Le cœlacanthe de Gordon nage le house papillon

Gordon par Julien MignotRepéré pour son premier ep, Bleu Merle, sorti en début d’année et resignalé par un très bon morceau sur la compil Explorer 1 du label Infiné, le français Gordon (photo : Julien Mignot) est déjà de retour avec un nouvel (et 2ème donc) ep 4 titres, baptisé fort joliment cœlacanthe, qui sortira le 27 novembre.

Si on parle ici de musique instrumentale et de house en particulier, il n’est pas interdit (on serait bête de rater l’occasion) de rappeler, pour ceux qui l’ignorent, que le coelacanthe est un poisson qu’on a longtemps tenu pour disparu avant que n’apparaissent deux espèces survivantes et qui font l’objet aujourd’hui de soins extrêmes. Comme l’explique la page Wikipédia qui leur est consacrée : « Ils constituent un groupe de poissons crossoptérygiens. Ils font partie des vertébrés sarcoptérygiens non tétrapodes. Il en existe de nombreux fossiles et deux espèces vivantes connues du genre Latimeria, le cœlacanthe africain et le cœlacanthe indonésien. Ils n’ont que peu évolué morphologiquement depuis 350 millions d’années et ressemblent aux ancêtres aquatiques des vertébrés terrestres. Ils possèdent une poche de gaz avec des parois épaisses qui est le vestige d’un poumon ancestral utilisé lorsqu’ils vivaient non pas dans les grands fonds, mais en surface, tant dans les eaux marines que douces. Cette caractéristique, ainsi que la forme et le mouvement de ses nageoires l’ont souvent vu qualifier — à tort— de « fossile vivant ». Les espèces encore existantes de ces poissons sont menacées d’extinction. Le premier cœlacanthe a été pêché le long de la côte est-africaine en 1938. Le groupe le plus important — environ 300 individus — vit seulement aux Comores.« 

Quel rapport avec la musique de Gordon me direz-vous ? Pas grand chose à vrai dire même si le troisième morceau de ce ep porte bien ce nom également. Puisqu’on y est toujours (et pour montrer que la musique électronique peut nous apprendre des choses, bah oui, et ne sert pas qu’à accompagner une prise de drogue), signalons que le morceau n°2 s’appelle Aokighara, qui, toujours selon wikipedia,  : »青木ヶ原 est une forêt de 35 km2 qui s’étend à la base du Mont Fuji. Connue sous le nom de Jukai (樹海, littéralement « mer d’arbres »), c’est une forêt à l’histoire encore relativement jeune, datant d’environ 1 200 ans. Aokigahara est connue pour le nombre élevé de morts retrouvés depuis les années 1950, pour la plupart dues à des suicides. »

Donc nous disions, un poisson préhistorique, une forêt magique et un homme orchestre qui officie tantôt comme producteur, DJ ou podcasteur mixeur compileur inspiré. Gordon Shumway a tout pour plaire, n’est pas du style à lancer n’importe quel morceau dans la mêlée et réussit encore une fois un presque sans faute dans un genre, la house « à l’ancienne », où il est très simple de faire dans l’anecdotique ou carrément le repoussant. Coelacanthe ep est un 4 titres qui à cet égard témoigne de la maîtrise du français et de sa capacité à travailler dans un mouchoir de poche technologique, des beats et des sons expressifs, organiques et raffinés. Par delà les références qu’on a citées, la musique de Gordon respire justement la vie, l’attachement à la nature et une forme de symbiose entre les éléments électroniques et l’intention créatrice, humaine et donc biologique.  Notre préférence va à la magnifique séquence Aokighara dont la poésie crépusculaire est  saisissante. Rouge Merle, le dernier morceau, est quant à lui un brûlot house qui marie l’efficacité de l’école de Détroit et les qualités oniriques de la techno britannique. S’il est assez peu probable que la musique de Gordon déplace les foules, le jeune homme construit ep après ep, et presque titre à titre, une œuvre à l’intelligence rare et à la pertinence subjective qui pourrait compter. Il n’y a pas à chercher plus loin, la relève électro est là et bien là.

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