Playlist Fantômes, esprits et démons, 20 chansons pour un été occulte

Boleskine House

Des hauteurs de Boleskine, sur les rives du Loch Ness, le fantôme d’Aleister Crowley (1875-1947) se félicite sûrement de la postérité laissée par son message, ses cérémonies et ses ouvrages dans le milieu du rock. Depuis ses origines et la rencontre au coin de la rue de Satan et Robert Johnson, le rock aime l’occulte, l’ésotérisme. Le rock aime communier avec le démon mais aussi laisser venir à lui et interagir avec les fantômes. Qu’ils communiquent avec l’esprit des disparus ou qu’ils se fassent peur tout seul, on a remplacé pour se rafraîchir une vingtaine de chansons qui offrent un petit panorama des liaisons extraordinaires entre le monde électrique et le monde invisible.

1. The CureFear of Ghosts (1989)

Des fantômes et créatures cachées (Lullaby), Robert Smith aura souvent retenu l’angoisse qu’ils lui inspiraient plutôt que la manifestation elle-même. C’est le cas sur ce Fear of Ghosts, face B de Disintegration, qui figure parmi les plus belles chansons du groupe et parfaitement la sensation qu’on ressent lorsqu’on croit distinguer la sourde présence d’une apparition. Il y a bien sûr d’autres histoires de fantômes chez Cure, mais celle-ci est la plus élégante.

2. Broken BellsThe Ghost Inside (2010)

Les histoires de fantômes sont presque toujours des histoires vraies. C’est le cas ici avec ce Ghost Inside de Broken Bells inspiré à James Mercer par la mésaventure de sa femme. Confrontée à l’apparition d’un fantôme féminin dans sa nouvelle maison, son épouse a retrouvé la trace d’une suicidée qui hanterait les liens. Affolée et étouffée par cette présence, la jeune femme a dû quitter le domicile du couple pendant quelques jours pour reprendre ses esprits, avant de convaincre son mari peu après qu’ils ne devaient pas rester là. Mercer et son épouse ont changé de crémerie et laissé ce superbe morceau en témoignage de l’incident.

3. Led ZeppelinStairway To Heaven (1971)

C’est évidemment la chanson la plus commentée et discutée en matière d’occultisme. Il y a bien sûr la signification cachée (cachée, cachée) de la chanson elle-même, les mystères de l’appel à Satan prononcé quand on la joue à l’envers… mais aussi la légende noire du groupe qui aurait pactisé avec le démon pour gagner le succès éternel, avec les contreparties supposées que sont la mort de John Bonham, le sacrifice (mort soudaine de maladie) du fils de Robert Plant, les cérémonies occultés célébrées dans les locaux de Swan Song Records et bien entendu le rachat de Boleskine House, le manoir de Crowley, par Jimmy Page qui y vécut quelques années avant de s’en débarrasser tant la maison était chargée en manifestations spirites. On peut y croire.

4. The DoorsGhost Song (1978)

Écrite par Jim Morrison à la suite du décès d’un de ses amis, cette chanson constitue l’introduction de l’album An American Prayer. Le chanteur élargit le propos bien au delà de la disparition de son ami auquel il s’adresse, convoquant des images d’Anciens (dieux?) et de massacres indiens. La chanson ne plaira pas du tout à la famille du défunt qui demanda poliment aux Doors de l’interpréter sur scène mais les fans s’en étaient entichés et elle devint l’un des morceaux les plus apprécies du public, bien qu’elle fut entourée d’une aura sombre disant qu’elle portait malheur à ceux qui l’entendaient. Certains sites répertorient les malheurs qui ont été enregistrés (auprès du public, des accidents, de mauvaises choses) à proximité des concerts où elle était donnée.

5. Psychic TVGood Vibrations (1986)

A notre connaissance, l’un des seuls groupes à avoir monté ce qui s’apparente à une secte/Eglise/association de magie internationale avec le Temple of Psychic Youth. Le groupe de Genesis P. Orridge qui signera un ouvrage monumental consacré aux principes magiques et à l’occultisme, The Psychic Bible (tout à fait recommandable), a développé tout un univers autour de la magie : logo, imagerie, cérémonies de libération sexuelle, dégagement des forces d’oppression, etc. Les disques ont souvent appuyé la cause, regorgeant de références à Crowley et à d’autres magiciens moins connus comme Austin Osman Spare. On a retenu leur reprise du Good Vibrations des Beach Boys (enregistrée pour le 20ème anniversaire du titre en 1986) et qui lui insuffle un mystère.

6. David BowieQuicksand (1971)

En pleine période occulte, Bowie s’en donne à coeur joie sur ce morceau qui cite explicitement Crowley et place la mort en sas vers la connaissance. Extrait de Hunky Dory, le morceau est un peu attrape-tout à la Bowie mais renvoie (ces sables mouvants) à la confusion qui vient avec les interrogations métaphysiques.

Don’t believe in yourself, don’t deceive with belief
Knowledge comes with death’s release
Aah-aah, aah-aah, aah-aah, aah-aah

Comme un fait exprès, c’est la chanson que Bowie interprète avec le Roi des Goths, Robert Smith, durant son goûter d’anniversaire. De là à penser qu’il y a une alliance de mages noirs derrière tout ça, il n’y a qu’un pas.

7. Ozzy OsbourneMister Crowley (1980)

Ozzy Osbourne en appelle à Crowley pour savoir de quoi il retourne dans une illustration des multiples échanges entre le metal et le penseur anglais.

Mr. Crowley, won’t you ride my white horse?
Mr. Crowley, it’s symbolic of course
Approaching a time that is classic
I hear maiden’s call
Approaching a time that is drastic
Standing with their backs to the wall
Was it polemically sent?
I wanna know what you meant
I wanna know
I wanna know what you meant, yeah

Ce n’est pas fait avec une grande subtilité (le texte est transparent) mais le message est passé, mi-hommage, mi-interrogation, comme si Crowley pouvait répondre à distance et apporter une solution au problème d’Ozzy, lequel venait (pour son premier album) de se faire renvoyer de la grande église pionnière Black Sabbath.

8. Robert JohnsonCross Road Blues (1937)

Incontournable chanson de Robert Johnson qui suffit à résumer la liaison entre le rock et le diable. Ce titre-culte propose principalement deux lectures. La lecture biographique qui voudrait que Robert Johnson ait réellement rencontré le diable et vendu (ou pas) son âme à un coin de rue est la plus courante. L’autre (la plus juste sûrement) considère que le morceau renvoie à la peur des hommes noirs d’être inquiétés ou interpellés quand ils se promènent librement. Le diable du coin de la rue serait tout simplement un oppresseur raciste.

9. Twin TempleSatan’s A Woman (2019)

Le diable est une femme et les Twin Temple sont ses meilleurs ambassadeurs. Avec leur mélange de rock à l’ancienne et de doo-wop, Alexandra et Zachary James proposent la seule alternative possible au metal sataniste. Leur premier album a été initialement gravé à 666 exemplaires bien sûr mais s’est écoulé ensuite par wagons. On peut être sataniste et évoquer des questions comme le genre (LGBT) ou avoir des revendications sociales. Avec Twin Temple, Satan redevient actuel, branché et vintage.

10. MorrisseyOuija Board (1990)

Ce n’est généralement pas la composition la plus prisée des fans mais Ouija Board a ses défenseurs. Sur une « musique » composée par Stephen Street, Morrissey entreprend de contacter un ami disparu avec une planche Ouija. C’est au final assez émouvant et quand même un peu fuyant. Le clip en revanche marquera les esprits pour constituer l’apogée absolue de la « quiff » cette coupe caractéristique dérivée de la banane rockab. Le single fut assassiné par la critique qui se demanda s’il relevait de l’occultisme ou du satanisme. Très honnêtement, on s’en moque. Morrissey répondit d’un mot célèbre en disant que « les seuls rapports qu’il avait jamais entretrenus avec les morts était lorsqu’il avait été interviewé par un journaliste du Sun ».

11. The SpecialsGhost Town (1981)

Le thème de la ville fantôme a été pas mal utilisé dans le rock. Chez les Specials, le groupe de Jerry Dammers, le thème prospère au premier degré (la ville aurait été détruite par un holocauste nucléaire, la laissant hantée seulement par les fantômes des habitants) ou au second, si l’on considère que le vrai thème est une critique sociale d’un capitalisme qui, à travers la pollution, désindustrialisation et la paupérisation des masses vise à anéantir les anciennes solidarités urbaines et quasi biologiquement la population britannique. Le morceau a été écrit en tournée par les Specials alors que bien fatigués (ils tiraient leurs dernières dates), ils étaient de plus en plus confrontés à la colère et à la frustration d’un public abattu et en détresse. Dammers aurait été frappé par le spectacle de « petites vieilles » vendant de la pacotille dans la rue pour survivre dans les faubourgs de Liverpool alors que tous les commerces et les lieux de détente étaient fermés dans le quartier. D’effroi, il avait composé dans la foulée cette chanson d’horreur en lui donnant un tour fantastique.

12. The Louvin BrothersSatan Is Real (1959)

Satan ne passera. C’est le message (parfois ambigu) délivré par le groupe gospel the Louvin Brothers. On n’a pas la place de raconter ici la vie des deux frères Louvin, Ira et Charlie, mais leur gospel rock reposant sur une solide foi baptiste a fait des merveilles en son temps. Dans leur oeuvre, l’album Satan Is Real a une place toute particulière en raison de sa pochette mémorable, de la fantaisie et de l’audace qui se dégageaient dans le traitement de leur message. Un titre fut repris par les Byrds. Derrière la vitrine assez sage du duo, se cachait le comportement démoniaque d’Ira, alcoolique notoire, homme à femmes, violent à ses heures, possédé et qui manqua mourir sous les balles revanchardes de l’une de ses quatre épouses avant de l’étrangler à son tour jusqu’à manquer de l’occire. Ira décédera à seulement 41 ans. Oui, satan est réel, trop réel.

13. John LeytonJohnny Remember Me (1961)

On reste dans les vieilleries, cette fois, avec un morceau produit par l’occulte Joe Meek et qui fait partie de ses splendides « death songs » que les anglo-saxons prisaient à l’époque. Il s’agit souvent de s’adresser de manière romantique à un être disparu et de convoquer son souvenir via le rock. Le chanteur et acteur John Leyton qu’on avait évoqué dans un roulette memory récent, apporte tout son charme à cette composition remarquable et qui est rien moins qu’un des plus beaux morceaux enregistrés sur la période. Le morceau renvoie à l’une des fonctions du rock et des musiques électriques qui est de communier avec les morts.

15. The SmithsA Rush and A Push And The Land Is Ours

Qui est donc ce foutu troubled joe ? On avait mis une pièce originale sur une interprétation désignant Joe Meek, producteur dont on causait juste au dessus. Le profil est parfait : occultiste, gay dissimulé, en communication directe et répétée avec le fantôme de Buddy Holly. La doxa smithienne retient plutôt une référence au film Carry On Jack de 1963 dans lequel Charles Hawthrey tient un second rôle. Mais fi des références : ce single de The Smiths, pour lequel Johnny Marr remballe ses guitares, est la plus belle chanson spirite des tous les temps.

16. Nick CaveGhosteen Speaks (2019)

On ne va pas revenir en détail sur le drame qui a enclenché l’écriture de Ghosteen Speaks. Le disque entier peut s’écouter comme une tentative de communiquer avec l’au-delà et le Tout puissant quel qu’il soit. Ce n’est pas notre album préféré de Nick Cave mais l’Australien aura passé une bonne partie de sa carrière à échanger avec les morts et les disparus, depuis ce Ghosteen Speaks jusqu’au dialogue des jumeaux de Tupelo.

17. The FallThere’s A Ghost In My House (1987)

C’est l’une des chansons les plus connues de Mark E. Smith mais c’est une reprise de Dean Taylor qui trahit le goût de Smith pour le romantisme (le fantôme désigne principalement la femme aimée qui est partie) et l’occultisme.

In my house I am helpless
I begin to practice superstition
I hear footsteps on the stairs

Keeps on haunting me
(I know there’s no one there)
(And I know there’s no one there)

There’s a ghost in my house, a ghost of your memory
A ghost of the love that was took from me

Car bien entendu Mark devient superstitieux et entend des bruits. Entre son clip impeccable (filmé au domicile du chanteur, si on ne fait pas erreur, dans une maison tout juste acquise pour s’établir avec son épouse américaine Brix) et son exécution qui ne l’est pas moins, ce morceau est un classique du groupe mancunien, à la fois enlevé et qui marque la culture éclectique du chanteur.

18. OpethThe Grand Conjuration (2005)

On ne pouvait pas faire ce type de playlist sans intégrer au moins un titre de metal. C’est Opeth qui s’y colle avec ce « beau » morceau tout en puissance tiré de leur album Ghost Reveries. Parce que Satan et les fantômes, ça fout les jetons, le death metal suédois en profite pour faire beaucoup beaucoup de bruit. On ne va pas prétendre qu’on aime ce genre de musique pour faire semblant.

19. William BurroughsDead City Radio Apocalypse

Les expériences audio de Burroughs, dérivées du cut-up, lui ont permis de saisir la musique et les sons d’autres mondes que le nôtre. La légende veut qu’il ait ruiné l’activité de plusieurs commerces en diffusant des insanités en boucle en vitrine ou en les maudissant à partir de formules magiques découpées. Il a pu ainsi diffuser des sons « néfastes » pour maudire certaines structures, dans une sorte de théorie du fenghsui à l’envers. Bien joué. En tout cas, ces enregistrements rassemblés dans Dead City Radio sont stupéfiants et dressent un pont entre la littérature, la musique et l’occultisme. On renvoie au récent ouvrage chroniqué et qui relie Burroughs à nombre de nos protagonistes (Led Zep, Bowie entre autres) pour en savoir plus.

20. Konstantin RaudiveBreakthrough

Le premier à avoir enregistré des esprits qui parlent la nuit à l’insu de notre plein gré et à en avoir fait la promotion, c’est lui. Konstantin Raudive est la référence absolue en EVP (electronic voice phenomenon). Son The Voices of the dead est un must des musiques électroniques occultes. Même si le bonhomme n’est pas musicien, il aura influencé avec sa parapsychologie lettonne toute la musique industrielle (Throbbing Gristle notamment), une bonne partie de la scène électro (Kraftwerk notamment) mais aussi nombre de rockeurs dans leur période « fantômes ». De toute façon, c’était ça ou on vous sortait Ghostbusters.

21. GhostLife Eternal (2018)

En petit bonus, pour les jeunes, vous reprendrez bien un coup de metal suédois pour la route ? On a jamais compris s’ils étaient black, heavy ou pop hard rock.. mais les Suédois de Ghost avec leur attirail de films d’horreur et leurs costumes sont tout à fait « dans le thème ». Leur musique est beaucoup plus gnangnan/supportable que celle de la plupart des têtes d’affiche du genre. Ils vendent les disques par wagons ce qui est tout de même assez incompréhensible mais on aime beaucoup leur allure et on est à peu près certains que si les esprits avaient à se manifester auprès des êtres humains ce serait plutôt eux qu’ils viendraient hanter que nous ! C’est déjà ça.

Crédit photo : Boleskine House via Wikimedia

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