Rats on Rafts / Deep Below
[Fire Records]

7.1 Note de l'auteur
7.1

Rats on Rafts - Deep BelowIl grêle sur le monde, et on cherche un album de saison. Rats on Rafts a sorti sa nouvelle moisson, qu’on nous dit; leur quatrième album, Deep Below, qu’il s’appelle. Parait qu’il s’approche avec des moufles et un anorak. Vrai que Rotterdam, d’où ils viennent, c’est la même latitude que Londres. On s’exécute, on plonge tout schuss. Alors, quoi de beau sous le soleil noir de la new wave ?

Remise en bière

Eh bien, rien de neuf sous nos ténèbres, fiston. Que l’on soit dans une ville dortoir de La Haye ou dans la morne périphérie d’Osaka, les réverbères cillent de leur même œil plaintif. Enfin, si, il y a du nouveau, pardon : avec Rats on Rafts, on n’est plus là pour rigoler, cette fois. L’album est lugubre à souhait; à son écoute, les bas quartiers de la ville suintent la tristesse. Et toutes les vaches s’y sont mises. La bravade du groupe? Elle est partie sans nous dire au revoir; c’est son absence qui nous souffle une bise. Afterworld suffit dès l’entrée à geler nos entrailles. C’est simple, le titre a plus de Robert Smith a lui seul que toutes les Songs of the Lost World. Pour Robert, c’est vraiment pas d’Cure. Son spectre danse dans les entrelacs des Rats.

Avec All These Things, on évite de peu l’écrasement d’une limace en longeant dangereusement la nationale. Cette musique semble vouloir rester dans l’enceinte de ses pubs perdus, ses granges et garages, où le froid et l’écho des murs nus font l’humidité de l’album. Les voix jouent les perfectibles, garante d’un impossible face-à-face avec la vie, d’une impossible manière de la surmonter sans le lot de malheur nourrissant cette musique. Son halo d’écho remplace les effets de grains du dernier avant lui, Excerpts From Chapter 3 (2021). L’impression d’écouter un petit illustré amoureux de new wave dépressive… On brûle le désespoir avec ce qu’il nous reste dans notre portefeuille pour nous réchauffer, notre carte F.O. et celle du PS, dans un coin de champs. La petite Gwendoline devrait s’en inspirer. Comment d’aussi jeunes cœurs peuvent être aussi fatigués ?

Deep Below joue la rupture de ton avec les disques précédents. Rats on Rafts est sous l’emprise de la mélancolie, déesse ayant dicté paroles et musiques de tant d’autres groupes avant. On a donc l’impression d’avoir écouté cet album de manière émiettée avant même qu’il existe. On pense alors à plein de groupes dont on a oublié le nom (Slowdive ? Motorama ?), mais pas le son. Nous, on aimerait juste dire : ciao pantomimes, délivrez-vous ! Mais en pleine Hibernation, tout n’est plus que brume, précipité d’incertitude. Le but est le mur, plus besoin de murge !

New vague à l’âme ?

La lumière d’une blancheur diurne pénètre une église de pierre et de silence, éclairant la fumerole de froid par laquelle nous avons laissé une prière. Qui sait, au cas où celle-ci se verrait tirée, numéro gagnant du magma universel des plaintes… Sur The Day Before, le battement de la batterie est lent. Elle marque le pas, lourd mais encore de la partie. Non, nous ne sommes pas les damnés de la terre, Frantz; nous en sommes ses fantômes. Le rock n’est pas encore mort?  Il surjoue le condamné allant docilement à sa potence.

On est plus seulement sur la paille, mais dans un fût de bière. L’ambiance est mortuaire, plus sombre tu Dead. ça. Plus sobre que Working Men’s Club. Pas de virage à l’électro annoncé, à New Order – le groupe a choisi le camps de la Joy Division, sa solitude monastique. C’est le problème aussi de la musique de nombreux petits groupes indés faisant un travail d’abattage formellement juste, mais qui reste trop souvent dans ses pénates douillettes (avec des problèmes d’isolation et de fuites, vous l’aurez compris). Où est le feu de l’envie, l’envie de marquer les esprits ? C’est un syndrome qu’on remarque toutes les semaines, qu’on a soulevé par exemple avec Pale Blue Eyes ou The KVB, se situant dans des parages musicaux similaires. Sans succès, trop sages. Comme avec les hommes, SBO n’a pour tendre écoute que le silence. Mais viendra la délivrance, qu’elle soit du feu ou des cieux. L’album reste bon, confectionné dans un amour artisanal, solide dans son désarroi. Tiens toi sage, ô ma nécrose, voilà notre porte de sortie avec Sleepwalking. Pourvu que là-haut, il reste encore un peu de chaleur. Pour combien de temps ?

Tracklist
01. Afterworld
02. Japanese Medicine
03. All These Things
04. Hibernation
05. Voiceprint
06. The Day Before
07. Deep Below
08. Nature Breaks
09. Sleepwalking
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2 Comments

  1. says: Li-An

    C’est un peu perturbant, à mon âge, d’entendre un son pareil de nos jours. En regardant la vidéo, j’ai trouvé étrange que le chanteur n’ait pas l’exubérance capilaire des artistes de ma jeunesse, comme si ça ne collait pas au son.

    Quoiqu’il en soit, très bon article.

    1. says: Dorian Fernandes

      Bonjour Li-An et merci pour cette dernière phrase.
      Ahah, oui, c’est vrai que capillairement parlant, ils n’ont pas chercher la fantaisie. Mais ils auraient pris le risque de tomber dans le pastiche. C’est donc un choix préférable je pense, cette sobriété.

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