Phil King, l’homme de partout : Lush, Felt, Jesus et le culte indé (partie 1)

Joseph Vilar KingSurnommé le Zelig de l’indie rock pour sa capacité à se retrouver dans les bons coups/groupes qui comptent, Phil King sera à Paris dans quelques jours pour présenter le petit film qu’il a réalisé à partir de ses archives vidéo de Lush. Il sera accompagné le 10 juillet par Emma Anderson, l’une des deux leaders du groupe culte, et l’un des nombreux patrons exigeants, géniaux et parfois dingos que Phil King a croisés durant quarante ans d’une carrière de musicien sans grand équivalent dans le rock indé. L’homme a joué avec Felt, avec Lush mais aussi pendant plus d’une décennie au sein du Jesus and Mary Chain. Phil King a dernièrement travaillé avec un nouveau groupe Population 5. Pour n’importe quel fan, le bassiste anglais est l’homme qui a vu l’ours qui a vu la pop star, homme de partout et musicien aussi discret qu’efficace : il revient avec nous sur son itinéraire exceptionnel dans cet interview estivale XXL en plusieurs parties. On démarre par un échange sur… Lush.

English version below.

Partie 1 : Lush Time

Vous serez à Paris dans quelques semaines pour présenter Lush: A Far From Home Movie, un remarquable documentaire moyen métrage en Super 8 sur Lush. L’accueil a été fantastique à Londres. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus.

Oui, ça a été assez incroyable à Londres. Le spectacle était sold out à The Social. De nombreux fans de Lush et aussi beaucoup de vieux amis à moi étaient là. C’était une expérience très positive. J’espère qu’on aura cette ambiance là à Paris.

L’origine de ce film c’est que, durant mon passage dans le groupe, c’est-à-dire entre fin 1992 et la séparation du groupe en 1996, je me baladais avec ma fidèle caméra japonaise Sakyo Super 8 partout avec moi et partout où on allait. En tournée, sur les séances photos, les tournages de clip, en studio, etc. Je tournais en mode silencieux à l’aide de cartouche super 8. Comme ces cartouches n’étaient pas données et que je les achetais moi-même, je tournais avec parcimonie, assez peu. Il y a beaucoup de scènes qui sont prises sur le vif, sans aucun retraitement et comme je les ai filmées à l’époque. Le but à la base sur ce type de matériel, c’était de faire des projections chez soi, dans son canapé et c’est pour cela que j’ai appelé ce film « home movie ». A la mort de Chris, quand le groupe s’est séparé, tout ce qui était associé à l’histoire de Lush a été pour moi associé à la tragédie du suicide de notre ami. Alors j’ai rangé toutes ces cartouches dans un tiroir et elles y sont restées pendant des années et des années.

Le film exprime parfaitement ce qui fait que Lush est resté un groupe spécial au fil des années : un sorte de « groupe next door », comme un film de famille, mais en même temps un groupe avec une vision artistique avancée et précise. Le film a de faux airs de Wim Wenders ou de Chris Marker. Cela vous a pris longtemps de travailler sur tout ce matériel ? 

A la fin des années 90, j’ai transféré les cartouches super 8 en vidéo. Oui, ça fait un sacré bail. Et j’ai commencé à les éditer pour en faire un petit film en utilisant la musique de Lush comme bande originale. Et puis… c’est retourné dans mon tiroir…

En 2006, c’était le 10ème anniversaire de la mort de Chris et il y a eu une sorte de réunion de sa famille et de ses amis dans le Lake District d’où est originaire Chris. A ce moment, j’étais équipé d’un Mac avec dessus Final Cut Pro, alors j’ai transféré la vidéo puis édité celle-ci avec l’ordinateur. Et j’ai fait une copie en DVD du résultat. Je l’ai montré à l’occasion de ce regroupement et ça a été très apprécié. Et le montage a fini une nouvelle fois au placard.

Ensuite, juste après, il y a eu des échanges au sujet d’un documentaire sur Lush, avec un réalisateur américain appelé Grover Richardson III. Tout le matériel a été de nouveau transféré en digital à Hollywood pendant que j’étais moi-même en tournée avec le Jesus and Mary Chain. C’était en 2007 et on passait notamment par Coachella à ce moment là. Finalement, ça n’a rien donné et les images se sont de nouveau endormies pendant les 15 années qui ont suivi.

Et puis, il y a quelques années, j’ai croisé un producteur de films américain à Paris, Brian Gates, qui se trouvait être un fan de Lush. Et il m’a proposé de retravailler avec moi sur le film, en utilisant le montage original en guise de pivot. Je lui ai suggéré d’ajouter plus de matière (le film faisait autour de 25 minutes à l’origine). On a donc ajouté Lovelife au début et Light From A Dead Star vers la fin. Je voulais aussi que le film soit plus dynamique et joyeux. Au départ le fimm se terminait sur la chanson de Lush When I Die avec des images de Chris en train de dormir ou de faire semblant. J’ai mis la main sur des images tournées par un fan de Chris fêtant son 30ème anniversaire, six semaines avant sa mort, sur scène au Fillmore de San Francisco. Il y avait deux sosies d’Elvis qui chantaient Bon Anniversaire, un gars et une fille (Chris était un fan d’Elvis), et le public aussi. J’ai ajouté ce film de fan et des images super 8 que j’avais tournées et on a terminé le film de cette manière, en une forme d’hommage que j’ai considéré approprié à Chris.

Phil King par Danny Weinstein

C’est un film sur l’ennui, la jeunesse, le voyage et la musique. Ce qui est amusant c’est que c’est un film qui procure beaucoup d’émotion tout en étant un film muet, avec assez peu d’effets et de musique, et sur un format plutôt ramassé. Ce film a une âme. Comme s’il était habité. Est-ce que vous avez été surpris en revoyant les images sur le côté onirique du résultat. C’est un film spirite, nostalgique, si doux et empli de beauté. Il y a beaucoup de légèreté. On y retrouve aussi le sens de la liberté et du mouvement des films de la Nouvelle Vague… Ça ressemble à Lush non ?

 Oui, cela reflète l’esprit de cette période d’avant les réseaux sociaux, l’internet, les téléphones portables. L’innocence de l’avant 11 septembre aussi, certains ont remarqué. Le noir et blanc ajoute à cette impression d’un film nostalgique et il y a le recours à la musique bien sûr. J’ai volontairement sélectionné les morceaux de Lush qui avaient le tempo le plus lent, l’allure la plus triste et qui colleraient aux images. Il y avait une certaine excitation au sein du groupe dans le bus de tournée, mais aussi de grands moments d’étrangeté, de distance, comme si on voyageait dans un sous-marin. On vivait dans notre bulle, dans notre petit monde, avec nos blagues, nos phrases cultes, nos expériences communes. En ces temps là, on communiquait avec nos proches en leur envoyant des cartes postales car les coups de fil longue distance étaient un vrai luxe. La photographe Valerie Philipps a vu le film à Londres et elle a trouvé à juste titre que c’était un film « très beau mais aussi très… solitaire ». Un film seul. Bien que nous ayons formé un groupe à l’époque, on avait tout de même ce sentiment que chacun de nous résidait sur son île déserte, comme pour se protéger. A titre personnel, je suis très attaché à mon espace intime. Souvent, après avoir passé autant de tant dans un bus avec une dizaine de personnes, j’avais besoin de couper un peu. Je partais seul pour explorer la ville, parfois avec Chris comme on le voit dans le film. 

Vous mentionnez la Nouvelle Vague. Je me souviens d’avoir assisté au cinéma Everyman in Hampstead (Londres) à une projection d’A Bout De Souffle au milieu des années 80 et j’avais été stupéfié par la vivacité du montage mais aussi par le grain de l’image. Cela m’a fortement influencé, tout comme m’a influencé le travail photographique de Pennie Smith sur les Clash, durant leur tournée américaine dans les années 70. J’avais vu ces images dans le NME à l’époque. Mais ils avaient imprimé les photos en grand format dans les bureaux pour les regarder, lorsque je travaillais pour le magazine, juste avant de rejoindre Lush. Son travail rendait le groupe si excitant, si cool aussi. Et on y retrouvait aussi de nombreux marqueurs classiques de l’Amérique : de vieilles voitures, des néons… J’ai repris tout ça.

J’ai aussi été inspiré par le film expérimental de Maya Deren, réalisé en 1943, Meshes of The Afternoon. Un film bref mais infiniment magique et hanté. Il y avait aussi un documentaire du photographe de mode Bruce Weber sur Chet Baker, Let’s Get Lost. Sur ce projet, le point commun est que l’issue tragique du « sujet » n’était pas connue du réalisateur au moment du tournage, puisque Baker est tombé d’un balcon à Amsterdam et a trouvé la mort l’année où le film a été réalisé en 1988. Il avait un talent infini cela va sans dire.

Est-ce que vous diriez que ces tournées (ce n’était pas les premières auxquelles vous participiez, on en parlera) constituent de bons souvenirs pour vous aujourd’hui ?

Jusqu’en 1996, j’ai bien aimé tourner – notamment aux Etats-Unis – même si je dois avouer comme Chris et Emma, j’ai moi aussi pensé quitter le groupe en 1994. J’ai découvert que Chris y pensait à travers une interview du NME et Emma plus récemment. A ce moment là, nous avions un nouveau management qui nous poussait à tourner et à conquérir l’Amérique. Notre ancien manageur, dont on s’était séparés, avait tenté de nous emmener dans cette direction : mettre le feu à l’Amérique. Malgré l’explosion brit pop et la visibilité nouvelle de notre label, et le succès de Menswear, il en était arrivé à la conclusion que cet objectif était impossible. Le nouveau manager a considéré que nous avions une relation facilitatrice avec notre label aux Etats-Unis, lequel avait un public fidèle et stable là-bas, et était persuadé qu’il y avait quelque chose à faire. Ils ont voulu nous emmener à « l’échelon du dessus ». Même si, au fond de nous, comme l’a dit le journaliste Ted Kessler dans une interview récente pour New Cue, avec Emma et moi, nous étions toujours un groupe d’art rock. On allait jamais atteindre cet échelon mythique. Jamais. Et c’est ce qui nous a amené à la rupture. Nous étions comme des hamsters dans une roue. Ajoutez à cela qu’on a commencé à ce moment là à rencontrer un début de succès dans les charts britanniques. Alors que par le passé, tourner aux Etats-Unis nous servait d’échappatoire, s’y lancer nous donnait l’impression qu’on ignorait l’Angleterre et le reste de l’Europe. Par exemple, on a fait très peu de festivals en Europe cet été là pour se concentrer sur des festivals associés aux radios américaines, parce qu’on pensait que si on ne les faisait pas, ils ne joueraient pas nos morceaux. On se retrouvait d’ailleurs en lice avec des groupes bizarres comme The Spin Doctors, et des concerts avec The Gin Blossoms et les Goo Goo Dolls. Sur ces festivals, le public ne payait l’entrée que quelques dollars et s’ils n’aimaient pas ce qu’ils voyaient, ils se mettaient à jeter des choses sur le groupe et les musiciens. J’avais fait une entrée dans mon journal répertoriant tout ce qui nous avait été jeté à la figure durant le festival The Edgefest à Houston, en avril 1996 : des glaçons, de la crème solaire (sur les pieds d’Emma, avec le tube sur le côté), des gobelets, des casquettes de baseball, un chapeau de paille (lancé comme un frisbee depuis le public et qui a presque atterri sur ma tête), un sac à mains ours en peluche noir contenant des clés, du maquillage, une montre et un peu de monnaie.  Sur les pelouses, ils balançaient aussi des boîtes de pizza et des assiettes en papier. On nous a expliqué que c’était ainsi qu’ils se comportaient au Texas quand ils vous aimaient bien. Je n’en suis pas certain !

On a fait un autre festival où on a découvert que la radio alternative qui avait monté l’événement avait entre temps été rachetée par une radio jazz qui du coup, n’avait plus aucune intention de passer nos morceaux pour les ondes. On a joué dans un club à Raleigh, en Caroline, où personne, mais vraiment personne, n’est venu. Lorsqu’on a repris l’avion le lendemain, on a croisé des fans de Lush qui ne savaient même pas qu’il y avait un concert la veille parce que la station de radio qui avait parrainé et organisé l’événement n’avait fait aucune pub sur le concert. On a ouvert pour The Gin Blossoms mais leur dernier album ne s’était pas vendu si bien que ça et du coup les concerts avaient été rabaissé sur des salles plus petites que celles pour lesquelles nous étions tête d’affiche avant… Nos fans avaient du mal à venir dans ces salles qui étaient hyper sécurisées et comme on jouait super tôt, ils manquaient souvent une grande partie de notre set. Quand The Gin Blossoms jouaient dans des salles plus grandes, c’était presque toujours des salles avec un public assis avec un public qui se comportait comme s’il allait voir un film, avec des popcorn entre les cuisses et des gobelets géants sur les genoux.

La dernière année, on a fait une tournée d’échauffement au Royaume Uni, en jouant principalement dans les facs et les pubs (on résidait dans des bed and breakfast alors que le groupe de 1ère partie était… à l’hôtel), et puis on a été tête d’affiche de 4AD aux Etats-Unis, puis on y est encore retournés pour cette tournée des festivals radio. On était même sensés y retourner encore ensuite mais on en avait soupé….

Quel est votre album de Lush préféré ?

Je dirais Split. La gestation a été longue et difficile. Enregistrement à Rockfield au Pays de Galles, bien mixage et avec le producteur Mike Hedges dans son château en France, sur la même console récupérée depuis Abbey Road où Dark Side of The Moon a été fait. Et enfin nouveau mixage par Alan Moulder à Londres. C’est un disque sombre et un peu triste. Il y a une vraie homogénéité dans le son et un climat très cohérent, qui témoigne de la manière dont nous étions animés, presque possédés, lorsque nous jouions sur scène. Emma et moi sommes d’accord pour penser qu’on aurait peut-être dû s’arrêter après ce disque. Lovelife était plus un album qui semblait destiné à monter en gamme, à atteindre un certain succès. Et je trouve que les faces B sont plus intéressantes que les morceaux de l’album. Et comme il y a eu tellement de formats, je peux vous dire qu’il y avait un paquet de faces

 Le film est dédié à la mémoire de Chris Acland. Sa mort a été un événement traumatique. Vous pouvez nous dire un petit mot sur Chris. C’était un élément important du son de Lush, non ?

Il était le ciment du groupe. C’est peut-être pour ça qu’on a pas tenu très longtemps lorsqu’on s’est reformés. Mais bon… il y avait aussi tellement d’autres choses. L’humour de Chris rendait les choses plus légères pendant toute l’existence de Lush. Il était charmant, drôle, très vif d’esprit et intelligent, en plus d’être un super batteur. C’est un peu cliché mais en fait, on aurait pu dire que c’était le genre de personne que vous n’auriez imaginé à aucun moment commettre un suicide. Le dernier auquel vous auriez pensé. Et pourtant…

Vous arrivez au sein du groupe en 1992, quand Steve Rippon s’en va. C’est le bon moment en fait. Vous arrivez pour jouer Lollapalooza et puis pour l’enregistrement de Split justement, qui est un disque grandiose. Est-ce que vous connaissiez le groupe, via 4AD peut-être, avant de jouer avec eux.

 Avant de rejoindre Lush, je n’avais aucun lien avec 4AD. J’étais plutôt un gars de chez Creation Records. J’avais vu l’un de leur premiers concerts au sous-bassement du White Horse Pub à West Hampstead. En décembre 1988. Ils ouvraient pour East Village. Il y avait un escalier en colimaçon qui descendait au sous-bassement et tout ce dont je me souviens c’est que les filles passaient leur temps à pouffer de rire entre les morceaux. La fois suivante où je les ai vues, c’était un an plus tard, en première partie de House of Love au Town and Country Club à Kentish Town et ensuite, une autre fois au même endroit, en 1ère partie d’un des derniers concerts de Felt. A ce moment là, le groupe sonnait beaucoup plus pro. Et enfin, la dernière fois où je les ai vues avant d’intégrer le groupe, c’était alors que je travaillais pour le NME. Il m’arrivait de croiser Emma d’ailleurs qui venait au bureau pour apporter ses disques au responsable promo Jeff Barratt. Cette dernière fois, c’était au Tabernacle à Ladbroke Grove, avec Gallon Drunk et Stereolab en 1ère partie. Le concert était super mais j’ai compris qu’ils avaient traversé une période difficile et que le groupe avait été à deux doigts d’exploser un peu avant. Et puis il y a eu aussi une dernière fois qui était en fait le dernier concert de Steve Rippon. Lush ouvrait pour Ride à ULU. En décembre 1991, trois ans après quasiment après les avoir vus pour la première fois.

Quelle était votre place dans le groupe ? Vous participiez activement à la composition ?

Et bien, à part l’intro à la basse de Light From A Dead Star, la fin de Never Never, la basse sur Invisible Man et deux faces B instrumentales que j’ai écrites à la fin de la vie du groupe (Cul de Sac et Matador), on peut dire que mon impact créatif sur la musique de Lush a été assez proche de zéro ! Ce n’était pas mon rôle car Miki et Emma écrivaient toutes les chances, avec toutes les parties pour chaque instrument sur des cassettes démo Portastudios. Pour être honnête, à cette période, je n’avais pas spécialement envie d’écrire des chansons. Ce n’était pas ce pour quoi j’étais là. Je veux néanmoins penser que la manière dont je joue de la basse avait son importance et a amené une certaine personnalité, une profondeur, un petit quelque chose dans le son du groupe.

Qu’est-ce qui fait selon vous que Lush a laissé une telle impression sur les fans ? C’est un groupe d’émotion, qui a traversé les décennies. Il n’y a pas tant de groupes que ça dont les gens se souviennent avec autant de vigueur. Comment vous l’expliquez ? 

C’est une question intéressante. Je me la suis posée récemment lorsque je suis allé voir Pulp à Primavera à Porto. Le show était super, spécialement Jarvis bien sûr, mais c’était avant tout un spectacle très nostalgique parce qu’avec des chansons qui ont été très très populaires à l’époque comme Common People etc, on est immédiatement ramenés à cette culture du milieu des années 90. Avec Lush, on n’a jamais eu un tel succès, à part peut-être quelques frémissements vers la fin, du coup, les gens qui nous aiment ont vraiment un rapport personnel à ce qu’on était et ce qu’on faisait, parce que ce n’était pas une musique qui leur était apportée sur un plateau mais qu’ils étaient allés découvrir, vers laquelle ils étaient allés et qui est devenu pour eux comme « un secret bien gardé ». Il y a aussi un public nouveau et plus jeune qui nous découvre. Ma fille Grace, qui a 15 ans, est dans une période Slowdive. Et j’essaie de lui dire qu’il faut qu’elle aille découvrir Lush !

Phil King, The Man Who Has Been Everywhere – Lush, Felt, Jesus and the indie church

Lush par Sandy Fleming

Known as the Indie Zelig, from Woody Allen’s film, Phil King will be with singer and musician Emma Anderson in Paris in a few weeks to show the short film documentary he did from his Super 8 Lush footage shot when part of the band. Emma Anderson was with Miki Berenyi one of the numerous « bosses » Phil King has played for and with, on a fantastic and unique 40 year old career. The Man has played with Felt, with Lush and also for something like a decade with The Jesus and Mary Chain. He is, for all those reasons, a man you dont meet every day and a legend who doesn’t dare to say its name ! Lately he also played with a new portuguese band (he lives there now) named Population 5 for another great LP. We cant help thinking about him when listening to Jarvis’ Live Bed Show :

This man has seen it all
From the first time to the last
The silences of now
And the good times of the past
(…)
Mind you, that was so long ago
And things where very different then.

It is our XXL summer interview. And we shared some quality time with Phil King, spanning his personal adventures in indie rock and starting with some thoughts about how good Lush was and how fresh they still sound.

Part 1 : Lush Time

You’ll be in Paris in a few weeks to show Lush A Far From Home Movie a remarkable Super 8 footage documentary about Lush. Reception in London was amazing. Can you tell us a bit more about it ?

Yes, the reception for the film was fantastic in London. It was a sold out show at The Social. Lots of Lush fans and old friends came. It was a very positive experience. I am hoping the same for Paris.

The film came about because while I was in Lush from the end of 1992 to the end of the group in 1996 I took my trusty Japanese Sakyo Super 8 camera with me nearly everywhere we went – on tour, photo shoots, videos, recording studios etc etc. I shot on silent b/w Super 8 film cartridges and because it wasn’t cheap – and I was paying for it myself – I shot very sparingly. A lot of the footage is very much as it came out of the camera once processed. I never thought of it as something that would be every shown in front of an audience. The medium was for it to be shown at home – ‘home movie’ as it says in the title of the film. Once Chris died – and the group ended – any memories of Lush were just tied up with the tragedy of Chris’ death – so I just put it in a drawer – and there it stayed for a few years.

 The film carries what makes Lush such a special band in time : something between a group next door, family footage and an acute artistic vision remembering me of Wim Wenders and Chris Marker. Did you work on it for long – and for a long time ?

 Towards the end of the ‘90s I got the Super 8 footage transferred to video – yes, that long ago – and edited that down into a short film using Lush music as the soundtrack. Then back in the drawer it went.

2006 was the tenth anniversary of Chris’ death and there was a meet up with family and friends in the Lake District where Chris was from. By that time I had a Mac computer with Final Cut Pro on it – so digitally transferred the video and edited it again by computer – and then made a DVD copy of it. It got shown and went down well – and then went back in the drawer.

Soon after there was talk of a Lush documentary – with an American film maker called Grover Richardson III – and we got all the Super 8 footage digitally transferred in Hollywood while I was on the Jesus & Mary Chain reunion tour playing Coachella in 2007. This came to nothing – and all the footage then sat on a hard drive for the next 15 years.

Then a few years ago I met an American film editor here in Porto called Brian Gates – who was a fan of Lush – and he offered to edit the film for me – using the original edit as the template. I also got him to add some more footage – as it was originally only about 25 minutes long – so added Lovelife at the start and Light From A Dead Star towards the end. Also I wanted the ending of the film to be a bit more upbeat – as the film ended before with the Lush song When I Die with footage of Chris, sleeping – or pretending to. I found some fan footage of Chris celebrating his 30th birthday – just six weeks before he died – onstage at the Fillmore in San Francisco – being serenaded Happy Birthday by two Elvis impersonators – male and female (Chris was a big fan of Elvis) – and by the audience too. I incorporated the video fan footage and some Super 8 film footage I shot as well – and ended the film this way – as I hope a fitting tribute to Chris.

It is a movie about boredom, youth, travelling and music. What’s funny is it brings and carries so much emotion without a single word, not much musical effects and in such a small format. It is a short movie with a soul. A spirit. Were you surprised when you’ve started to work on the material with the dreamy feeling it inspires ? It’s ghostly, nostalgic and so smooth and beautiful… So much lightness in filming. A nouvelle vague feeling of freedom. What is what Lush was about ?

It does very much capture that period before social media, the internet, mobile phones. Pre 9/11 innocence one person has even said of it. The black and white film stock only adds to that feeling of nostalgia – and the music helps very much too of course. I purposely picked the moodier, slower tempoed Lush songs that would fit with the imagery.  Being on a tour bus was an exciting, but at times eerie submarine existence. We were very much in our own little bubble, our own world, with our jokes and catchphrases – and shared experiences. We communciated with loved ones far away mostly by postcards – as even making long distance calls home was a luxury. Photographer Valerie Phillips saw the London showing of the film and hit the nail on the head when she it was ‘very beautiful – but lonely.’ Although we were by nature a group, it did feel like we were all on our own little islands as a way of self preservation. I am by nature a very private person, and need my own space – and having being cooped up on a tour bus with nearly a dozen people – once I got off it I would often explore the city, sometimes with Chris for company – as can be seen in the film.

Lush par Andrew Catlin

You mentioning Nouvelle Vague….I remember seeing a new print of Breathless as the Everyman in Hampstead in the mid eighties – and was blown out by the editing of course – but most of all by the graininess of it. That influenced me – as did Pennie Smith’s photos of The Clash on tour in the US in the late 70s. Not only did I see those images in the NME at the time – but they had the large format prints in the files in the office to look at when I worked there before I joined Lush. She made it look all so exciting – and very cool of course – and there was lots of classic American iconography in them – old cars, neon signs etc etc – which I took on board.

Also I was very influenced by Maya Deren’s 1943 experimental film Meshes Of The Afternoon – a very magical and haunting short. Also a documentary on Chet Baker by fashion photographer Bruce Weber – called Let’s Get Lost. The subject of that film also unknowingly at the time of filming ended up dying tragically – by falling off a balcony to his death in Amsterdam the same year the film was released – in 1988. He was a very talented musician too of course.

Would you say those tours (it was not your first ones we’ll talk about it later) were happy memories for you ? 

Up until 1996 I enjoyed the touring – especially in the US – although saying that I did think of leaving in 1994 as did Chris and Emma – Chris I only found out about while doing an NME interview at the time, Emma more recently – but we then had new management who pushed harder for us to succeed in the US. Our old manager, who we had split with, had in the past been all about us breaking America – but then with the rise of Brit Pop focused on his UK label – and the group on it Menswear – as even he realised how almost impossible that goal was. Our new management saw we had a good relationship with our record label in the US – and had a steady and loyal audience there – and wanted us to build on that. They wanted to take us to the ‘next level’ – but at heart, as journalist Ted Kessler said in a recent New Cue interview Emma and I did, we were an ‘art rock’ band – and were never going to get to that mythical next level – and that is what I think probably broke us. One felt like a hamster on a wheel. Also the fact that we were at last starting to have a modicum of chart success in the UK –  so whereas in the past going to the US seemed like an escape, it now seemed like we were ignoring UK and the rest of Europe. For example we played very few European festivals that summer – but instead focused on US radio festival bills that we only played because if we didn’t they wouldn’t play our records. We would be on those bills with very unsuitable bands like The Spin Doctors – and also doing shows with The Gin Blossoms and The Goo Goo Dolls. At these festival shows the audience would pay a few dollars entrance fee – and if they didn’t enjoy one’s performance would show their unappreciation by throwing stuff at the bands. I actually made a note in my diary of things that were thrown at us one show – at The Edgefest in Houston,Texas in April 1996 : ’ice cubes, sun cream lotion (landing on Emma’s foot, the tube nearby), empty beakers, baseball caps, a straw hat (frisbeed out of the crowd and which nearly landed on my head) and a black bear furry haversack containing someone’s front door keys, make-up, a watch and some small change. Up on the lawns they were throwing around pizza boxes and paper plates. We were told it meant that they liked you in Texas. Hmmm, not so sure about that’.

Another festival show we did we got there to find out that the alternative radio station WNRQ that had sponsored the festival had been bought out by a jazz station and that it was no longer a radio festival show – so we definitely wouldn’t be getting airplays from that anyway.

We also played a show in a club in Raleigh, Carolina where just about no one turned up. When we got to the airport the next morning we happened to meet some Lush fans who didn’t know anything about the show – as the radio station sponsoring it hadn’t even advertised it.

The shows we did with The Gin Blossoms were as the support act – but their latest album hadn’t sold well and some of the shows had been downsized to venues where we had headlined before – and our fans has problems getting into the shows – as the security was over eager – and we were on far too early – so they ended up missing most of our set. The larger shows we played with them were seated and the audience acted like they were going to a film show – with popcorn and big beakers of drinks.

That last year we did one warm up tour of the UK, playing mainly universities and pubs (and staying in bed and breakfasts – whereas the support act were on a major label and stayed in hotels), then we did a 4AD headlining tour in the US, then went back for that aforementioned radio festival tour. There was even talk of us going back later in the year to play bowling alleys. No wonder we had enough.

Which is your favorite Lush LP ?

I would say Split is my favourite Lush album. Although it’s gestation period was long and arduous – recording at Rockfield in Wales, then mixed at producer Mike Hedges château in France (note : Château de la Rouge Motte in Normandy) – on the same Abbey Road desk that Dark Side Of The Moon was made on – and then remixed again in London by Alan Moulder. It’s suitably dark and moody – and there is an evenness of sound and mood to it – and shows we were a well howned live act by then. Emma and I are in agreement that we should have maybe have ended the group after that. Lovelife was just an album that seemed to be chasing success – and the b-side are actually more interesting than what was on the album – and because there were so many format there were a lot of them – and we were more relaxed and having fun making that music.

The film is dedicated to the memory of Chris Acland. It was of course a traumatic event.

Can you tell us a word about Chris ? He was important part of Lush sound, wasn’t he ?

Chris was the glue that kept us together. Maybe that was one of the reason we didn’t last long when we reformed. Saying that, there were a lot of other factors at play too. Chris’ humour lightened our load throughout Lush. He was a lovely funny man – very quick witted and clever – and a great drummer too. It’s such a cliche to say that he was the last person who you would imagine would take his own life – but it was really true.

You step in around 92 when Steve Rippon quits. It is the perfect time I guess. You play Lollapalooza and then takes part to the recording of Split which a remarkable LP. Did you know the band through 4AD before you went to play with them ?

Before I joined Lush I had no involvement at all with 4AD. I was more of a Creation person. I did see one of their early shows in the basement of The White Horse pub in West Hampstead – in December 1988. They were supporting East Village. There was a spiral staircase that led down into the basement and all I remember of their show was a lot of girlish giggling between the songs. The next time I saw them live was almost a year later supporting House Of Love at the Town & Country Club in Kentish Town– and again in Kentish Town about a week later supporting Felt on one of their last shows. By then they were a lot more professional sounding. The last time I saw them before I joined was when I was still working at the NME – where I used to see Emma when she came into the office delivering records for Jeff Barratt’s PR company – when I went to see them play at the Tabernacle in Ladbroke Grove – with Gallon Drunk and Stereolab supporting. The gig sounded fine to me – but I understand they had such a bad time they almost split up after it. The final gig I saw before I started playing with them I had already joined but it was Steve Rippon’s final show – supporting Ride at ULU in December 1991 – three years to the month that I had first seen them play live in West Hampstead.

What was your creative impact in the band ? How did you work as a band in the studio ?

Apart from the bass intro to Light From A Dead Star, the end section of Never Never, the bass on Invisible Man – and the two instrumental b-sides I wrote towards the end of the band’s career – Cul De Sac and Matador – I had no part in the creative input of Lush – as Miki and Emma wrote the songs with all the parts at home as demos on their cassette Portastudios. To be honest though, during that period I had no real inclination to write songs anyway. I like to thing that that my bass playing did add a certain weight to their sound though.

Why do you think Lush did leave such an imprint on fans ? There is a very emotional bond which has crossed decades. Not many bands have survived in people’s memory through the years with this vigor. How do you explain this ?

 It’s interesting as I went to see Pulp play recently here at Primavera in Porto. They put on a great show – especially Jarvis – but it did feel very nostalgic – because songs like Common People were so successful and such a part of mid 90s culture. Whereas Lush didn’t have that kind of success – apart from fleetingly towards the end – so I think that people that like us really like us it is so much more personal to them – as they searched us out – and we are their well kept secret. Also a new young audience is discovering us too. For example, my daughter Grace aged 15 is into Slowdive. I am still trying to get her into Lush. 😉

Toutes les photos reproduites avec la permission de Phil King. Photo d’illustration principale : Joseph Vilar King. then Danny Weinstein (pic 2), Sandy Fleming (pic 3 – english version) and Andrew Catlin for Lush promo.

Partie 2

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