Le Couleur / Comme dans un penthouse
[Lisbon Lux Records]

7.4 Note de l'auteur
7.4

Le Couleur - Comme dans un penthouseMaison, nom féminin. Logis au masculin. Cet endroit ayant inspiré tant de ces albums qu’on désigne à thème ou conceptuels, soit la plus rare des catégories. Pas plus tard qu’il y a quelques jours, on était convié à la Maison Alfort de Florent Marchet, suite à sa Garden Party. Bref, on s’attend à un amusant exercice de style de Le Couleur, avec un titre aussi étrange que Comme dans un penthouse. On démarre la voiture, le 3ème album des canadiens se met en route…

Porno-choc

… Descendons l’Autobahn en Tesla, et non en Kraftwerk. Il fait vraiment bon et vaporeux. La voix de Laurence Giroux-Do n’a jamais autant rappelé L’Impératrice Florence Benguigui. Cela vaut aussi pour la musique, d’ailleurs. On écoute parler l’autoradio : « Rien ne peut arrêter l’euphorie / Le décor, on s’en moque aussi / Nous serons pornographes d’un crash / Autobahn / Toujours en route vers les montagnes« . Les paroles sont d’une impétuosité solaire, joliment érotique. L’écriture n’est pas toujours de ce tenant, mais elle se situe à quelques milliers de siècles-lumières de celle de Paupière qu’on ferme sur la route, par excitation du défi. Puis on se lance À la rencontre de Barbara – enfin, pas vraiment – on l’avait entrevue pour la première fois sur P.O.P (2016), leur premier album – et c’est un peu la déception, de retrouver cette Carmen Sandiego fatale dans une ambiance noire. Après le sexe (et sa petite mort), on demande l’Addiction, et Giroux-Do nous remémore superbement Mylène Farmer. On sentirait presque l’Alizée venter sa voix. Ce n’est plus que dans cette synthpop de niche, que l’on a encore la chance de trouver une plume mutine dans la chanson. Mutine, mais jamais à l’abri du tragique.

Il est néanmoins dommage que l’album, après cette entrée en matière, s’affadisse quelque peu. On retrouve Au 44e étage… Invisible touch non plus Phil Collins comme occupant, mais un Sébastien Tellier nu comme un ver en charentaises. Son dernier album s’arquant lui aussi autour de l’espace ménager, Domesticated, a probablement influencé le trio lors de la fabrication, l’Art of Noise auquel on pense aussi. Comme indiqué sur la notice, la pièce Moderne, transgressive et excessive est : rétro, soumise et tempérée. Il y a une saveur toute canadienne non pas seulement dans l’accent du chant, mais dans l’écriture, plus fantaisiste et à l’ouest, au Québec.

Comme un bungalow dans l’eau

C’est tout comme si les rêves se voyaient nimbés d’anthracite. Nous nous situons dans un monde utilitaire mais de luxe, dangereusement attirant ; un panoptique de verre et de métal où la toute transparence opacifie les âmes. L’écriture reste malheureusement trop elliptique, trop émincée et aléatoire dans ses choix, mais la précision de certains détails a priori anodins nous étonne, conférant à celle-ci un aspect gelé, jeté à froid. On pense donc à l’ambiance verglacée de films et livres où psyché, argent et violence s’entremêlent, comme Crash de J. G. Ballard / David Cronenberg et Cosmopolis de Don DeLillo / encore Cronenberg, mais aussi à Mulholland Drive. Mais à cette ambiance, il faut rajouter l’espièglerie pop et le sens du clinquant du groupe allégeant l’ensemble. Il serait même plus fidèle de rapprocher l’album à certains films fantasques de Guillaume Nicloux, notamment ceux avec Michel Houellebecq, l’acteur (L’enlèvement de Michel Houellebecq, Thalasso) plus que le romancier (mais aussi chanteur grâce à… roulement de tambour…), auquel on pense aussi, mais restant une comparaison incomplète si elle en restait à ses livres. Et hop, la joie des interconnexions neuronales se faisant, on rapproche Le Couleur à Bertrand Burgalat sur une musique de Yelle, oui. Ça nous bourre bien le mou, tout ça.

Oui, cet album ressemble à un American Psycho à la rose, rose bonbon. Ce n’est plus l’écriture des paroles en soi, mais l’ambiance dont nous parlons. Le refrain anglais des Sentiments nouveaux qu’on éprouve pour l’appart rappelle ceux de Je t’aime Mélancolie de Farmer, encore une fois. On appréciera par contre l’architecture 80’s néo-baroque du Penthouse, aux sonorités à la Oliver, conférant un certain romantisme porno-chic et italo disco. Des groupes français comme ConcordskiLe Vertigo ou La Poison ont beaucoup à apprendre de Le Couleur pour s’épaissir. On s’attriste que la visite soit aussi courte, le label ayant cette fâcheuse tendance à proposer des versions plus longues aux occupants les plus tardifs. Ceci n’empêchera pas de laisser quelques étoiles et un commentaire agréable sur AirBnb.

Tracklist
01. Autobahn
02. Addiction
03. À la rencontre de Barbara (feat. Standard Emmanuel)
04. Pourquoi pas
05. Sentiments nouveaux
06. Penthouse
07. Au 44e étage…Invisible touch
08. Moderne, transgressive et excessive
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