Commençons si vous le voulez bien par enfoncer quelques portes ouvertes : oui, la musique transporte et fait voyager ; oui, la musique est un puissant vecteur émotionnel ; oui, la musique aiguise la curiosité, bouleverse les idées reçues et peut, parfois, ne faire qu’une bouchée de ces zones de confort dans lesquelles on se réfugie, souvent par faute de temps pour tout, TOUT écouter. Et ici, quand on dit écouter, on ne parle bien sûr pas d’un streaming d’ambiance piloté par on ne sait quel algorithme boosté à l’IA mais bien d’une immersion totale, profonde, intime dans une œuvre. Une zone de confort qui fait qu’on n’en a globalement rien à secouer d’un télé-crochet genre The Voice et qu’on a donc sans le moindre problème rien su du passage de Gaëlle Minali Bella dans la célèbre émission en 2024, membre éphémère de l’équipe vocale du très tiède Mika. Dans ce monde de quasi certitudes, musicales en tout cas, on n’aurait donc jamais dû croiser la route d’Okali, groupe dans lequel la franco-camerounaise chante en compagnie du multi-instrumentiste Florent Sorin. Seulement voilà : ce premier EP éponyme vient tout simplement rappeler qu’il n’y a finalement rien de plus excitant que de se retrouver pris dans les phares, obligé de changer les plans.
En principe, une certaine méfiance est associée à la notion à la fois on-ne-peut-plus floue et fourre-tout mais aussi simplissime à comprendre de « world music ». Les cultures qui nous sortent de notre entre-soi de blancs-becs baignés d’influences anglo-saxonnes, on n’a rien contre ; le métissage en général, par principe, on y est même carrément favorable sauf qu’en musique, cela se traduit trop souvent par une succession de stéréotypes largement mis en avant qui finissent par nuire au propos. Précisément ce qu’Okali cherche à éviter : ce n’est pas parce que la chanteuse est d’origine camerounaise et que le duo développe une démarche intégrale incluant un univers visuel des plus réussis trahissant une forte esthétique artistique qu’il faudrait à tout prix les cataloguer : Electro-afro ? Trip hop subsaharien ? Douala-ambient Charentais ? Non, rien de tout ça évidemment, soyons sérieux. Okali est un disque avant tout simplement rock, jouant sur des ambiances qui témoignent de tout un tas d’influences multiples, polyculturelles, c’est entendu, mais exactement comme ont pu le faire Massive Attack, Björk, Radiohead et au fond, tant et tant d’autres.
Voilà bien de quoi il s’agit : dépassés les apparences et les clichés, on se retrouve dans un univers à la fois très familier mais puissamment personnel et original duquel Thylacine avait émergé par surprise il y a quelques semaines et que confirment les quatre autres morceaux de ce premier EP. Il s’en dégage une véritable positivité humaniste, notamment à travers les textes qu’incarne la voix puissante et sensible de Gaëlle Minali Bella, ouvertement placée au cœur du projet dans des registres parfois très différents, passant de tonalités très « variété » à un registre plus familier ici, indé dira-t-on par défaut, mais capable aussi d’évoquer la grande Siouxie quand elle se lançait dans des incantations possédées. Chantés en français, anglais ou en eton, un dialecte camerounais, ils célèbrent en une belle introspection souvent autobiographique le rassemblement et le partage, la terre et les racines, les origines et le voyage, la mémoire et la perte, l’amour au fond, sentiment universel s’il en est. Traveller est alors une entrée en matière particulièrement accrocheuse qui nous plonge en un instant dans l’univers métissé du groupe, jouant sur les atmosphères parfois tendues et des effets de voix très réussis. A l’inverse, Terra installe tout long du morceau une paisibilité déconcertante qui nous rappelle le splendide Thylacine, montée retenue toute en douceur, soutenue par des arpèges cristallins rejoints par quelques éparses notes de piano. Par contre, sur Deep et plus encore le superbe Gathering, le duo s’efforce de créer des atmosphères qui ne cessent de varier au sein même des morceaux, passant d’ambiances pop rêveuses à une électricité chamanique noisy et percutante qui emporte tout sur son passage. A commencer par nos certitudes.
Alors soyons clair : Okali est un incident dans notre parcours discographique ; un incident heureux bien évidemment, mais qui n’est sans doute pas amené à se reproduire de sitôt. Si Gaëlle Minali Bella aura bien du mal à nous convaincre du quelconque intérêt de ces émissions de prime time, elle est avec Okali la preuve qu’une carrière artistique se construit à coups d’opportunités et de sincérité, passant sans le moindre doute de premières parties de Zéniths plein à craquer à des tournées provinciales de toutes petites salles à la rencontre d’un public curieux, sensible à la place de l’art et à ces rencontres de proximité, loin des écrans ; ceux des télés ou des salles gigantesques. Avec ce premier disque autoproduit, le duo remet les pieds sur terre, laisse filer le temps de l’engouement mainstream tout en fournissant la preuve indiscutable d’un talent « en développement » comme on dit ; nul sait où cela les mènera, loin, ça on le leur souhaite, mais on est au moins très heureux d’avoir eu l’opportunité que ce soit déjà dans les colonnes de Sun Burns Out.
Okali en tournée :
Après avoir effectué une quarantaine de date en 2025, écumant les festivals du pays et assurant la première partie de la tournée sold out des Zeniths et Arénas de Lamomali, Okali reste sur les routes en 2026 :
- 19/02/26 : Le Poc, Alfortville (94)
- 27/02/26 : Nouvelle Vague, St Malo (35) avec Orange Blossom (35)
- 14/03/26 : Run Ar Puns, Châteaulin (29)
- 03/04/26 : Musée National de la Préhistoire, Les Eyzies (24)
- 04/04/26 : Conservatoire, Brive-La-Gaillarde (19)
- 11/04/26 : Festival Les Weekends avec Elles, Grand Théâtre, Albi (81)
- 18/04/26 : Le Kayak, St Aigulin (17)
- 06/05/26 : La Sirène, La Rochelle (17) première partie de Fatoumata Diawara
- 07/05/26 : Le Florida, Agen (47) première partie de Fatoumata Diawara
- 03/07/26 : Festival Musique sous les étoiles, Château de Bouc Bel Air (13)
- 18/07/26 : Vverbier Festival, Lausanne (Suisse)
| Tracklist |
Liens | |
| 01. Traveller 02. Terra 03. Deep |
04. Gathering 05. Thylacine |
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