Orbital / Optical Delusion
[Orbital Recordings Ltd]

7.1 Note de l'auteur
7.1

Orbital - Optical DelusionOn ne croyait pas retrouver les frères Hartnoll à ce niveau aussi vite. Après la vraie déception qu’aura représenté l’album Monsters Exist, qui lui-même suivait un Wonky critiquable, il était de bon ton de penser qu’Orbital avait fait son temps et ne livrerait plus de disque intéressant. La sortie l’an dernier de 30 Something, compilation de bric et de broc mêlant remixes, raretés et quelques versions alternatives de leurs standards, ne nous avait pas attiré plus que ça. Ces faux signaux masquaient l’arrivée opportune d’un Optical Delusion dont le principal défaut (comme son prédécesseur) sera finalement sa… pochette, nouvel emprunt à l’artiste John Greenwood qu’on trouve juste moche.

Car musicalement, le disque est une belle réussite en dix plages et 51 minutes, inventive, (par moments) à la hauteur de leur (géniale) oeuvre passée, dansante, exigeante mais aussi accessible. C’est une joie immense que de plonger tête baissée dans une pièce comme Ringa Ringa, variation sur une comptine américaine destinée ici à conjurer la Covid, qui sonne vraiment comme si elle était tombée du camion qui emmenait Insides à la dernière rave du pays.

On retrouve les boucles lâches, ouvertes et joyeuses du duo, ces rebonds caractéristiques qui aident à respirer plutôt qu’ils n’étouffent. La musique d’Orbital incorpore des échos d’orient à travers des paroles (incompréhensibles) chantées par des sylphides de rêve (Medieval Babaes). Il y a à peu près tout ce qu’on aime ou a jamais aimé chez Orbital sur ce disque. Les rythmiques tribales et primitives d’un Day One irrésistible et accompagné par les mystérieuses harmonies vocales de Dina Ipavic. Les progressions sont généreuses, déterminées, impossibles à contrarier. Elles procurent à l’auditeur une satisfaction qui s’apparente à celles qu’éprouvent les scientifiques amateurs devant une construction géométrique équilibrée et incontestable.  Penelope Isles enchante les sept minutes d’un Are You Alive ? qui sonne plus pop que véritablement techno. Orbital a évolué avec le temps vers une musique qui paraît plus aérée et mainstream (elle est clairement moins radicale). Elle n’est pas sans complexité toutefois mais déjoue par sa relative légèreté les titres quelque peu angoissants donnés aux morceaux par les frères. On est pas impressionnés du tout par You Are The Frequency mais emballés par des morceaux qui portent la marque caractéristique du duo tel que The New Abnormal qui suit. C’est dans ce registre qui n’est jamais qu’une réplique ou copie de ce qu’ils ont déjà réalisé que Orbital est le plus à l’aise et le plus original.

Les titres tels que Home ou même Dirty Rats, dont on a déjà causé et qui est porté par les Sleaford Mods, sont moins originaux et presque plus difficiles à rattacher à l’identité rave/tribale du duo que des plages comme Requiem for The Pre-Apocalypse. Sur ce titre, Orbital a beau radoter, on entend après la césure qui intervient après une centaine de secondes de musique, que le duo respire/expire selon un mode nouveau, répétitif, un peu plus pénible et abîmé. La répétition d’Orbital est une redite qui amène un sens nouveau, une redite qui sent l’usure, la mélancolie et l’inquiétude devant le monde qui vient. L’électronique garde sur elle un fond de luminosité, un espoir qui s’exprime parfois ouvertement mais hésite parfois à se taire et à se cacher la tête dans le sable.

Qu’est-ce qui fait courir les boucles ? Qu’est-ce qui les amène à s’arrêter ? Sont-elles finies comme les êtres vivants ? C’est l’interrogation qui plane ici et prospère dans le remarquable What A Surprise, morceau passionnant où Orbital s’allie avec The Little Pest, et qui nous donne l’impression d’observer ces étranges créatures faites de sons et d’électricité dans leur milieu naturel. Les boucles sont sauvages, vocalisent, menacent et dansent en s’entortillant autour de nos chevilles. On aurait aimé qu’Optical Delusion se termine sur un mouvement ample et chaotique, un mouvement ambitieux et vraiment décisif.

On a droit en guise de final à un Moon Princess quelque peu frustrant et clairement mineur, voire limite pas terrible, qui vient nous gâcher le plaisir et nous empêcher de nous enthousiasmer jusqu’au bout pour ce regain de créativité des Anglais.

Optical Delusion est meilleur qu’on ne l’aurait cru mais peut-être pas aussi bon que certains morceaux le laissaient espérer en cours de route.

Tracklist
01. Ringa Ringa (The Old Pandemic Folk Song) feat Mediaeval Baebes
02. Day One
03. Are You Alive ?
04. You Are The Frequency
05. The New Abnormal
06. Home (feat Anna B Savage)
07. Dirty Rat
08. Requiem for The Pre-Apocalypse
09. What A Surprise (feat The Little Pest)
10. Moon Princess (feat Coppe)
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