Pale Figure offre une nouvelle nouvelle vie aux tubes de daron.ne.s

Méga compil des tubes de daron.ne.s vol 4Il y a 4 ans déjà nous évoquions ici la chouette initiative du label nantais Pale Figure de redonner vie à quelques tubes de (leurs) darons à travers les interprétations fraiches et modernes de toute une bande de musiciens bretons et assimilés regroupées en 3 compilations sorties en 1 an à peine. 4 ans, c’est donc le temps qu’il aura fallu pour découvrir le 4ème volume d’une série que l’on n’imaginait pas survivre aux affres du home recording confiné, passe-temps forcé d’une jeunesse privée de ses bars et interactions sociales connexes. 4 ans, tout un monde en évolution, souvent pour le pire, parfois pour le meilleurs quand les Darons deviennent des Daron.ne.s, histoire de se rappeler que la ménagère de moins de 50 ans a aussi, entre autre tâches alourdissant sa charge mentale, tout autant contribué à l’éducation musicale des rejetons que papa avec ses disques, tout comme ces autres daronnes qui passaient elles dans le poste et que l’on retrouve en nombre ici ont aussi contribué à allumer la mèche d’une culture musicale aussi riche que variée, aujourd’hui revisitée avec un peu moins de dédain et piochée au cœur d’une période bien vaste s’étendant de 1963 à 2007.

La Méga Compiles des Tubes de Daron.ne.s (volume 4, donc) s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseuses, forcément variée et inégale mais globalement captivante : 4 ans après, l’effet de (re)-surprise fonctionne parfaitement et jamais on se surprend à se questionner sur le pourquoi de la chose. Même pas sur la pochette immonde à souhait mais qui correspond 100% à l’esprit recherché d’autant que l’on sait Aloïs Lecerf, graphiste et vidéaste faisant pleinement partie de cette scène capable des plus belles réalisations. Une scène qui s’élargit d’ailleurs grandement, de Bruxelles à Bordeaux en passant par Paris et qui se renouvelle en incluant ses nouveaux satellites les plus talentueux.

Drôle d’intuition ou réarrangement opportuniste du tracklisting, c’est à Trainfantome que revient l’honneur d’ouvrir le bal avec une reprise très respectueuse de Le Temps De L’Amour de la regrettée Françoise Hardy ; respectueuses et fidèles comme le sont celles d’Africa par Chic Peas, de Mise Au Point par Princesse Gilbert ou encore la jolie ballade Marylin et John de Vanessa Paradis reprise ici par Arianna Monteverdi. A côté, comme souvent, les reprises au plus près de l’os font ressortir les qualités des œuvres originales, dont on a jamais douté concernant La Nuit Je Mens reprise par Teenage Bed, plus insoupçonnées ou au mieux un peu oubliées concernant Mon Vieux pas loin de tirer une larme dans la version dépouillée et plutôt émouvante de Chahu.

D’autres, les plus nombreux finalement mais aussi globalement les plus intéressants parviennent à trouver un bel équilibre en s’appropriant des morceaux, parfois iconiques qui ne dépareillent plus dans une discographie déjà bien personnelles. La moitié de Gwendoline, Tropique Noir nous prend à contre-pied avec une reprise de Calogero, Tien An Men, qui commence de façon anodine pour ne pas dire décevante (ce choix, déjà…) mais qui finit par se révéler au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans les ambiances post-punk noires et dépressives de l’univers de Mickaël Olivette. Plus loin, les duettistes Djokovic et Lesneu (le facétieux qui ne trompe personne avec ce pseudo à la mors-moi-Les Nœuds) vont chercher chez Richard Anthony et Claude François de bonnes vieilles figures de darons 70’s à-même d’exprimer au mieux cette essence de crooners modernes et indés qu’ils représentent à bien des égards ; toujours prêts pour la déconne (cette imitation de Clo-clo digne de Thierry Le Luron) mais au fond, Sans Toi et Le Mal Aimé collent juste à merveille à leurs univers respectifs. On ne connait d’ailleurs pas trop celui de Clarence mais sa très belle reprise de La Déclaration d’Amour de France Gall sur un mode anorak pop est d’une jolie subtilité, tout comme, et même plus encore, la superbe appropriation du Laisser Moi Danser de Dalida par une Championne qui n’a décidément pas fini de nous étonner.

Et puis il y a les inclassables, comme l’iconoclaste reprise du Etonnez-Moi Benoît de Françoise Hardy par Kill I Am featuring un Guy Lux patriarcal pas très #meetoo ou la présence assez surprenante d’un méga tube de daron de Jean-Luc Le Ténia, comme chacun sait résident habituel des playlistes de RTL2 ou de Nostalgie. Fairy Tales In Yoghourt en aventurier électronique et expérimental aurait presque réussi à rendre la Lorie de Je Vais Vite, celle qui se prenait pour Kylie Minogue en pleine période tektonic intéressante mais ce décollage euro-tek nous rappelle à quel point tout ceci n’était déjà plus de notre époque, tout comme beaTch qui, à grand coup de solo de guitare fait ressortir le pire (pas difficile direz-vous) d’un Goldman toujours aussi putassier et imbuvable au point d’offrir sa reprise sur l’autel des sacrifices de la variété française.

Cette Méga Compiles des Tubes de Daron.ne.s vol. 4 offre donc un nouveau panorama très subjectif de tout ce qu’on aura pu écouter à la radio ou sur des compact-discs de supermarché durant une partie de ces 60 dernières années. Il est surtout pour tous ces musiciens et musiciennes, donc, ça n’a rien d’anodin, l’occasion de balayer la partie de leur culture musicale qui est, comme chez nous tous ici, souvent à la fois la plus exposée et connue de tous, mais aussi la plus sombre à assumer. Avouons que l’exercice imposé ici est à la fois plus drôle, révélateur et au final intéressant que de se lancer dans les sempiternelles reprises révérencieuses de nos habituels artistes favoris.

Tracklist
01. Trainfantome Le Temps De L’Amour (Françoise Hardy)
02. Chic Peas – Africa (Rose Laurens)
03. Tropique Noir – Tien An Men (Calogero)
04. Princesse Gilbert – Mise Au Point (Jackie Quartz)
05. Championne – Laissez Moi Danser (Dalida)
06. Arianna Monteverdi – Marylin et John (Vanessa Paradis)
07. Chahu – Mon Vieux (Daniel Guichard)
08. Clarence – La Déclaration d’Amour (France Gall)
09. Teenage Bed – La Nuit Je Mens (Alain Bashung)
10. Pretty Inside – Chloé (Jean-Luc Le Ténia)
11. Kill I Am – Étonnez Moi Benoît (Françoise Hardy)
12. Alice H.A. et Benjo – Résiste (France Gall)
13. Paradoxant – Il Est Libre Max (Hervé Cristiani)
14. Djokovic – Sans Toi (Richard Anthony)
15. Les Nœuds – Le Mal Aimé (Claude François)
16. Fairy Tales In Yoghourt – Je Vais Vite (Lorie)
17. beaTch – Pas Toi (JJ Goldman)
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