de ses chansons futures. Evocation, par exemple, de la soeur qui reçoit des copains et du garçon qui l’observe depuis le placard. Scène qui rappellera par anticipation la situation célèbre et magique du morceau Babies.

Good Pop, Bad Pop est à l’image de son auteur, un livre un peu mégalo mais brillant, servi par une plume légère, pleine d’humour et sûre de ses effets. C’est une lecture parfaite pour se replonger aussi dans l’enfance et l’adolescence de ces héros nés au milieu des années 60. Contrairement à ses contemporains de succès (Damon Albarn a cinq ans de moins et Liam Gallagher quasiment dix), Cocker accèdera à la notoriété la trentaine bien dépassée avec un sens de l’abnégation et la revanche qui mèneront au ton si singulier et si extralucide de Different Class, son chef d’oeuvre des années 90. On en redemande.

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