Television Personalities / Some Kind of Happiness Singles 1994-1999
[Fire Records]

9 note de l'auteur
9

Television Personalities / Some Kind of Happiness Singles 1994-1999En ce jour anniversaire de la naissance de Daniel Treacy, on profite de l’occasion pour présenter rapidement le troisième (et peut-être pas dernier – un 4ème coffret live ayant été évoqué) ensemble de singles, assemblé par la maison Fire Records. Si la récupération de l’ensemble des droits par le label (signée hâtivement par le chanteur pour financer sa consommation de stupéfiants) continue de faire débat parmi ceux qui suivaient les Television Personalities, il n’y a personne qui reprochera à Fire Records la réalisation de ces 3×2 CDs à l’engagement et à l’iconographie impeccables. Some Kind of Happiness qui couvre la période 1994-1999 (sur le papier, pas la plus réputée) avait été prévue pour une sortie durant le Record Store Day 2020, édition reportée suite à l’épidémie de Covid 19. Elle est sortie en vinyle pour l’édition 2021 et possible qu’elle bénéficie, comme les deux précédentes, d’une édition longbox en septembre.

Sur le modèle des deux coffrets précédents, on retrouve ici l’intégralité des enregistrements hors album de Treacy sur une période de six ans qui est marquée peu ou prou par l’explosion de tout line-up stable et la disparition de Jowe Head du casting, par la multiplication des engagements en solitaire d’un Treacy qui, à cette date, plonge dans la dépression et l’addiction. Se multiplient alors les reprises, les CDs de 3 et 4 titres négociés rapidement avec de petits labels, sortis plus ou moins en sauvette, et qui n’étaient de fait en possession que des connaisseurs ou collectionneurs. Bref, et pour le fan moyen, la plupart des titres qui sont réunis ici sont ou complètement inconnus ou réservés à des visionnages (peu satisfaisants) sur YouTube et ailleurs.

L’écoute en continu des deux disques livre au moins un enseignement : le Treacy de ces années-là est, dans un autre registre, au moins aussi bon et inspiré que sur les séquences précédentes. Some Kind of Happiness livre, à travers quelques reprises les sources d’une inspiration exemplaire depuis le I’m Not Like Everybody Else de The Kinks jusqu’au somptueux Seasons In The Sun, souvent cité comme l’un de ses titres préférés et dont il partageait l’amour avec Kurt Cobain, dérivé du Moribond de Brel, en passant par le plus incongru mais néanmoins remarquable I Hear A New World, révisé d’après l’unique album solo du producteur tueur Joe Meek. Mais c’est évidemment dans les grandes chansons désespérées abandonnées au fil des errances et des rencontres que Daniel Treacy, qui incarne à cette époque le groupe à lui tout seul, donne sa pleine mesure. Les deux disques sont pétris de chansons magnifiques et déchirantes qui expriment un mélange de romantisme déçu, de détresse et une sorte d’aspiration, toujours préservée, à un renouveau qui ne viendra pas. Les titres parlent d’eux-mêmes, Do You Think If You Were Beautiful You’d Be Happy, None of This Will Matter When You’re Dead, ou le toujours sinistre Now That I’m A Junkie, dont la répétition du motif est probablement ce qu’on a entendu de plus accablant, angoissant et lugubre depuis toujours. Que dire, dans un genre similaire, du programmatique et extralucide, Life Goes Slowly When You’re Drowning, à la fois la plus belle et la plus triste entreprise du lot. Ce que la vie passe lentement quand on se noie.

Les arrangements sont précaires et s’en retournent à l’âge bricolo, mi-punk, mi-folk d’un Syd Barrett en train de perdre pied. Treacy réussit toutefois et finalement assez souvent à fendre les ténèbres qui l’entourent pour expulser hors de lui un dernier songe ou une pensée naïve, irradiante de beauté. C’est ce qui se produit sur le beau He Used to Paint In Colours, portrait en creux d’un Treacy de jeunesse dont les couleurs ont pâli. On s’arrêtera tout autant sur ce qui est peut-être le morceau le mieux caché du lot, Meanwhile In A Luxury Dockland Home, où le chanteur renoue avec une veine sociale savoureuse qui égale la splendeur triste du Lyndhurst Grove de Pulp (1993).

Some Kind of Happiness est un disque assez indispensable et qui illustre les transformations du grand songwriter (on évitera “génie” pour ne pas être accusé d’en faire trop), au fil de sa “carrière”. Du punk à la pop, en passant par la synth pop irrésistible de How Does It Feel To Be Loved, tout se transforme mais rien ne se perd. On peut s’immerger dans ce double disque avec la même passion et la même émotion que dans les autres. On veillera toutefois à ne pas se laisser bouffer par le trou noir. C’est ce qui arrivé à Treacy, même si l’après 1999 lui vaudra encore quelques soubresauts, quelques sursauts, quelques éclats de beauté. Après ça, le futur est derrière et condamné.

Tracklist
A1. I’m Not Like Everybody Else
A2. I Hear A New World
A3. I’ve Been Down So Long (It Looks Like Up To Me)
A4. Whatever Gets You Through The Night
A5. He Used To Paint In Colours
A6. Who Will Be Your Prince?
B1. Do You Think If You Were Beautiful You’d Be Happy?
B2. I Suppose You Think It’s Funny
B3. Time Goes Slowly When You’re Drowning
B4. Meanwhile In A Luxury Dockland Home
C1. I Was Mod Before You Was A Mod (Easy Mix)
C2. She Lives For The Moment
C3. None Of This Will Matter When You’re Dead
C4. Jennifer, Julie & Josephine
C5. Now That I’m A Junkie!
C6. How Does It Feel To Be Loved?
D1. Seasons In The Sun
D2. Bike
D3. No-One’s Little Girl
D4. The Boy Who Couldn’t Stop Dreaming
D5. When I Grow Up I Want To Be…
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